SCÈNE III
Les MÊMES, hors DE FLÉVIEUX.
GONTARD
Le pauvre homme! — Vous êtes bien féroce.
LA COMTESSE
Il a signé à mon contrat de mariage ; je lui fais expier
les torts de mon mari, (pensive et se pariant i elle-même.) Peut-
être serais-je meilleure, si j'avais été mieux mariée. (BUe
fait un geste comme pour écarter de tristes souvenirs, puis elle regarde
oontard en riant. ) A ce propos, je crois me souvenir que vous n'avez pas demandé ma main.
GONTARD
Non , ma cousine.
LA COMTESSE, toujours gaiement.
Et pourquoi ne Tavez-vous pas demandée ?
GONTARD
Auriez-vous accueilli ma demande ?
LA COMTESSE
J'en doute ; mais vous auriez été dans la tradition qui exige que les cousins soient toujours amoureux de leurs cousines ; j'aurais eu quelque douceur à songer que mon mariage avec un autre vous déchirait le cœur, et je vous
saurais gré aujourd'hui des larmes dévorées alors. — Enfin, pourquoi ne m'avez-vous pas demandée à ma mère ?
GONTARD
(ja marquise, votre mère, était fière de son nom, et j'ai un nom roturier; vous étiez riche, et je ne le suis pas; c'étaient deux raisons plus que suffisantes pour ne pas m'exposer à un refus certain.
LA COMTESSE
Mais vous n'aviez pas l'air désespéré , le jour de mes noces, comme il eût été convenable de le paraître.
GONTARD
Je n'étais pas désespéré, puisque je n'avais nourri aucune espérance. — Puis, s'il faut vous l'avouer, le mariage étant à mes yeux l'acte le plus important de la vie, je n'aurais choisi une femme qu'après avoir reconnu chez elle les qualités qui font une bonne femme. — Or, je voyais bien que vous étiez belle, mais j'ignorais si vous étiez bonne.
LA COMTESSE
Eh! oui, je suis bonne, puisque j'écoute vos impertinences.
GONTARD
Comme on est injuste! 11 y a des gens qui vous trouvent méchante.
LA COMTESSE
Je ne le suis que lorsque je m'ennuie. — Il est vrai que je m'ennuie souvent.
GONTARD
Il faut vous remarier, ma cousine ; cela pourra vous distraire.
LA COMTESSE
Mon premier essai m'a si bien réussi !