‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 110 sur 219 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

On engage ton père à se déshonorer; A ce prix, j'ai ma grâce.

ANTONIA

A ce prix!

GALILEE

Si j'abjure, On m'absout du génie en faveur du parjure.

ANTONIA, après un silence.

Si ton honneur s'oppose à de tels désaveux.

Fais selon ton honneur, et non selon nos vœux.

Bien. — Tu sais, chère enfant, que leur moindre vengeance Sera l'exil, la vie errante, et l'indigence.

ANTONIA

Voici ton Antigone. Oui, mon amour pieux Conduira le proscrit, vainqueur du sphinx des cieux. Dirigeant ton bâton de vallée en vallée.

Je dirai : a Donnez-moi du pain pour Galilée, Pour celui qui, privé d'un toit par des chrétiens. Aurait eu des autels chez les peuples païens. »

GALILÉE

Ce sera la prison — éternelle, sans doute.

ANTONIA

J'y passerai ma vie, assise sous la voûte.

GALILÉE

Ce sera pis encor peut-être.

46S GALILÉE

ANTONIA

Dieu puissant!

mon père! mon père!

GALILÉE

Ah 1 pauvre être innocent !

Que vas-tu devenir sans appui, sans asile, Fille d'un réprouvé pour le peuple imbécile?

ANTONIA

Il s'agit bien de moi, quand tu vas à la mort !

— Quoi 1 ne peux-tu sans honte obéir au plus fort?

GALILEE

Gomment nommerais-tu la sentinelle indigne Qui devant l'ennemi trahirait sa consigne?

Écoute, mon enfant : en face du combat, Une seule terreur me tourmente et m'abat; Je ne .puis pas songer, sans angoisse profonde. Que tu resteras pauvre et seule dans le monde. Veux-tu m'ôter ce trouble et me rendre la paix? Jure-moi d'obéir à mes derniers souhaits.

— Vivian, noble cœur, intelligence vive.

En laquelle il se peut que ma gloire revive, Vivian, mon disciple, en homme généreux,

A demandé ta main, nous voyant malheureux.

Je sais que Taddeo briguait cette alliance; Mais, puisque ses parents, pris d'une défaillance, Ont, au premier péril, rompu l'engagement.

Que. peut-on en attendre après mon jugement?

Accepte Vivian, et, si j'ai ta promesse.

Content du protecteur qu'après moi je te laisse.

Page 1