LOUISE, LE PORTIER
LE PORTIER
Pardon, mademoiselle Louise; vous m'avez dit que vous me donneriez aujourd'hui le terme que vous devez au propriétaire, et je viens voir si vous y avez songé.
LOUISE
Hélas ! monsieur Simon , il a fallu acheter des remèdes pour ma sœur; il ne me reste plus rien pour le loyer.
LE PORTIER
Ah ! diantre ! — Vous êtes une brave fille, et vous travaillez tant que vous pouvez ; mais le propriétaire est en droit, voyez-vous, d'exiger les termes échus. Sa maison est louée à des ouvriers qui n'ont pas de meubles et qui vivent au jour le jour; s'il leur faisait crédit, les arriérés s'accumuleraient, et il ne pourrait plus se faire payer. — Tâchez de ne pas trop le faire attendre , ou j'ai peur qu'il ne vous renvoie.
LOUISE
Alors , nous mourrons dans la rue.
LE PORTIER
Voyons, voyons, mademoiselle Louise, ne dites pas de ces choses-là. — Si ma loge était plus grande , je vous recevrais chez nous; mais c'est si étroit I c'est tout au plus
8*11 y a de la place pour ma femme et pour moi, et pour les trois enfants.
LOUISE
Merci, mon bon monsieur Simon; je vous suis bien reconnaissante de l'intérêt que vous me témoignez. Vous êtes presque aussi pauvre que moi ; vous ne pouvez rien pour moi. Ce n'est pas votre faute si je suis abandonnée de Dieu.
LE PORTIER, ému.
Qu'est-ce que c'est que ça! Est-ce qu'il faut se désespérer ! une jeunesse comme vous ! une si bonne ouvrière ! Vous aurez bientôt mis de côté vingt-deux francs cinquante, et je ferai prendre patience au propriétaire, qui est un bon homme. — Allons, du courage! (En sen aiunt.) Vous n'avez besoin de rien ?
LOUISE, après avoir hésité.
Si. Voulez-vous me prêter une chandelle? Je pourrai passer la nuit à coudre, et je finirai ma besogne.
LE PORTIER
Je vais vous l'apporter.
LOUISE, se remettant à l'œuvre, avec joie.
Il me semble que j'ai moins froid, (on frappe à la porte.)
Klltrez ! (Le portier ouvre ^ porte, par où entre une revendeuse. — Il sort. )