ACTE PREMIER
IIUMBERT.
Et VOS livres si beaux, Qui me faisaient envie entre tous vos joyaux ? J'avais soif de lecture, et vous aviez coutume De me laisser chez nous emporter un volume.
LA MARQUISE
Que de choses depuis !
HDMBERT.
Et pourtant je croirais Ces souvenirs d'hier, tant ils sont vifs et frais. Jeunes émotions, à travers les années Comme vous remuez l'âme où vous êtes nées !
LA MARQUISE
Je vous suivis des yeux, quand vous fûtes parti. Votre nom illustré chez nous a retenti ; Mon père s'irritait et froissait la gazette; Mais, moi qui ramassais le journal en cachette. Comblant à votre insu votre plus cher souhait. J'allais vers votre mère, assise à son rouet. Lui lire le récit de vos premiers faits d'armes. Qu'elle écoutait, les mains jointes, l'œil plein de larmes,
UUMBERT, tremblant d'émotion.
Vous avez fait cela !
LA MARQUISE
J'ai donc bien fait ?
HUMBERT
Oh ! oui.
LA 3IARQUI8E.
Quand votre père est mort, yous n'étiez plus chez lui.
tO LE LION AMOUREUX.
La mainmorte frappait dès lors son héritage, Que le seigneur du lieu recueillait sans partage; J'obtins que ma maison abandonnât ce droit, Et votre mère a pu s'endormir sous son toit.
HUMBERT
Soyez remerciée et mille fois bénie,
Ange gardien, charmant et bienfaisant génie !
LA MARQUISE
Ainsi la paix est faite, et vous reconnaîtrez
Qu'il est de bonnes gens dans nos rangs exécrés 7
HUMBERT
Ah ! madame I
LA MARQUISE
D'ailleurs, est-ce que la rancune Chez des cœurs généreux survit à l'infortune ? Nous avons, nous aussi, comme sous l'humble toit. Connu le dénûment, et la faim, et le froid.
Et nous avons subi sur la terre étrangère Toutes les dures lois qu'impose la misère.
— Tenez, moi qui vous parle, eh bien, j'ai, de ma main. Lavé les gobelets aux environs du Mein.
HUMBERT
Quoi! vous, madame? vous?
LA MARQUISE
Moi-même, et je me vante Que jamais cabaret n'eut meilleure servante.
HUMBERT, regardant U maia de la marquise.
Cette main...
LA MARQUISE
Cette main apportait lestement