III
Mon affaire est de défaire Le corset bleu de Lucy.
Je m'en vais pour une affaire Qui me tient en grand souci.
Une amazone est arrêtée Sous l'ombrage rafraîchissant; Une petite main gantée Contient un cheval frémissant.
Pour la voir, le soleil entr'ouvre Les branches du bois ténébreux, Et, sur son front que l'ombre couvre, Dépose un rayon amoureux.
Je ne connais que son image.
Et la regarde si souvent.
Qu'il me semble que son visage Se colore et devient vivant.
Je vois s'ouvrir des lèvres roses D'où s'épanche l'urne du cœur.
Et j'entends de si douces choses.
Que le miel a moins de douceur^
Aux pâles clartés de la loue.
On croyait voir, dans les valloas, Daoj^r rHamadr^ade brune Avec la Grâce aux cheveux blonds.
I>e voyageur, las de sa course.
Qui s'arrêlait vers les étangs.
Voyait, du milieu d'une source, Kntre les nénurars flottants.
Surgir une naïade blanche, l/eau qui venait de la mouiller Voulait de son cou sur sa hanche^ Comme les perles d'un collier.
Mais, si le voyageur profane La suivait d'un trop long regard, L'apparition diaphane S'effaçait, fondue en brouillard.
Portrait de ma belle inconnue, Ne va pas ainsi t'effacer ; Du rêve où me plonge ta vue Laisse-moi longtemps me bercer!
Mais quoi I l'homme, chose inconstante.
Sait-il jamais ce qu'il voudrait?
Mon ambition fut contente.
Quand j'eus en main votre portrait.
Et voilà qu'aujourd'hui j'aspire A vous voir vous-même ; — oui, vraiment.
Je sais tout ce que l'on peut dire :
Qu'il faut s'en tenir au roman;
Qu'un coup d'œil est gros de tortures Dont les femmes se font un jeu.
Et qu'on s'expose à des brûlures Quand on s'approche trop du feu.
La raison parle bien, sans doute; Mais le désir parle encor mieux.
Et je voudrais, quoi qu'il en coûte.
Me brûler au feu de vos yeux.
LA FLEDR D'ORANGER.
— D'où viens-tu, fleur de l'oranger?
— D'un jardin que le Rhône touche :
Des flots le murmure léger M'endormait dans ma verte couche.
Pour l'abeille qui picorait,
Ma coupe de miel était pleine ;
La jeune vierge s'enivrait
Des doux parfums de mon haleine,
Et sentait, en me contemplant, Battre son cœur dans son corsage; Elle rôvait au bouquet blanc Oui met la rougeur au visage.
Pour moi chantait le rossignol, Et pour moi scintillait l'étoile; Le Zéphire, arrêtant son vol.
Froissait la feuille qui me voile.