‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 109 sur 219 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

N'auront plus un asile où pouvoir parler haut, Pour vous, pour votre nom, pour votre droit suprême Que le coup qui me frappe atteint comme moi-même. Que nous veut Rome ici? Gomment et depuis quand Peut-elle emprisonner un professeur toscan?

Par quel code nouveau m'impute-t-elle à crime Un livre qu'à Florence un Florentin imprime?

Pardonnez, monseigneur, à d'imprudents discours : Je ne suis pas versé dans les secrets des cours ; J'entends mal quand il faut qu'on résiste ou qu'on cède; Vous avez fait au mieux pour me venir en aide ; Je ne puis m'empêcher pourtant d'in\^iner Que c'était un spectacle assez grand à donner. Qu'un prince et qu'un docteur, d'une égale vaillance. Défendant, l'un son sceptre, et l'autre, la science.

LE GRAND-DUC

Tu ne sais pas, vieillard, avec quel bras d'airain Rome dompte les chefs indociles au frein, .

Que de ressorts secrets à ce centre aboutissent, Et par combien d'échos ses foudres retentissent. Ce que n'oseraient pas, en de vastes États, Les rois, les empereurs, les plus grands potentats, Moi, petit souverain, veux-tu donc que je l'ose? Fais plutôt, fais sur toi l'effort que je m'impose : Quelque orgueil qui s'insurge et qui frémisse en toi. Sous la nécessité courbe-le, comme moi ; Comprime tout élan de ton âme indignée; A toute injonction montre-la résignée ; N'objecte rien; selon qu'on l'aura décrété.

Tiens le vrai pour erreur, le faux pour vérité; Il y va de la vie, et j'ai plus d'un indice

460 GALILÉE

Qu'on irait jusqu'au bout du sanglant sacrifice.

— Méditez mes conseils, maître, et partez demain. Mon appui vous suivra près du juge romain.

11 sort, aprè« «TOir tendu la main i Galilée, qai s'incline.

GALILÉE

Ne VOUS confiez pas aux puissants de la terre!

— Venise, sol libre, aux travaux salutaire.

Où j'enseignais en paix, où, de tous applaudi, Je pris possession de l'espace agrandi,

Ahl tu n'eusses pas, toi, de mes bourreaux complice. Livré servilement sa proie au saint-office 1 Amorcé par un prince, ébloui par la cour, J'ai fui pour cet appât mon tranquille séjour; Je ne vis pas alors que, pour l'homme qui pense. Nulle haute faveur ne vaut l'indépendance.

Et reçois aujourd'hui le prix bien mérité De mon ingratitude et de ma vanité.

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