CHOEUR DES PORCHERS
Victoire au mendiant! victoire 1 Le mendiant est le plus fort.
A lui la gloire D'avoir tendu l'arc sans effort !
Sa flèche a sifflé dans l'espace:
Le mendiant est bon archer.
Sa flèche siffle, vole et passe Par les anneaux , sans les toucher.
Victoire au mendiant! victoire!
Le mendiant est le plus fort.
A lui la gloire D'avoir tendu l'arc sans effort!
ULYSSE
Vous ne vous plaindrez pas que je vous déshonore, Télémaque; votre hôte est vigoureux encore.
Je viens de tendre Tare , sans m'efforcer beaucoup , Et ma flèche a touché le but du premier coup. — 11 s'agit maintenant d'un tout autre exercice ; Voyons si Jupiter veut que j'y réussisse.
Il fait un signe à Télémaque, qui s'arme de l'épée, de la pique et du bouclier suspendu au pilier; puis il tend l'arc de nouveau, et perce Antinous d'une flèche, au moment où celui-ci rentre de la cour dans la salle. Antinous vient tomber sur la scène. — Tumulte.
EURYMAQUE, à Ulysse.
Malheureux! qu'as-tu fait ! — Qu'on le saisisse !
Télémaque menace de sa pique ceux qui veulent s'approcher d'Ulysse. ULYSSE 9 versant les flèches à ses pieds, et quittant ses haillons.
Ah! chiens!
Vous ne m'attendiez pas quand vous pilliez mes biens ! Vous me croyiez encor sous les murs de Pergame ,
1, Chanta.
Lorsque, de mon vivant, vous poursuiviez ma femme. Sans pudeur, sans remords, sans avoir sous les yeux Le blâme des humains, ni le courroux des dieux. Ah! vous ne saviez pas qu'au jour de la justice. Terrible, armé du glaive, apparaîtrait Ulysse.
Mouvement de joie parmi les porchers qui brandissent leurs bâtons. — Effroi des prétendants.
LES PORCHERS, avec triomphe.
Ulysse!
ULYSSE, aux prétendants.
Pâlissez ! la mort plane sur vous.
EURYMAQUE
Si vous êtes Ulysse, Ulysse, entendez-nous.
Vous ne vous plaignez pas sans griefs véritables ; Oui, Ton a dévasté vos champs et vos étables.
Montrant le corps d'Antinotts.
Voilà l'auteur du mal; c'est lui dont les leçons
Nous poussaient aux excès que nous reconnaissons.
11 gît ; il a subi sa peine légitime ;
Mais vous, contentez-vous d'une seule victime.
Et nous vous donnerons, pour ce qu'on vous a pris.
De l'airain et de l'or, et des bœufs d'un grand prix.
Les prétondants, en posture de suppliants, tendent les mains vers Ulysse. ULYSSE.
Quand vous me donneriez tous vos biens : et les vôtres. Et ceux de vos parents, et même beaucoup d'autres. Je ne cesserai pas de me venger, avant Que je n'aie immolé le dernier poursuivant.
Aux porchers.
Vous, porchers, serrez-vous autour de cette porte; Gardez avec vos pieux que personne ne sorte.
Los serviteurs se précipitent vers la porte ot s'enfuient. — Eumée et les porchers gardent la port*? , armés de leurs bâtons.
iU ULYSSE.
Aux ponrsuiTants.
Ne cherchez point à fuir. Vous êtes tous perdus. Je vous tiens sous ma flèche, ô troupeaux éperdus !
EURYHAQUE, aux poursuiTaots.
Aux armes, mes amis! Cet homme est implacable.
AMPHINOME, regardant autour de lui.
Où sont les boucliers?
AMPHIMÉDON.
Servons-nous de la table!
Les prétendants renversent une table et s'en servent comme d'un bouclier.
EURYMAQUE
Tirons notre poignard ! et tous ensemble ! — Sus !
Il se précipite sur Ulysse, le poignard à la main ULYSSE , le perçant d'une flèche.
A toi le second coup ! — Va joindre Antinous.
Bataille générale. Télémaque tue Amphinome, au moment où celui-ci se jette sur Ulysse. — La toile tombe.