‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 220 sur 234 · OLIVIER, LA REINE DES FÉES · texte numérisé non relu

OLIVIER, LA REINE DES FÉES

LA REI^E, à Olivier, en lui faisant signe d'entrer dans le château.

Viens, mon hôte!

OLIVIER, regardant, par la porte ouverte, l'intérieur du château.

Quelle est la salle où tu m'accueilles?

LA REINE

C'est la mienne.

OLIVIER

On n'y voit ni myrtes ni rosiers, Mais des piles d'écus, des sacs, des portefeuilles!

Les Cupidons sont des caissiers !

Que d'or! de l'or partout! de l'or! de l'or encore!

Les astres moins nombreux rayonnent dans la nuit; Moins jaune est l'horizon , quand le couchant le dore : Les cascades font moins de bruit.

LA REINE

Prends tout ! plonge tes bras dans ce flot métallique ; De sa pluie opulente arrose les passants:

Ceux sur qui tombera cette averse magique Te rendront ton or en encens.

Le jour, tu parcourras en char les avenues Qui vont du grand chemin au seuil de tes châteaux ; Le soir, dans tes salons remplis d'épaules nues Étincelleront les cristaux.

Veux-tu des amis? — Viens 1 leur cœur est dans ces coffres. — Veux-tu des femmes? — Viens! leurs baisers sont ici. Si quelqu'une dit : « Non , » double et triple tes offres. La plus fiëre dira : « Merci. »

Rêves-tu qu'il est doux de mener vers le prêtre La vierge aux yeux baissés, lis du secret vallon? Prends cet or ; fusses-tu vieux et laid , tu vas être Plus jeune et plus beau qu'Apollon.

Tu verras à tes pieds la noblesse arrogante ; Aux filles des Couci tu peux te marier; Le blason , que salit la roture indigente , S'accole à l'argent roturier.

Tu tiens entre tes mains la puissance suprême. Élève tes flatteurs; abats tes ennemis.

Vices et passions, jusqu'au crime lui-même, Tout, jusqu'aux vertus, t'est permis.

Perdre une fille honnête ou sauver un brave homme , Conserver des chefs-d'œuvre ou les jeter au feu. Féconder, ravager, tu peux tout. On te nomme Le bien et le mal. — Sois un dieu!

OLIVIER

Ta parole dessèche; on dirait, à l'entendre.

Qu'un simoun souffle sur le cœur.

Je me sens plus mauvais ; ce que j'avais de tendre Devient égoïste et moqueur.

Je n'aime déjà plus mes amis; je soupçonne Qu'ils flattent en moi mon argent.

Le dévoûment s'éteint; la pitié m'abandonne; J'appelle vaurien l'indigent.

J'applaudissais jadis à la France agrandie;

Je pleurais nos drapeaux vaincus.

Mais j'ai peur aujourd'hui qu'une gloire hardie

Ne me coûte quelques écus.

Qui donc es-tu, démon fatal? tu ne peux être L'Amour.

LA REINE

Je suis l'Amour de l'or.

OLIVIER

Ah! tu n'es pas celui que je vis apparaître.

La reine rentre dans le château.

Où donc est-il? Vit-il encor?

Se tournant vers l'entrée du château, et s'adrcssant à l'Amour de l'or, comme s'il était encore présent.

(iénie abrutissant! Le pays qui t' écoute

Perdra le sentiment du beau.

Si l'Amour ne vit plus, tu Tas tué sans doute,

Et cet or lui sert de tombeau.

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