‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 140 sur 422 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Sa siinpiii'ité.

La simplicité est une vertu excellente , qu'il ne faut point confondre avec la sincérité. L'homme sincère hait le mensonge , ne dit rien qu'il ne croie vrai , ne veut passer que pour ce qu'il est ; mais aussi il seroit bien fâché de passer pour ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire qu'il veut

PRINCIPALES VERTUS DE FÉNELON

être estimé pour ses bonnes qualités , sans consentir pour cela à être méprisé pour ses délauts. De là vient qu'il n'est pas toujours fort à son aise avec les autres , et que les antres ne sont pas non plus toujours extrêmement à leur aise avec lui. L'homme, au contraire, doué de simplicité n'a ni mauvaise honte, counnc disoit M. l'archevêque de Cambrai , ni fausse modestie, 11 fuit l'ostentation , il s'oublie , il porte son cœur sur sa main , restant dans une grande désoccupation de soi , [lour ne gêner personne dans l'estime qu'ils pourroient lui accorder ou lui refuser. Ce caractère (^st beau sans doute ; il ne sauroil manquer de plaire aux hommes , et est encore bien plus agréable à Dieu. Kilectivemcnt, si un homme souhaite que son ami soit simple et libre avec lui , en sorte qu'il semble s'oublier lui-même dans ce commerce d'amitié , à combien plus forte raison Dieu , qui est le vrai ami , prend-il plaisir que l'ame soit sans retour et sans inquiétude dans cette douce et intime familiarité qu'il lui prépare !

Je ne disconviens pas qu'il ne soit tirs-difficile d'atteindre à cette sublime vertu de simplicité; j'avoue même qu'on n'y parvient qu'après bien des victoires remportées sur l'amour-propre; je conçois encore qu'il faut , ])our cela, et mourir à soi dans les occasions inqiortanles , et se renoncer dans les choses difficiles , et s'oublier en mille circonstances où l'on se sent piqué au vif : mais plus il en coule , plus il est glorieux d'y réussir. M. l'archevêque de Cambrai ne s'étoil épargné aucune violence, dans l'intention de simplilier, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi, sa grande amc. A force de perdre de vue sa propre excellence , à force de se désintéresser et de se désoccuper de soi . l'art étoit tombé avec les réflexions, de manière que sa vraie simplicité intérieure répandoit sur tout son extérieur un certain goût d'ingénuité et de bonté, je ne sais quoi de doux et de paisible , qui charmoit tout le monde. Il faut avoir connu M. l'archevêfjue de C.-mdirai pour comprendre au vrai combien étoit grande la candeur de sa simplicité. Rien de si naturel que ses manières, rien de plus imioceinment enjoué que ses discours. Il aimoit qu'on vécut familièrement avec lui, il ne pouvoit su|)j)orter la cérémonie; en un mot, pour lui faire [)laisir, il falloit en quelque sorte perdre de vue ce qu'il étoit, s'oublier soi-même, et marcher avec lui à |)as égal sur la même ligne. « Vivons bomiemenl. me di- » soit-il , ainsi que les enfans de Dieu. N'agi

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« porterez uniment, plus vous serez à mon » gré. »

L'aimable simplicité du saint [)rélat prenoit chaque jour de nouveaux accroissemens : plus on avoit le bonheur de l'approcher familièrement, plus on étoit à portée d'admirer sa sagesse éminente , qui s'humanisoit, pour ainsi dire, avec un chacun ; étant toujours occupé du bien des autres . sans retourner jamais les yeux sur soi. Avec Dieu, homme simple et droit, ainsi qu'il est dit de Job '. Dans l'exercice de son ministère, prudent, et simple en môme temps comme la colombe'. Dans la société, sans fard , sans affectation , sans malice, il Iraitoit les hommes , quels qu'ils fussent , avec cette suavité prévenante, qui fait, comme dit saint Pierre ^, qu'on les écoute , qu'on agit avec eux , et qu'on les aime avec une simplicité dont la chanté consommée est seule capable. Hommes enivrés de la prudence composée du siècle , vous n'avez point d'yeux pour contempler une vertu si pure , ou du moins vous ne les ouvrez sur elle , que pour la mépriser avec dédain * ! Pour nous, à qui Dieu fait la grâce de donner des senlimens tout différens , nous nous écrierons avec notre saint prélat : « Qu'elle est aima- » ble celte vraie simplicité! qui nous la don- » nera? Nous quittons tout pour elle. » Prudent ta rarnis j/îor.s est ■'.

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