A JULES JANIN
Lucile a sa belle robe, Et, comme un petit lutin, Se montre, puis se dérobe.
Et saute par le jardin.
Cliarlotte même minaude.
Et tend à son cher J. J.
Sa noble joue encor chaude Du soufflet qui la rougit.
« Conte-nous, dit-elle, comme Bignon-Danton , effaré.
Est dans la peau du bonhomme Un jour carrément entré. »
Lydie accourt et l'embrasse , S* écriant : « C'est lui ! c'est lui !
J'ai retrouvé mon Horace.
Je reconnais à sa grâce Le traître qui m'avait fui. »
Le bon parrain s'accoutume Complaisamment à leurs jeux ; L'une en Romain le costume.
Une autre lui prend sa plume.
L'autre tire ses cheveux.
Et, tandis que, débonnaire, Il rit ou gronde à demi,
POtSIBS DITBESSS
Cette troape itômâraire
R^>è(e : « Où peat4ottt lui^&ire,
CTest natre plus 'ddl amk »
FMj-taki, 20 déoesbra 1886.
PROSE
A MONSIEUR LE nÉDACTEUR EN CHEF DU ConstHutionnel»
Monsieur,
Au moment où Agnès de Méranie va paraître dans la Bibliothèque dramatique du Constitutionnel ^ permettezmoi de la faire précéder de quelques observations.
Je croyais que nous vivions dans un temps de tolérance et de liberté littéraires, du moins telle était l'ancienne devise de l'école romantique. Je suis convaincu que les chefs de cette école sont restés fidèles à leur principe, et que, après avoir accusé la tyrannie des autres, ils ne voudraient pas en exercer une pareille. Ils ont connu les haines et les perfidies, et, repoussant ces armes déloyales, ils s'empresseront d'accueillir courtoisement tout nouveau venu dans la libre carrière de l'art. Mais leur intention généreuse est bien mal traduite par les subalternes ; on dirait, à lire certains feuilletons, qu'on est indigne de tout égard parce qu'on a fait une tragédie, et qu'une pièce ne peut avoir aucune qualité, si elle n'est pas conforme aux règles de leur nouvelle poétique.
Quelques-uns sont allés jusqu'aux injures; d'autres
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ont parlé de coterie; de sorte que j'appartiens à une coterie, moi qui suis arrivé solitaire et inconnu, qui n'ai sollicité les réclames d*aucun journal, et qui me suis tenu en dehors de tout patronage. Si j'ai obtenu trop de bienveillance, la faute n'en est qu'au public. Mais le mot me paraît surtout plaisant dans leur bouche. On entend par coterie une association de gens qui se prônent mutuellement, et dénigrent' quiconque n'est pas de leur parti; or, il semble qu'ils se prônent assez bien, et qu'ils ne dénigrent pas trop mal. Le génie n'exclut pas la sage administration de la renommée, et l'inspiration sait se ménager des journaux amis qui distribuent l'encens aux fidèles et l'injure aux profanes.
Pourquoi cette levée de boucliers? Est-ce que les règles d'Aristote sont à nos portes? Les trois unités nous menacent-elles d'une autre invasion, escortées des confidents de tragédie, et veut-on nous faire jurer sur la parole de Boileau? Je n'en sais rien; tout ce que je sais, c'est que, pour ma i)art, je n'admets que la souveraineté du bon sens; je tiens que toute doctrine, ancienne ou moderne, doit être continuellement soumise à l'examen de ce juge suprême. Qu'est-ce que cette profession de foi a de commun avec la pédagogie et le pédantisme?
Il est vrai (jue je n'ai pas ouvert l'exposition par une conversation entre des manants ou de jeunes seigneurs; les communes n'ont pas été mises en scène; je n'ai pas montré les rues désertes et les cadavres sans sépulture; on aurait pu voir Agnès, dans la rue, poursuivie par des hommes du peuple, qui lui auraient lancé chacun une malédiction à la face; rien n'empêchait même de l'introduire dans une maison d'où on l'aurait chassée ignominieusement; enfin, le tout aurait pu être complété par
des flambeaux, des processions, des fanfares, un bouffon et quelques coups d'épée. Je ne dis pas que cela n'eût pas mieux valu; mais enfin j'ai voulu faire autre chose. J'ai pensé que les douleurs et le dévouement d'une femme, victime innocente de la lutte engagée entre les deux grandes puissances du moyen âge, pouvaient être intéressants par leur seul développement, et j'ai placé tout le drame dans le cœur d'Agnès. J'admettrai, tant qu'on voudra, que j'ai mal exécuté mon idée, mais je n'admets pas que je sois un pédant et un réactionnaire pour avoir eu cette idée, et, comme on est libre de compliquer un drame d'une infinité d'incidents et de coups de théâtre, et de le peupler d'une foule de personnages, je ne vois pas pourquoi on ne serait pas également libre de le resserrer entre quatre personnes et de le concentrer dans le développement d'un sentiment ou d'une passion. Ce peut être fort ennuyeux, d'accord (et alors c'est la faute de l'exécution), mais ce n'est pas une réaction misérable et envieuse.
Que veulent-ils donc dire avec leur réaction? Il y a, en fait d'art, ce qui est bon et ce qui est mauvais. Peu importe la date, puisque le vrai beau est éternellement beau. Est-ce qu'une manière de voir est nécessairement fausse, parce qu'elle est ancienne ; et, pour mériter le titre de champion des idées modernes, faut-il toutes les accepter, bonnes ou mauvaises, par cela seul qu'elles sont modernes? Mais c'est précisément le fétichisme et la routine dont on a prétendu nous débarrasser. L'art poétique est remplacé par la préface de Cromwell^ voilà tout.
D'ailleurs, ces idées modernes sont elles-mêmes une réaction. On retourne à Shakspeare, comme d'autres retournaient à Racine, et aussi servilement. — Je ne parle pas ici des maîtres, mais des médiocrités qu'ils traînent