ACTE PREMIER
au fils d'un honnête homme qui ne sera riche qu'en bonnes qualités.
ANGÉLIQUE
Oh! mon Dieu, que c'est malheureux I Le monde va donc tout de travers?
MOLIÈRE
Mais, ma pauvre enfant, je philosophe comme un pédant, tandis que je de\Tais m' occuper de vous et de vos amours. — Voyons : je m'y intéresse extrêmement ; mais je ne connais pas votre père et je ne puis rien dans cette aflaire-là.
ANGÉLIQUE
Oh! que si, monsieur Molière, si vous le vouliez bien! Je vous ai vu jouer, et vous avez si bien su trouver des ruses pour marier Léandre avec Lucinde, qu'il ne tiendrait qu'à vous d'arranger aussi mon mariage avec le sergent Bellerose.
MOLIERE
Hélas! mon enfant, c'est bon dans une comédie, où Ton peut faire agir comme on veut des personnages de pure invention; mais le monde est moins commode que le théâtre, et les vrais pères, en chair et en os, ne se laissent pas duper comme les pères de comédie.
Ahl monsieur Molière, essayez; je vous aimerai tant!
MOLIÈRE
Hais...
ANGÉLIQUE
Si vous voyiez le sergent Bellerose, je suis sûre que
VOUS approuveriez mon choix.
tht MOLIÈRE A VIENNE.
MOLIERE
Je n'en doute pas; cependant...
ANGELIQUE
Voulez-vous le voir? Cela vous décidera peut-être.
MOLIERE
Et où voulez-vous que je le voie?
ANGÉLIQUE, montrant la porte.
C'est bien aisé ; il est là.
MOLIÈRE
Ah! il est là. — Il est donc venu avec vous?
ANGELIQUE
Oh! non. Cela n'aurait pas été convenable.
Alors, vous lui avez donné un rendez-vous?
ANGÉLinUE.
Ce n'est pas un rendez-vous... C'est par hasard.
MOLIÈRE
Voilà un hasard qui a bien de Tà-propos. — Eh bien, voyons ce bel amoureux?
ANGELIQUE, allant vers la porte et appelant Bellerose.
Monsieur Bellerose !