ACTE PREBIIER. 4S
ANTOMA.
C'est trop long.
TADDEO
De nos craintes.
ANTOMA.
C'est trop triste.
TADDEO
Parlons... de votre père. — Ahl oui :
Quatre mondes nouveaux ont été vus par lui; Est-ce vrai?
ANTOMA.
C'est très-vrai. — Quel étonnant mystère !
Il les croit habités tout comme cette terre.
Croyez-vous, Taddeo?
TADDEO
Je ne sais pas. Je sais Que vous, vous habitez sous ce toit ; c'est assez. Votre maison pour moi renferme tous les êtres; La lumière qu'on voit, le soir, à vos fenêtres, Brille d'un tel éclat, qu'elle efface à mes yeux Tout ce qu'on peut compter d'étoiles dans les cieux.
AN'tONIA, «'aiseyant snr un banc de pierre, et rèrant.
Dans ces mondes lointains, peut-être, à l'instant même, (Jn amant s'entretient avec celle qu'il aime.
TADDEO
Assurément. Pourquoi Dieu les aurait-il faits. Sinon pour y loger des amants satisfaits ?
ANTONIA
Ce qu'ils disent entre eux, je voudrais bien l'entendre*
4U GALILÉE
TADDEO
Je l'entends; dans mon cœur il suffit de descendre. L'amoureux dit là-haut ce qu'ici-bas je dis : Qu'elle passe en beauté Tange du paradis; Ses yeux sont deux soleils; son doux regard enivre, Brûle et donne un frisson, fait mourir et fait vivre; Elle apporte l'aurore; elle vient, tout reluit; Elle part, tout est morne et rentre dans la nuit ; Elle arrive trop tard ; elle s'en va trop vite ; Il l'attend vainement, se plaint qu'elle l'évite. Ne peut jamais la voir assez pour la bien voir, Et la contemplerait du matin jusqu'au soir; Les siècles finiraient plutôt que son extase ; Mais, elle absente, alors le poids du temps l'écrase ; Rien ne l'émeut, sinon l'entrevue à venir; Il vit par cet espoir et par le souvenir ; Il a toujours de loin cent choses à lui dire; Mais, près d'elle, il se trouble et sa parole expire.
AXTOMA.
Et comment répond-elle?
TADDEO
Ah! je l'ignore.
AXTOMA.
Je le sais, moi.
Eh bien.
TADDEO, ardemment.
Parlez! que dit-elle?
ANTONIA
Rien.
TADDEO
Rien !