OLIVIER, LA REINE
La roine des fées, qui vient de rentrer dans le château, en sort, vMae d*an manteau de pourpre, et couronnée d'un diadème. — Bile s'approche d'Olivier, et le tire de sa rêverie en lui touchant l'épaule, avec son sceptre.
LA REINE
Tu viens de voir ma sœur. Esprit qui rampe à terre , Bourgeoise ambition, qu'un peu d'or désaltère. Humble orgueil, que repaît l'encens de quelques sots.
— Regarde-moi ! mon œil est superbe ; l'Europe
Que j'embrasse est mon champ; la pourpre m'enveloppe: Devant moi les licteurs inclinent leurs faisceaux.
Je puis t' ouvrir l'accès des conseils; je puis faire
Tourner ton astre autour de la royale sphère;
Va, monte à la tribune, escalier du pouvoir.
Tu sais comme on procède : on sert les nobles causes.
Les peuples afl'ranchis, les libertés écloses;
On proclame le droit en face du devoir.
On défend la raison, l'examen, la lumière,
La mâle égalité, trempe de l'âme fière.
Qui pousse aux grands destins les peuples aguerris;
On dit aux nations qu'elles sont souveraines.
Et ne sont pas la chose ou des rois ou des reines;
— Puis, quand on a longtemps enflammé les esprits,
Quand à l'homme d'État le tribun a fait place. Sur le feu qu'on souflUait on jette de la glace;
On prône le respect, détruit par le niveau :
« Une aristocratie importe à l'équilibre; Rien ne sera debout, si l'examen est libre; Il faut un frein pieux aux écarts du cerveau. »
Bref, on dit le rebours des choses qu'on a dites: (( Les révolutions ! catastrophes maudites !
L'État roule sans fin dans ce gouffre sans fond. L'ancre est le droit divin. » — Applaudi des marquises, On égorge à leurs pieds les réformes conquises.
— Et cependant, saisis d'un vertige profond.
Les jeunes gens, sur qui ces exemples descendent.
Devant ce changement énorme se demandent
Ce que c'est que le vrai, s'il est ou s'il n'est pas.
Si la conviction n'est pas la duperie.
Et s'il faut croire au bien , quand son aspect varie
Selon qu'on le regarde ou d'en haut ou d'en bas,
OLIVIER
Quel est ton nom?