ACTE PREMIER
LA COMTESSE
On dirait ces légères dentelles d'argent fabriquées à (iènes.
GOXTARD.
A quoi pensez-vous , en regardant ces belles choses ?
LA COMTESSE
Je pense que ce sont de belles choses ; à quoi voulezvous que je pense ?
GOXTARD, s'asseyant près de la comtesse.
Ne songez-vous jamais que tout le monde n'a pas un fauteuil moelleux devant des bûches embrasées? L'hiver, qui dépose ces cristaux sur votre fenêtre et ces franges sur vos arbustes, paralyse les membres des vieillards et ravage la poitrine des jeunes filles. Quand une voiture capitonnée, boudoir ambulant, vous emporte par lés vieilles rues de Paris, si vous leviez les yeux vers les toits, vous y verriez des mansardes, où l'on souffre, où l'on pleure; là sont de pâles ouvriers, que la suspension de leurs travaux réduit au désespoir; des couturières cousent sans feu, par ce vent glacé , et l'aiguille échappe à leurs doigts engourdis; des blanchisseuses plongent leurs bras dans l'eau froide. — Ne sont-elles pas plus à plaindre encore que vous, et que diriez-vous, si vous étiez à leur place?
LA COMTESSE
Je ne suis pas faite comme elles à ce genre de vie ; l'habitude les rend presque insensibles à ce qui nous tuerait.
GONTARD
Vous croyez donc qu'on s'accoutume au froid?
LA COMTESSE
Apparemment.