‹ Œuvres complètes de F. PonsardChapitre 198 sur 219 · PROLOGUE D'HORACE ET LYDIE · texte numérisé non relu

PROLOGUE D'HORACE ET LYDIE

Des paillettes d'acier, des rubis en cristaux

Des diadèmes en or faux.

Mais quoi ! le sort avec furie

Contre nous semble s acharner.

Figurez-vous qu'hier, dans une hôtellerie Où nous ne pouvions pas payer notre dîner, D'impertinents huissiers ont eu la barbarie

De saisir notre friperie.

Les manteaux, les péplums, les robes, les bijoux,

Le tout valant au moins cent sous!

Horace n'a plus de tunique;

Il faut qu'il paraisse à vos yeux

Avec son habit noir unique.

Celui que lui laissa par un motif pudique La griffe des huissiers irrévérencieux.

Voilà pourquoi, ne vous déplaise.

Un poète romain est mis à la française.

Messieurs, l'actrice que voici.

C'est Lydie ; — approchez ici ! —

Saluez. Bien! — Elle est gentille,

Et d'une assez bonne famille,

Qui, dit-on, n'a rien épargné

Pour que son esprit fût soigné.

Les attraits de la comédie

Ont tourné la tête à Lydie

Qui s'est laissée, un beau matin.

Engager par un cabotin.

Certain directeur la promène

En Grecque, en sultane, en Romaine;

Ses parents, des gens bien placés,

En ont été fort courroucés

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Et la menacent de la battre ; Mais elle aime tant le théâtre Qu'elle a quitté parents et tout Pour mieux se livrer à son goût.

Ne découragez pas, par excès d'exigence.

Messieurs, un tel amour des arts.

Favorisez plutôt, par un peu d'indulgence, Un talent qui promet une émule de Mars!

Hélas! Lydie est comme Horace, Et d'un pied sans cothurne aborde ce tréteau :

Dans les mains de l'huissier rapace

Ce Joseph féminin a laissé son manteau.

Mais à quoi bon une parure !

La perle d'Orient pâlirait sur son cou.

Vous m'avoûrez que sa figure

La pare mieux qu'aucun bijou;

Cette taille élégante et fine

W'd pas besoin, pour ressortir.

D'un manteau deux fois teint dans la pourpre de Tyr,

De sa beauté tout s'illumine.

Au point que ces grossiers habits.

Transformés par Téclat qui rayonne autour d'elle. Semblent être tissus de soie et de dentelle

Et semés d'or et de rubis.

Ainsi, dans un conte de fée, Peau d'âne éblouissait les yeux sous ses haillons,

Et, de ses seuls cheveux coiffée.

Ressemblait au soleil coiffé de ses rayons.

Voici notre servante, un rôle bien modeste!

Mais les maîtresses de maison

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