‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 119 sur 219 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

En fait de déshonneur, ils savent ce qu'ils font! Ils m'auront présenté la coupe bien remplie, Et j'aurai bu la honte au moins jusqu'à la lie.

U froisse la rétractation, et la jette sarune table près de laquelle il s'assied.

ANTONIA, A Galilée.

Courage! Songe à naus, pendant que tu liras.

A part.

Oh! je suis sur le point de crier : a Ne lis pas! » — Mais le bûcher!

TADDEO, A Galilée.

Courage ! Un jour, notre tendresse Vous paira longuement cet instant de détresse.

GALILÉE, se levant.

Qu'ai-je donc fait, grand Dieu! pour. être ainsi traité?

N'est-ce pas une chose étrange, en vérité.

Qu'il faille que toujours on insulte, on diffame,

On poursuive à grands cris, par le fer, par la flamme,

On traque étroitement, comme un loup enragé.

Comme un affreux brigand d'homicides chargé.

L'homme qui, travaillant à la grandeur humaine,

Veut de l'intelligence élargir le domaine.

Et que des êtres doux et bons soient plus haïs.

Pour avoir par leur œuvre honoré leur pays.

Lui donnant leurs labeurs, leurs veilles, leurs fatigues,

Qu'un ennemi public en ses noires intrigues !

Insensé! quand il est commode et fructueux D'envisager le faux d'un œil respectueux!

S'assejant.

Que vous l'entendez mieux, natures routinières. Qui des traditions habitez les ornières,

médiocrités, toujours riches d'amis, Doctes commentateurs des systèmes admis, Pédants, qui dans un livre étudiez les mondes. Et pour qui les erreurs sont en proflts fécondes !

S« levant et allant vers Niccolini et Vivian.

— Soyez contents, amisi Oui, je commencé à voir Que deux et deux font cinq, et que le blanc est noir ; Je dirai désormais ce qu'on voudra; j'avoue

Que le Soleil est plat et grand comme une roue.

Que la Lune en son plein est un visage rond.

Où l'on voit clairement l'œil, la bouche et le front.

Et tient pour troublant l'ordre, empoisonnant les âmes.

Quiconque sur ce point se rit des bonnes femmes.

Soyez contents ; c'est fait : le savant a vécu.

Il fut un Galilée, un homme convaincu ;

Qu'en reste-t-il? Ce corps qui s'affaisse et se courbe.

Lampe éteinte, ressort détendu, langue fourbe.

Tombant à genoux.

Dieu, qui lis dans mon âme, et qui vois mes combats, Tu sais que le bûcher ne m'épouvante pas.

Et que, si pour ta gloire il faut que je périsse. J'irai sans chanceler au-devant du supplice; Mais, contre les bourreaux solide et triomphant, Je suis faible et vaincu sous les pleurs d'une enfant. Et, par ces prompts retours que la nature opère. Je cherche le héros et ne trouve qu'un père.

— Tu le sais, ô mon Dieu, j'ai fait ce que j'ai pu; Mais quoi 1 par certains chocs tout courage est rompu ; L'homme, qui se soutient tant que ton bras le mène, Ne peut aller plus loin, seul, que la force humaine. Donne-moi donc, seigneur, la puissance qu'il. faut Pour dompter la nature et vaincre son assaut.

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