‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 166 sur 219 · SCÈNE UNIQUE · texte numérisé non relu

SCÈNE UNIQUE

LE PRÉSIDENT, L'ACCUSATEUR PUBLIC, LES JURÉS, L'HUISSIER, LES GENDARMES, LES TÉMOINS. — CHARLOTTE CORDAY, «.!.• .u, le

banc dei aeeatés. — CH AU VEAU-LÀGARDE, défenseur do

chertoite. — Le Public. DANTON et CAMILLE DES- MOULINS, dani rauditoire.

LE PRESIDENT, aa greffier.

Lisez d'abord, greffier, sa lettre à Barbaroux.

LE GREFFIER, lisant.

« Vous avez désiré, citoyen, que je vous fisse connaître le détail de mon voyage; je ne vous ferai pas grâce même des anecdotes.

S56 CHARLOTTE CORDAT.

» Je suis partie avec des voyageurs que j'ai bientôt reconnus pour de francs montagnards. Leurs propos, aussi sots que leurs personnes étaient désagréables, m*ont bien vite ennuyée. Je les ai laissés parler tout leur content, et je me suis endormie. Un de ces messieurs, qui aime apparemment les femmes dormantes, a voulu me persuader, à mon réveil, que j'étais la fille d'un homme que je n'ai jamais vu. Il a fini par m'offrir son cœur et sa main, et voulait partir à l'instant pour me demander à mon père...

)* Arrivée à Paris, je fus loger rue des Vieux-Augustins, hôtel de la Providence.

)) J'ai été interrogée par Chabot et Legendre... On m'a donné deux gendarmes pour me préserver de l'ennui. J'ai trouvé cela fort bien le jour, mais non la nuit. Je me suis plainte de cette indécence; le comité n'a pas jugé à propos d'y faire attention. Je crois que c'est de l'invention de Chabot. Il n'y a qu'un capucin qui puisse avoir ces idées ! On n*est guère content de n'avoir qu'une femme sans conséquence à offrir aux mânes du grand homme. Pardon, ô hommes! Ce nom déshonore votre espèce ; c'était une bête féroce qui allait dévorer le reste de la France. J'ai éteint dans son sang le feu de la guerre civile. Maintenant, vive la paix ! Voici ses dernières paroles : il nie dit quil vous ferait bientôt guillotiner. Ces mots décidèrent de son sort.

» Je ne vous ferai aucun détail sur ce grand événement; les journaux vous en parleront. Je m'attendais bien à mourir à l'instant. Des hommes courageux m'ont arrachée aux mains des furieux; j'ai souffert des cris de quelques femmes; mais qui sauve la patrie ne s'aperçoit pas de ce qu'il en coûte. Je jouis de la paix depuis deux

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