ACTE TROISIÈME
Mais je puis déposer, et je vais, de ce pas.
Déposer le mandat que je n'enfreindrais pas.
Mes collègues alors, libres par ma retraite.
Pourront suivre la pente où, seul, je les arrête» Et leur sceau complaisant délivrera demain Le prisonnier qu'attend le don de votre main.
LA MARQUISE
Vous le ferez?
C'est fait. — Adieu, soyez heureuse.
Vous revoir me serait chose trop douloureuse ; Adieu. Je m'en vais, seul, et d'ombre enveloppé, Cacher le coup mortel dont vous m'avez frappé.
LA BIARQUISE, toujoars assifo.
Restez encore un peu.
UUMBERT.
Non. Je vous ai trop vue.
Pour Dieu ! laissez-moi fuir votre aspect qui me tue.
LA MARQUISE
Restez. — Je ne suis pas enchaînée à tel point. Peut-être, que ma foi ne se dégage point.
HUMBERT
Que dites-vous?
LA MARQUISE
Peut-être» en s'en donnant la peine, Trouverait-on moyen de rompre cette chaîne.
HUMBERT
Grand Dieu! dites-vous vrai? ne vous raillez-vous pas?
LA MARQUISE, afrectaoasement, en ^e leTanU
Non. D'un œil anxieux j'ai suivi vos combats.
Flottant entre l'espoir de vous voir magnanime, Et la peur qu'il fallût vous ôter mon estime. Vous sortez, Dieu merci, de la lutte en vainqueur. Et ce trait, je l'avoue, est puissant sur mon cœur. Je crois que, si ma main est au comte ravie, Je me rachète assez en lui sauvant la vie, Et qu'à d'autres desseins je me pourrais plier, Si je trouvais quelqu'un qui m'en voulût prier.
IICMBERT.
Puissances du ciel! qui? moi! je puis, sans folie. Prétendre...?
LA MARQUISE
Oh! ce n'est pas une chose accomplie.
Si bonnes qu'envers vous soient mes intentions. Encore y faut-il bien quelques conditions.
11 existe, ce semble, un assez bel abîme De vous, la République, à moi, l'ancien régime. Pour entrer pas à pas dans ce fossé profond, Et ne pas le sauter, tout d'un coup, d'un seul bond. — Je suis ambitieuse, et la gloire où j'aspire, C'est d'être un^ Égérie au bienfaisant empire. Vous êtes éloquent; un passé respecté.
Toujours ferme en sa ligne et pur de cruauté. D'un crédit légitime armant votre parole.
Dans la Convention vous a fait un grand rôle. Et vous valut l'honneur d'avoir plus d'une fois Attaché votre nom à d'importantes lois; 11 me plaît désormais que, sous mon influence. Vous l'attachiez aux lois que veut la conscience. Par exemple : jamais je ne m'eiîgagerai Dans un nœud que l'autel n'aura pas consacré;