SCENE PREMIERE
LE NOTAIRE, trois Personnes avec lui (les mômes
personnes qui étaient chez George, au premier acte). — ▲ une table de jeu, à gauche, des JOUEURS, parmi lesquels L*HOMME d'ËTAT et le QUATRIÈME CRÉANCIER.
PREMIER PERSONNAGE (PREMIER AMi), au notaire.
Votre bal est charmant.
LE NOTAIRE
N'est-ce pas?
PREMIER AMI
Les parures Sont de bon goût; on voit d'adorables figures.
DEUXIEME AMI
J'ai remarqué surtout, aux angles du salon, Deux jeunes femmes.
PRE3IIER AMI.
Qui?
DEUXIÈME AMI
Je ne sais pas leur nom;
208 L'HONNEUR BT L'ARGENT.
Deux sœurs : j'ai cru, du moins, voir une ressemblance. Quoiqu'on observe en l'une un air de nonchalance , Tandis que l'autre est vive , et , ce qui m'en a plu , Lance, d'un œil candide, un regard résolu.
LE NOTAIRE
Je devine.
DEUXIÈME AMI
L'atnée est aussi fort jolie :
Douce, pâle, des yeux pleins de mélancolie.
LE NOTAIRE
Elle a déjà connu la souffrance , et je crains Que l'avenir encor n'accroisse ses chagrins.
DEUXIEME AMI
Eh! bon Dieu! pourquoi donc?
LE NOTAIRE
Elle est mal mariée ; Dans ses affections on l'a contrariée.
Et son père a fait choix pour elle d'un époux. Lequel est sot, brutal, libertin et jaloux.
DEUXIÈME AMI
En vérité!
Bonsoir. Je vais un peu paraître.
Amusez-vous !
Il sort.
SCÈiNE II.
Les Mêmes, moins le Notaire.
DEUXIÈME AMI, au premier.
Sais-tu qui j'ai cru reconnaître?
— George.
PREMIER AMI
Que devient-il? que fait-il?
DEUXIÈME AMI
Je ne sai; Je ne l'ai rencontré qu'une fois, l'an passé.
PREMIER AMI
On le dit ruiné.
DEUXIÈME AMI
C'est vrai. Le pauvre diable S'est mis dans un état tout à fait pitoyable.
PREMIER AMI
Comment cela?
DEUXIÈME AMI
Que sais-je? Il s'est conduit... fort bien; On parle d'un... beau trait. — En somme, il n'a plus rien.
PREMIER AMI
Et comment donc vit-il?
DEUXIÈME AMI
Diable si je m'en doute !
— Il barbouillait jadis quelque méchante croûte...
PREMIER AMI
Parbleu ! je m'en souviens de reste ; quel ennui ! II fallait voir cela , quand on dînait chez lui.
DEUXIÈME AMI
Eh bien , il a , dit-on , essayé de les vendre ;
Mais, baste! aucun marchand n'aura voulu les prendre.