‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 130 sur 219 · MOLIÈRE, LE COMTE DE MAUGIRON, LE MARQUIS DE MAUBEC · texte numérisé non relu

MOLIÈRE, LE COMTE DE MAUGIRON, LE MARQUIS DE MAUBEC

LE COMTE

Monsieur Molière, j'ai l'honneur de vous saluer.

MOLIÈRE

Monsieur, je suis votre très-humble serviteur.

LE COMTE

J'assistais au spectacle d'hier, et j'ai été si content de votre manière de jouer, que j'ai voulu vous exprimer en personne toute ma satisfaction.

Monsieur, c'est trop d'honneur que vous me faites.

LE COMTE

Est-ce VOUS, monsieur, qui êtes l'auteur de cette comédie du Mailre dC école ?

MOLIÈRE

Oui, monsieur, c'est moi qui l'ai composée.

LE COMTE, lui présentant U main.

Touchez là, monsieur; voilà de la franche gaieté, et je n'ai jamais tant ri de ma vie.

MOLIERE

Monsieur.. •

LE COMTE

Votre style est naturel, vos caractères sont bien observés ; il y a dans cette petite pièce une vérité de dialogue, une connaissance du cœur humain, et une façon vive de saisir le ridicule, qui annoncent un auteur comique de premier ordre.

MOLIÈRE

Monsieur, vous me rendez confus. Je sais très-bien que je ne compose que des farces, et je ne suis pas si orgueilleux que de viser jusqu'à la comédie.

LE COMTE

Ayez meilleure opinion de vous-même. J'ai vu à Paris, à l'hôtel de Bourgogne, des comédies qu'on élève bien haut, et qui ne valent pas ce que vous appelez des farces. Les personnages des auteurs en vogue ont un langage tantôt grossier, tantôt emphatique; leur comique n'est que du grotesque ; ils se donnent mille peines pour faire rire et n'y réussissent pas, parce qu'on y sent l'effort; leurs sentiments sont faux, leurs expressions outrées et

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