SCENE PREMIERE
LA COMTESSE, GONTARD
LA COMTESSE
Pourquoi vous en allez-vous ?
GONTARD
J'ai peur d'être venu mal à propos ; vous semblez préoccupée.
11 est vrai ; quand vous êtes entré, je repassais en moimême tous mes sujets de chagrin.
GONTARD
Et la liste en est-elle bien longue ?
LA COMTESSE
Oui.
400 CE QUI PLxVIT AUX FEMMES.
GONTARD
Me voici tout prêt à m' affliger avec vous. — Puîsje savoir pour quelle raison?
LA COMTESSE
Pour mille raisons. — D* abord tout semble prendre à tâche de me contrarier, depuis ce matin. Ma femme de chambre est d'une maladresse insigne. — J*ai cherché partout divers objets , sans parvenir à mettre la main dessus ; il faut qu'ils aient pris des ailes et se soient envolés. — Mon fermier m'écrit que, la saison ayant été mauvaise, il ne peut pas m'envoyer son fermage, de sorte que je suis désargentée. — Ceux qui n'ont pas de terres sont bien heureux.
GONTARD
Il est sûr qu'ils n'attendent pas après les arrérages. — Et puis ?
LA COMTESSE
Et puis je ne vois que des gens ennuyeux; les hommes sont bêtes, et les femmes sont sottes. — Et puis cette bise qui souffle dans ce grand jardin agace mes nerfs et me pousse aux idées sombres.
Heureusement, vous êtes au coin d'un bon feu, et l'hiver expire contre vos vitres , où il trace de splendides arabesques.
LA COMTESSE
Oui; c'est comme un paysage fantastique : on y découvre des arbres étincelants, des clochers diamantés, que sais-je encore !
GONTARD
Et voyez-vous comme les guirlandes de neige sur les branches sont d'un joli effet ?