‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 127 sur 219 · MADEMOISELLE MADELEINE BÉJART · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE MADELEINE BÉJART

MADEMOISELLE DE BRIE

Ah! voici M. Poquelin.

MOLIÈRE, entrant.

M. Molière, s'il vous plaît, mademoiselle; vous oubliez toujours que, depuis le mois passé, je ne m'appelle plus que Molière.

MADEMOISELLE DE BRIE

Pardonnez-moi; le nom sous lequel je vous ai d'abord connu me revient malgré moi à la bouche. J'y prendrai garde une autre fois, mon cher monsieur Poq... mon cher monsieur Molière.

MADEMOISELLE BÉJART

Il est sûr que Poquelin ne sonnait pas agréablement à Toreille; vous avez bien fait de vous débaptiser.

MOLIÈRE

Ce n'est pas pour cette raison. Je n'aurais jamais quitté le vrai nom de mes pères, quel qu'il fût, si ma famille n'avait pas été bumiliée de le voir porté par un comédien. J'ai donc pris un nom qui n'appartint à personne, afin que personne n'eût à rougir de s'appeler connue moi.

MADEMOISELLE BÉJART

Voilà de plaisantes gens avec leur humiliation I Est-ce qu'il y a rien de honteux dans ce que nous faisons? Sommes-nous des personnes déshonnétes, et ne valons-nous pas bien tous les Poquelins et toutes les Poquelines? Un beau nom, vraiment, pour en être si jaloux I

MOLIÈRE

Eh la la! ne nous emportons pas. (a mademoiselle de Sne.)

Eh bien, mademoiselle, que dites-vous de la journée d'hier?

MADEMOISELLE DE BRIE

Je dis que je suis charmée du goût des Viennois; ce sont des gens d'esprit, et je ne m'attendais pas à trouver d'aussi bons juges dans une petite ville.

MOLIÈRE, riant.

Ce sont de bons juges parce qu'ils vous ont fort applaudie.

MADEMOISELLE DE BRIE

Eh! mon Dieu, oui. Les comédiens sont comme les autres hommes ; nous admirons le goût de ceux qui admi-

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