‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 224 sur 234 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Les Mêmes, Là REINE DES FÉES.

Lk REINE.

Olivier!

OLIVIER

C'est sa voix! c'est son port, sa figure !

De mon rêve enchanté c'est la vision pure !

Qu'elle est belle ! mon âme est noyée en ses yeux , Comme un brouillard terrestre en la splendeur des cieux; Sa parole est un chant plus doux à mon oreille Que celui des oiseaux que le matin réveille.

Lui tendant les bras.

Toi devant qui je suis en extase , ô beauté ! Viens! car je n'ose faire un pas de ton côté, Et pareil à l'enfant ravi, qui souille à peine Devant un papillon qu'effraîrait son haleine , Je crains de respirer, de peur que , loin du sol , Vers les jardins du ciel tu ne prennes ton vol.

LA REINE, faisant un pas vers lui.

Olivier !

OLIVIER

Parle encore! Ah! musique suave!

Parle! je t'appartiens; commande à ton esclave.

LE LUTIN, le npousMnt.

Bonhomme , doucement donc I Ta goutte craint les secousses ; Calme-toi, vieux Céladon!

Tu crois soupirer; tu tousses.

D'un esclave catarrheux Que veux-tu que l'Amour fasse ?

Va vers les bouquins poudreux , Toi qui fais peur à la grâce.

Les baisers ne nichent point Au fond des rides moroses; Ils gazouillent dans le coin Des lèvres où sont les roses.

L'aube est aux roucoulements; Au calme est le crépuscule.

Le doux babil des amants Chez les vieux est ridicule.

A la reine.

Qu'il se prépare au tombeau Par la prière et le jeûne !

Prends-moi, c'est moi qui suis beau; Prends-moi, c'est moi qui suis jeune.

OLIVIER

jalousie I ô rage I ô regrets trop amers !

A la reine.

Faut-il l'avoir perdue, et voir ce que je perds!

Toi que j'ai tant cherchée , ô mon âme , ô ma vie , Ne m* apparais-tu donc que pour m*être ravie !

LA REINE

Je t'aime. Le plaisir, et l'or, et la grandeur, C'était moi. Le lutin fut mon ambassadeur.

LE LUTIN, faisant la révérence à Olivier.

Je m'entends en espièglerie, Sire chevalier, n'est-ce pas ?

Il met la main d'Olivier dans celle de la reine.

Çà, ta main, et plus* de débats.

C'est moi, Robin, qui vous marie.

Ce trait n'est pas de mon métier.

Et l'attendrissement me pèse.

— Gare à ceux qu'une heure mauvaise Amènera dans mon sentier !

LA REINE, à Olivier.

Tu connais le néant des mondaines ivresses ,

Et ton amour fidèle a bravé leurs caresses;

Je t'aime. — Je te rends tes beaux ans. — Sois à moi I

Elle appelle les fées et les sylphes, on leur montrant Olivier.

Venez, mes sœurs! — Esprits, saluez votre roil

Page 1