ACTE QUATRIÈME
Froidement.
Et pour mieux couronner votre manque de foi, Vous épousez le comte?
LÀ MARQUISE, tombant assise.
Ayez pitié de moi I
HUMBERT
Ohl tranquillisez-vous, et n'ayez nulle crainte;
Vous n'entendrez de moi ni reproche ni plainte;
Non, je n'offrirai pas, marquise, à vos beaux yeux
Le spectacle bourgeois d'un amant furieux.
Je vous aimais sans doute, — oui, d'une amour profonde;
A ce point d'oublier la patrie et le monde;
J'ai cru trouver une âme où n'était qu'un blason;
Je m'applaudis d'avoir reçu cette leçon,
Et vois, en souriant, quelle erreur fut la mienne
Qui prit pour une femme Une patricienne.
Détrompé, grâce à Dieu, je brise vos liens
Aussi docilement que vous brisez les miens.
Et rends avec transport à la chose publique
Les soins qu'envahissait votre pensée unique.
La marquise salue et s'éloigne lentement. Elle est retenue
par le cri d'Humbert.
Mort et furie! après qu'elle m'a présenté Tous les ravissements de la félicité, Quand l'ordre d'espérer est sorti de sa bouche, Que le bonheur est là, devant moi, que j'y touche. Elle arrache la coupe à mes doigts plus ardents, Et me brise soudain l'ivresse entre les dents I Que n'avez-vous d'abord, c'aurait été clémence. Du poids de vos dédains écrasé ma démence!
Si, quand je m'enfuyais, vous m'eussiez laissé fuir,
Je n'aurais pas le droit que j'ai de vous haïr;
Mais me faire passer des douleurs à la joie,
De la joie aux douleurs qui rattrapent leur proie.
Me meurtrir, me guérir avant de m' égorger.
Me tirer du néant pour mieux m'y replonger.
C'est l'œuvre d'un bourreau, c'est méchant, c'est féroce.
C'est un raffinement de barbarie atroce.
— Dieu! moi qui l'aimais comme l'on n'aime pas!
— Trop! — mon honneur confus se l'avouait tout bas. J'ai, de ma conscience étouffant le reproche,
Pour elle supporté l'étonnement de Hoche; J'ai vu ceux dont je fus le constant compagnon Se déshabituer de prononcer mon nom ; Haines, cultes, travaux, génie, œuvre immortelle. Tout enfin, tout avait disparu devant elle.
— Qu'est-ce que yous voulez que je fasse à présent? Comment ranimerai-je un zèle agonisant?
Si vous voulez me rendre aux soins de la patrie. Rendez-moi donc l'ardeur que vous avez tarie, Rendez-moi mes élans, ma verve, mes courroux. Et le pouvoir d'aimer autre chose que vous.
Effacez votre image, et faites-moi renaître Tel que j'étais, madame, avant de vous connaître!
Se laissant tomber sar une chaise, la tète entre les mains.
Abîme! désespoir! anéantissement!
LA MARQUISE, lui secouant les mains.
Humbert! regardez-moi. Ne fut-ce qu'un moment Regardez; je le veux. — Est-ce que mon visage D'une vive douleur ne porte pas l'image?
Et l'altération qui fait trembler ma voix