SCÈNE VIL
TÉLÉMAQUE, ULYSSE, EURYCLÉE, MÉLANTHO, Suivantes infidèles.
TÉLÉMAQUE, à Ulysse.
Avant de me coucher, mon devoir me commande De présider aux soins que ton âge demande.
Ne manques-tu de rien?
i06 ULYSSE.
ULYSSE
Non. Je bénis les dieux Qui m'ont amené, prince, à ce foyer pieux.
TÉLÉMÂQUE, condaisant Ulysse à l'écart.
Avez-vous quelque chose à m* ordonner, mon père?
ULYSSE
Demain, nous combattrons et vaincrons, je l'espère.
— Dans la salle aux festins sont des armes ; prends-les ; Va les cacher, là-haut, sous le toit du palais;
Et, si les prétendants, ne voyant plus les glaives. Viennent à demander pourquoi tu les enlèves , Réponds-leur doucement : « C'est pour les repolir, Car l'épaisse fumée est prompte à les salir; » Ou bien : « Comme l'ivresse engendre des disputes. J'avais peur que le fer n'ensanglantât vos luttes. »
— Pour toi seul , cependant , laisse sur un pilier Une épée, une pique, avec un bouclier.
TÉLÉMÂQUE.
Oui, mon père.
ULYSSE , lovant un doigt en l'air.
Aussitôt que tu verras ce geste , Mets l'épée à la main. Pallas fera le reste.
TÉLÉMÂQUE.
Ah! je brûle déjà de signaler mes coups.
Et de vous faire voir un fils digne de vous.
Oh ! quel honneur pour moi , mon père ! Quelle gloire
D'emporter sous vos yeux ma première victoire!
On ne me dira plus que je suis un enfant;
Je suis le compagnon d'un héros triomphant;
Je combats près d'Ulysse; il m'appelle à son aide.
Lui qui connut Achille, Ajax et Diomède!
Je vais laver enfin nos affronts dans le sang !
Oh ! quel beau jour, mon père ! Oh ! que n'est-ce à présent !
ULYSSE, regardant son fils avec satisfaction.
Bien! — Mais parle plus bas. — A demain.
TÉLÉMAQUE, se rapprochant du chœur, à voix haute.
Je confesse , Vieillard, que tu m'as su répondre avec sagesse. Je concevais sur toi quelques fâcheux soupçons; Mais tu les as détruits par de bonnes raisons.
A Euiycléo.
Conduis-le vers son lit pour qu'il fasse un bon somme.
Bas, à Ulysse, en passant près do lui, pour sortir.
Adieu, mon père, adieu.
Haut.
Va; dors en paix, bonhomme.
11 sort. — Ulysse sort d'un autre côté, conduit par Euryclée.
MÉLANTHO, Choeur des Suivantes infidèles.
MELANT 110, aux suivantes infidèles.
Les maîtres sont sortis; courons vers les festins; Livrons-nous sans contrainte aux amours clandestins.
choeur des suivantes infidèles *.
Souveraine de la terre,
Vénus Cypris !
Pour qui naissent à Cythèro
Les myrtes fleuris !
Tout reconnaît ton empire; Tu vis dans l'air qu'on respire; Partout éclôt un sourire,
Dès que tu souris.
i. Chanté.
408 ULYSSE
Tu plais, déesse puissante,
Aux jeunes garçons.
Et la vierge rougissante
Aime les leçons.
C'est le vieillard qui te blâme:
Il te regrette en son âme.
Et s*irrite de ta flamme
Qui craint ses glaçons.
Quand Yulcain prit dans sa toile
Le couple amoureux , l/cs dieux, te voyant sans voile.
Se disaient entre eux :
a Yulcain! fais-moi la grâce De m'enchalner à la place Du coupable qu'elle embrasse;
Mars est bien heureux. »
Le plaisir n'est pas blâmable ;
Suivons nos penchants; Daigne toujours, reine aimable,
Inspirer nos chants.
Que ne puis-je, ô Cythéréeî Te suivre dans la contrée Où tu règnes, entourée
Des amours méchants !
BUes sortent.
La salle da festin, dans le palais d'Ulysse. — Les prétendants sont à table. — Les femmes infidèles leur rersent à boire; quelques-unes se tiennent à côté des prétendants et boivent avec eux. — On est au milieu du jour.