SCÈNE II
LÉON, seul.
Sauvé! Je ressuscite. — Comme Ln peu d'or peut changer tout l'avenir d'un homme! — Ah! l'effroi, le remords, l'espoir impétueux. Heurtent, comme des flots, mon cœur tumultueux. Si je perdais! — Mais, non; la hausse est infaillible. Si je perdais, pourtant! — Ah! grand Dieu! c'est horrible.., Perdre! mais c'est mon sang, mon salut, mon va-tout; Je suis noyé, détruit, anéanti du coup.
J'ai perdu, de sang-froid, trois fois plus à la Bourse: Mais je n'exposais pas ma dernière ressource.
Regardant la pendule.
Ah ! ma vie ou ma mort se décide à présent.
Savoir que le dé roule, et n'être pas présent! Rester là quand dehors s'élance ma pensée!
Douter, lorsque déjà la fortune est fwéel Imaginer de loin ce que je ne puis voir!
Passer et repasser de la crainte à l'espoir!
C'est souffrir lentement mille morts au lieu d'une, C'est une anxiété pire que l'infortune.
Il s'assied.
Ah ! ces émotions me brûlent ; quel enfer !
Un milliard, à ce prix, serait payé trop cher.
— mes heures de paix, quêtes-vous devenues!
Se levant.
Si ces angoisses-là d'avance étaient connues, Quel est l'extravagant, acharné contre soi.
Qui, dès les premiers pas, n'eût reculé d'effroi!
— Un bruit de pas !