PROLOGUE D'HORACE ET LYDIE
Des paillettes d'acier, des rubis en cristaux
Des diadèmes en or faux.
Mais quoi ! le sort avec furie
Contre nous semble s acharner.
Figurez-vous qu'hier, dans une hôtellerie Où nous ne pouvions pas payer notre dîner, D'impertinents huissiers ont eu la barbarie
De saisir notre friperie.
Les manteaux, les péplums, les robes, les bijoux,
Le tout valant au moins cent sous!
Horace n'a plus de tunique;
Il faut qu'il paraisse à vos yeux
Avec son habit noir unique.
Celui que lui laissa par un motif pudique La griffe des huissiers irrévérencieux.
Voilà pourquoi, ne vous déplaise.
Un poète romain est mis à la française.
Messieurs, l'actrice que voici.
C'est Lydie ; — approchez ici ! —
Saluez. Bien! — Elle est gentille,
Et d'une assez bonne famille,
Qui, dit-on, n'a rien épargné
Pour que son esprit fût soigné.
Les attraits de la comédie
Ont tourné la tête à Lydie
Qui s'est laissée, un beau matin.
Engager par un cabotin.
Certain directeur la promène
En Grecque, en sultane, en Romaine;
Ses parents, des gens bien placés,
En ont été fort courroucés
3t0 POÉSIES DIVERSES.
Et la menacent de la battre ; Mais elle aime tant le théâtre Qu'elle a quitté parents et tout Pour mieux se livrer à son goût.
Ne découragez pas, par excès d'exigence.
Messieurs, un tel amour des arts.
Favorisez plutôt, par un peu d'indulgence, Un talent qui promet une émule de Mars!
Hélas! Lydie est comme Horace, Et d'un pied sans cothurne aborde ce tréteau :
Dans les mains de l'huissier rapace
Ce Joseph féminin a laissé son manteau.
Mais à quoi bon une parure !
La perle d'Orient pâlirait sur son cou.
Vous m'avoûrez que sa figure
La pare mieux qu'aucun bijou;
Cette taille élégante et fine
W'd pas besoin, pour ressortir.
D'un manteau deux fois teint dans la pourpre de Tyr,
De sa beauté tout s'illumine.
Au point que ces grossiers habits.
Transformés par Téclat qui rayonne autour d'elle. Semblent être tissus de soie et de dentelle
Et semés d'or et de rubis.
Ainsi, dans un conte de fée, Peau d'âne éblouissait les yeux sous ses haillons,
Et, de ses seuls cheveux coiffée.
Ressemblait au soleil coiffé de ses rayons.
Voici notre servante, un rôle bien modeste!
Mais les maîtresses de maison