MADEMOISELLE MADELEINE BÉJART
MADEMOISELLE DE BRIE
Ah! voici M. Poquelin.
MOLIÈRE, entrant.
M. Molière, s'il vous plaît, mademoiselle; vous oubliez toujours que, depuis le mois passé, je ne m'appelle plus que Molière.
MADEMOISELLE DE BRIE
Pardonnez-moi; le nom sous lequel je vous ai d'abord connu me revient malgré moi à la bouche. J'y prendrai garde une autre fois, mon cher monsieur Poq... mon cher monsieur Molière.
MADEMOISELLE BÉJART
Il est sûr que Poquelin ne sonnait pas agréablement à Toreille; vous avez bien fait de vous débaptiser.
MOLIÈRE
Ce n'est pas pour cette raison. Je n'aurais jamais quitté le vrai nom de mes pères, quel qu'il fût, si ma famille n'avait pas été bumiliée de le voir porté par un comédien. J'ai donc pris un nom qui n'appartint à personne, afin que personne n'eût à rougir de s'appeler connue moi.
MADEMOISELLE BÉJART
Voilà de plaisantes gens avec leur humiliation I Est-ce qu'il y a rien de honteux dans ce que nous faisons? Sommes-nous des personnes déshonnétes, et ne valons-nous pas bien tous les Poquelins et toutes les Poquelines? Un beau nom, vraiment, pour en être si jaloux I
MOLIÈRE
Eh la la! ne nous emportons pas. (a mademoiselle de Sne.)
Eh bien, mademoiselle, que dites-vous de la journée d'hier?
MADEMOISELLE DE BRIE
Je dis que je suis charmée du goût des Viennois; ce sont des gens d'esprit, et je ne m'attendais pas à trouver d'aussi bons juges dans une petite ville.
MOLIÈRE, riant.
Ce sont de bons juges parce qu'ils vous ont fort applaudie.
MADEMOISELLE DE BRIE
Eh! mon Dieu, oui. Les comédiens sont comme les autres hommes ; nous admirons le goût de ceux qui admi-