GEORGE, RODOLPHE
RODOLPHE
Ah ! — Ton brusque départ me tenait en souci ;
Mais j'ai bien deviné que tu serais ici.
— Viens, suis-moi; ta présence est ici déplacée.
GEORGE
Ah ! ciel! le croiras-tu! Laure ! ma fiancée ! On la marie!
RODOLPHE, le prenant par le bras.
Allons !
GEORGE
De son consentement!
Je suis joué, trahi, renié lâchement.
RODOLPHE
N'y pense plus.
GEORGE
Perfide! hypocrite! infidèle!
RODOLPHE
Viens! Elle ne vaut pas qu'on s'irrite contre elle , George; et, puisqu'à ta place elle accepte un Richard, Je ne l'honore pas d'un regret, pour ma part.
GEORGE
Elle va se donner à l'autre tout entière !
RODOLPHE
Bah ! tu te vengeras de la même manière.
GEORGE
Et la noce est prochaine! et j'en saurai le jour !
— J'en mourrai.
RODOLPHE
Laisse donc ! on ne meurt pas d'amour.
Puis tu flatterais trop sa fierté féminine.
— Diantre! il ne manque pas de femmes, j'imagine. Elle n'était pas mal, c'est vrai : l'œil langoureux; Mais, moi, je n'aimais pas son parler doucereux.
Un peu... maigre, d'ailleurs. — Veux-tu que je t'en nomme Vingt qui méritent mieux l'amour d'un galant homme?
GEORGE
La déloyale !
RODOLPHE
Tiens : j'eusse aimé mieux la sœur; Elle est vive, piquante, et je lui crois du cœur.
GEORGE
Que vais-je faire?
Et Tart, qui t'ouvre ses domaines l L'art, ce consolateur des misères humaines I L'art, cet ami fidèle, et ce constant appui.
Qui ne trahit pas ceux qui se donnent à lui ! Les devoirs du ménage embarrassent l'étude ; Un véritable artiste en fuit la servitude , Et, libre, travaillant quand il est inspiré, 11 va, revient, voyage et s'arrête à son gré. La gloire est à ce prix.
GEORGE
Je ne voulais la gloire Que pour voir dans ses yeux l'orgueil de ma victoire» Que m*importe de plaire à des gens iiftonnus? Pour qui serai-je fier des succès obtenus?
Qui plaindra mes revers? qui soutiendra mon zèle?
— Ah! si je travaillais, ce n'était que pour elle.
RODOLPHE, le tirant par le bras.
Allons , viens donc , enfant !
GEORGE, suivant Rodolphe, puis s'arrêtant.
puissance de l'or!
Elle serait à moi , si j'étais riche encor !
— Morbleu !
RODOLPHE
Mon pauvre ami , tu commences à vivre ; C'est ta première épreuve, et bien d'autres vont suivre. Arme-toi de courage , athlète généreux !
GEORGE
Honnête , je la perds ! — Fripon , j'étais heureux !
Ils sortent.
Vn liai chez le notaire; — un salon de jeu, qui sert aussi de salie de repos; il est garni de divans; par les portes ouvertes dans le fond et sur les côtés, on Toit les salles de bal, animées par des contredanses. — On entend la musique.