‹ Œuvres complètes de F. Ponsard (volume 5)Chapitre 86 sur 234 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les Mêmes, M. MERCIER.

Bonjour, mon jeune ami ; bonjour, mon cher notaire. Avons-nous terminé cette petite affaire ?

GEORGE

Oui, monsieur.

M. MERCIER

Bon. Alors, nous causerons un peu.

GEORGE, ayant M. Mercier à sa droite et le notaire à sa gaucho.

Monsieur, je dois vous faire, avant tout, un aveu. Hier, dans un entretien, dont le sujet m'enflamme. Vous demandiez quels biens j'offrirais à ma fenmie. II. 42

Le passé me trompait, et m'a fait vous tromper;

Mais mon illusion vient de se dissiper ;

Et, quoique tous mes vœux soient pour cette alliance,

Je ne puis abuser de votre confiance.

— Dussé-je d'un refus avoir le cœur percé ,

11 faut que vous sachiez que mon père...

M. MERCIER

Je sai.

Ses spéculations ont été malheureuses; L'actif est absorbé par des dettes nombreuses ; Mais la dot maternelle est intacte, et je tien Qu'elle peut décemment fournir à l'entretien.

Mais, monsieur...

M. MERCIER

J'ai pris soin de donner à ma fdle Des goûts simples, l'amour de la vie en famille.

GEORGE

Monsieur.. •

M. MERCIER

Je suis ravi de montrer, au surplus , Que ce n'est pas l'argent que j'estime le plus. Et qu'à mon sentiment la valeur de la somme Est peu de chose, auprès de la valeur de l'homme. La richesse est souvent un effet du bonheur ; Mais on ne doit qu'à soi d'être un homme d'honneur. Les qualités du cœur sont tout dans un ménage , Et l'on est assez riche avec cet apanage.

GEORGE, avec joie.

Alors, monsieur...

M. MERCIER

Jamais je n'eusse consenti.

Quelque brillant d'ailleurs qu'eût été le parti , Si l'éclat de l'honneur, à quoi seul je m'attache, M'eût paru s'obscurcir de l'ombre d'une tache ;

Continuant , quoique George veuille parler.

Et, s'il eût fallu prendre un jeune homme estimé , Mais dépourvu de biens , ou riche et mal famé , Mon choix eût été prompt, et vous pouvez comprendre <)uel est celui des deux que j'aurais pris pour gendre.

GEORGE, avec chaleur.

Monsieur, je suis charmé de vos façons de voir, Et de tels sentiments me donnent grand espoir. L'honneur étant aussi ce que je considère , J'ai promis de payer les dettes de mon père.

M. MERCIER

Hein?

GEORGE

Je craignais, d'abord, perdant tout ce que j'ai, Que votre bon vouloir ne s'en trouvât changé ; Mais je vois à présent que ma crainte était vaine , Et que l'acte opposé vous eût fait de la peine.

M. MERCIER

Ah ! mon Dieu ! — Ce n'est pas par contrat solennel ?

GEORGE

J'ai promis.

M« MERCIER

Malheureux ! — Et le bien maternel ?

GEORGE

Dévoré tout entier par le paîment des dettes.

M. MERCIER

Tout entier?

GEORGE

Tout entier.

M. MERCIER

Imprudent que vous êtes !

GEORGE

N'était-ce pas loyal, et me blâmez-vous?

M. MERCIER

Non.

GEORGE

Fallait-il imprimer une tache à mon nom ?

M. MERCIER

11 fallait... il fallait... On ne va pas si vite,

Que diable! On prend conseil, et Ton agit ensuite.

Allant vers le notaire.

Six cent mille francs !

LE NOTAIRE

Mais, s'il n'avait fait ainsi, L'édai de son honneur en sérail obscurci.

M. MERCIER

Ijn demi-million!

LE NOTAIRE

Bah ! qu* importe la somme !

C'est peu de chose auprès de la valeur de l'homme.

L'un ne nuit pas à l'autre.

LE NOTAIRE

Et, si j'ai bien compris, Les qualités du cœur ont pour vous plus de prix.

M. MERCIER

Sans doute; mais...

LE NOTAIRE

Le trait n'est-il pas honorable ?

M. MERCIER, brusquement.

C'est avec ces traits-là que Ton meurt misérable.

LE NOTAIRE

Vouliez-vous qu'il fraudât les créanciers ?

M. MERCIER

Non pas.

LE NOTAIRE

N'auriez-vous pas agi de même en pareil cas ?

M. MERCIER

Possible.

GEORGE

Est-ce un motif qui doive m'interdire Un espoir qui d'abord a paru vous sourire ?

Je n'ai pas dit cela.

GEORGE

M'est-il encor permis De songer au bonheur que je m'étais promis?

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