‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 170 sur 234 · LÉON, REYNOLD · texte numérisé non relu

LÉON, REYNOLD

REYNOLI), avec une sévérité froide.

Arrêtez !

LKON, stupéfait.

Le croirai-je !

Vous, monsieur!

REYNOLD, prenant le pistolet.

Oui. Laissez cette arme sacrilège.

Que faites-vous ici?

RETNOLD.

Vous le voyez.

LÉON

Morbleu I Ce dont vous vous mêlez vous regarde fort peu. Rendez ce pistolet, et sortez!... Sur votre âme, Sortez! — Ne jouez pas, monsieur, avec la flanunel

— Sortez, vous dis-je !

REYNOLD

Non.

LÉON

Non? — Alors, par ma foi.

Cette arme peut avoir, monsieur, un autre emploi. ParWeu ! je le veux bien , puisque c'est votre envie ; Un duel vient à propos à qui maudit la vie.

— Je vous hais, je vous hais, vous, mon accusateur, Vous en qui je dois voir un dénonciateur.

Vous, rival triomphant, qui venez vous repaître De. ma confusion, — dont vous riez peut-être. A mon ressentiment, vous-même, par vos soins, Vous vous êtes livré, quand j'y pensais le moins; Merci ! — Venez , monsieur.

RElfNOLD.

Soit; pour peu qu il vous plaise.

Dans un moment, monsieur, nous ferons à votre aise.

— Écoutez-moi, d'abord, et laissez-moi remplir La mission qu'ici j'ai promis d'accomplir.

Une mission?

REÏNOLD.

Oui ; c'est là ce qui m'amène ; Sinon je vous aurais épargné celte gène.

Car que m'importe à moi, sans droit sur votre sort, Que vous viviez, monsieur, ou vous donniez la mort?

LÉON

Mais qui vous a chargé... ?

REYNOLD, se découvrant.

Ma cousine.

LÉON

Camille !

REYNOLD

C'est ma coutume d'être à ses ordres docile.

— Or, je la quitte à peine; elle avait redouté

L'acte de désespoir par mon bras arrêté.

(c Allez, m'a-t-elle dit; quoiqu'il ne puisse attendre

Que je révoque un jour l'arrêt que j'ai dû rendre;

Car je me suis juré de ne pas revenir.

Et, quand j'ai fait un vœu, moi, je sais le tenir;

Dites-lui cependant que mes regards le suivent ;

Que, si l'amour est mort, les amitiés survivent.

Et que, s'étant lui-même interdit d'être aimé,

11 lui reste l'espoir d'être un jour estimé ;

Qu'il n'aille pas surtout, dans une rage impie.

Déshonorer sa mort, ayant flétri sa vie.

Et se soustraire en lâche à l'expiation

Qu'impose à ses remords sa mauvaise action ;

Dites-lui qu'il se doit, qu'il me doit à moi-même

D'épargner à tous deux cette honte suprême ;

Qu'il ne me force pas, par un dernier forfait,

A rougir devant tous du choix que j'avais fait;

Que, s'il n'est mon mari, c'est assez qu'il dut l'être, Pour que de s'avilir il ne soit plus le maître, Et qu'enfin j'apprendrai de loin, avec plaisir, Tout ce qui m'absoudra de l'avoir pu choisir. »

— Je vous ai rapporté sa parole formelle...

LÉON

C'est lace qu'elle a dit?

REYIN'OLD.

Oui ; j'ai parlé comme elle.

— Et maintenant, monsieur, faites ce qu'il vous plaît; J'ai rempli mon mandat. — Voilà le pistolet.

Il le pose sur la table.

Je ne me tûrai point.

REYNOLD

Il nous reste, à cette heure, A vider, comme il faut, l'affaire antérieure.

— D'abord, ce n'est pas moi qui vous ai dénoncé, Et c'est un rôle auquel je suis mal exercé.

Accusez-en, monsieur, vos seules imprudences.

Et sachez mieux plus tard placer vos confidences. Je ne vous dis cela que pour mou propre acquit, Car vous avez d'ailleurs un grief qui suffit. Je suis votre rival; oui, monsieur; je proclame (}ue j'aime ma cousine, et de toute mon âme, Et qu'à la fin j'espère, auprès d'elle assidu, (îaguer le noble cœur que vous avez perdu.

LÉON, se précipitant vers la boîte à pistolets.

Monsieur!...

REYNOLD

Sortons.

LÉON, après un moment de lutte intérieure.

Camille entre nous s interpose.

Je ne me battrai point.

Il ferme la botte, et s'assied.

REYNOLD

J'ai promis autre chose, C'est que, si vous portiez bravement votre sort, Je vous assisterais en ce vaillant effort ; Je vois que vous avez sur vous quelque puissance. Je dois donc jusqu'au bout pousser l'obéissance.

Il s'assied.

Le gain sans le travail ayant été malsain , Essayez du travail qui donne peu de gain.

J'allais vous proposer cette ressource extrême De vous faire soldat, comme je fus moi-même; « Non, non, m'a-t-elle dit; ces périls séduisants A racheter ses torts seraient insuffisants.

Être soldat n'est point une œuvre expiatoire ; Ce n'est pas une peine enfin , c'est une gloire ; Mille en cette carrière accourent pleins d'ardeur, Et le monde à leur sort attache la grandeur; Mais l'œuvre dédaignée, obscure, opiniâtre.

Et dont nul coup d'éclat n'illustre le théâtre, Voilà le devoir froid, après la passion.

L'inverse de la faute, et l'expiation. »

LÉON

Elle l'a dit? c'est elle?

REYNOLD

Elle-même. — J'ajoute Ce qui suit, en mon nom. Le voulez-vous?

LÉON

J'écoute.

REYNOLD

Je sais que le labeur que je vais vous offrir

Est rude, et qu'il serait plus aisé de mourir;

La vanité mondaine y verrait de la honte ;

Mais c'est un préjugé dont je fais peu de compte ;

Moi, j'y vois de l'honneur. Ce n'est pas sans danger;

Mais vos jours , que tantôt vous vouliez abréger,

Vos jours, que vous tranchiez par une mort stérile »

Risquez-les noblement dans un danger utile.

Et, si vous succombez, votre agonie au moins

Ne redoutera pas le regard des témoins.

Moment de silence.

LÉON, d'un ton décidé.

Que me proposez-vous ?

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