‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 138 sur 219 · III. u · texte numérisé non relu

III. u

tlO MOLIÈRE A VIENNE.

vieillards ne connaissent plus l'amour, ils le traitent de folie; ils s'estiment plus sages, parce qu'ils ont perdu une faculté; l'ambition ou l'avarice étant la seule passion qui leur reste, ils croient de bonne foi qu'on doit raisonner à vingt ans comme à soixante, et que le meilleur mariage est celui qui procure le plus d'honneurs ou de richesses. Aussi les mariages, à l'heure qu'il est, ne sont plus des engagements sacrés, où chacun garde à l'autre la foi qu'il lui a volontairement jurée : ce sont des négociations où le cœur n'a point de part et qui produisent les mauvais ménages et tous les désordres qui s'ensuivent.

ANGÉLIQUE

Ah ! monsieur, que vous parlez bien, et que je voudrais que mon père vous entendit!

MOLIÈRE

Il ne m'écouterait pas; il y a plus de mille ans qu'on dit ces choses, et c'est toujours comme si l'on chantait.

ANGÉLIQUE

Comment! il y a mille ans, les pères voulaient aussi marier les filles contre leur gré?

MOLIÈRE

Oui, et il y a gros à parier que, dans mille ans, ce sera encore de môme. Les empires tombent, les lois changent, les mœurs s'adoucissent et les sciences se perfectionnent; mais une chose survit à toutes les révolutions : c'est la puissance d'un sac d'écus. Le mérite peut être honoré en paroles, mais la vraie et solide considération est du côté de la richesse : et, quand il s'agira de mariage, le fils d'un fripon riche sera toujours préféré

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