ACTE DEUXIÈME
lui, tout au rebours, est d'humeur débauchée et dépensière •
MOLIÈRE
C'est la coutume, et je rêve à une pièce sur ce sujet.
DUPARG.
II voudrait bien faire des dettes, mais il ne sait comment s'y prendre. Il a lu quantité de romans, probablement dans les vieux livres dont il enveloppe ses drogues; son imagination est farcie d'aventures extraordinaires, et il meurt d'envie d'être le héros d'un enlèvement:
MADEMOISELLE DE BRIE
Un apothicaire romanesque! cela est c^e. Je me réjouis de cette trouvaille.
DUPARG. b'
Plaisant héros ! Figurez-vous un grand garçon, sec et maigre, que la ladrerie paternelle oblige à porter encore des habits qu'il portait à quinze ans. Les manches de son pourpoint lui viennent au coude. Avec cela, il est si embarrassé de sa personne et si ridiculement timide, que ce contraste entre sa gaucherie et ses prétentions en font le personnage le plus bouflbu qui se puisse voir,
MADEMOISELLE BEJART.
Il me tarde qu'il arrive.
DUPARG.
J'ai flatté ses chimères, comme bien vous pensez; je lui ai dit que les romans étaient la peinture exacte du monde, et qu'il se passait tous les jours mille aventures inouïes dans les auberges ; que les enlèvements étaient la chose la plus commune; que les grandes dames se rendaient d'ordinaire sur un premier coup d'œil, et
22t MOLIÈRE A VIENNE.
PURGON
C'est que, pour m' échapper de la maison, j'ai dit à mon père que j'étais appelé chez un malade.
Il parle à l'oreille de.Duparc.
DUP/IRG.
La ruse est d'un homme d'esprit.
PURGON
Et j'ai été obligé d'emporter... ce qui est dans mon chapeau.
DUPARC
C'est très-bien. Mettez votre mouchoir par-dessus... comme cela. Vous tiendrez votre chapeau à la main, et personne ne se doutera de ce que c'est, (n traîne Pargon
devant mademoiielle de Brie.) Madame la COmtCSSe , VOici
M. Purgon, mon ami, dont je vous ai parlé, qui est si honnête homme!
PURGON
Monsieur!
Si aimable!
Oh! monsieur!
Si spirituel !
Ah! monsieur!
DUPARC
PURGON
DUPARC
PURGON
DUPARC
Et qui a tant d'envie de vous être présenté !
PURGON
Ce n'est pas moi, madame la comtesse..., je ne me serais pas permis...