‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 139 sur 422 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Son assiduité k la prière, ii la lecture ot au travail.

iJoNNEu à ses sens toutes les satisfactions qu'ils (lésiroril , repaître ses yeux de mille spectacles vains ou dangereux . perdre éternelleinenl le temps en des amusemcns dissipans. dans des conversations où règne l'esprit du monde; être toujours hors de soi-même, et se flatter avec cela de pouvoir prier d'une manière fructueuse , me paroit une prétention à laquelle je ne puis donner de nom. Veut-on prier saintement . il faut prendre le contre-pied ; être sur ses gardes, léprimcr la vaine curiosité , tenir en bride la vivacité impétueuse des sens ; modérer les fougues de la nature, veiller sur les mouvemens du cœur, désirer d'être vide de soi , y travailler pour être rempli de Dieu : voilà les vrais moyens de bien prier ; c'est la route qu'ont tenue tous les saints. C'est la même qu'a tenue après eux M. l'archevêque de Cambrai.

Il étoit homme de prière , je m'exprime mal , consommé dans l'oraison , parce que de longue main il s'étoit rendu familier ce saint exercice par deux endroits qui en décident ; je veux dire par une attention extraordinaire à éloigner de soi tout ce qui pouvoit y être un obstacle, et par un soin prodigieux d'apporter les dispositions les plus propres ù attirer et à perfectionner en lui l'esprit de prière, f.a bonne mortification, disent les saints , dispose à la bonne oraison; il étoit infiniment mortifié à l'intérieur et à l'extérieui'. Le cœur humble prie efficacement ; toute sa conduite rouloit sur la base d'une humilité profonde. Les actions faites pour Dieu influent utilement dans l'oraison , et sont elles-mêmes une sorte de prière excellente; en tout ce que faisoit le saint prélat, il ne se proposoit d'autre motif que de plaire à Dieu. Il auroit voulu, sans la moindre interruption, s'il eût été possible , aimer en tout le souverain bien , dont il pénétroit mieux qu'un autre les merveilles adorables. Mais qu'ai-je dit? il l'aiinait ce grand Dieu , digne par lui-même de tout amour, avec un dégagement, avec une pureté, avec une ardeur que je tenterois vainement de décrire. Que n'aurois-je point à dire ici de son union continuelle à Dieu , de la tendance véhémente de son cœur vers ce souverain objet dont il étoit éperdument épris ! Non , je ne crois pas qu'on puisse imaginer rien de

FÉNELON. TOHE X.

plus vif, déplus tendre, de plus empressé, peu s'en fiut (|ue je ne dise de plus passionné. O mon Dieu , il vous aimoit bien purement , ce saint prélat , et tout coopéroit à son bien.

Non content de réciter l'Office ecclésiastique avec une régularité édifiante, il se disposoit de plus cha([ue jour à la célébration des saints mystères par plusieurs heures d'une oraison trèsfervente. Pour sanctifier les dimanches et les fêtes selon l'esprit de l'I'^glisc , il assistoit régulièrement ces saints jours aux offices publics dans sa cathédrale: grand Dieu! avec quelle suinte frayeur, avec quelle modestie angélique , avec quel profon<l recueillement! Il est de siècle à autre de ces grandes aines que vous avez destinées , Seigneur, dans votre miséricorde , à être des lumières éclatantes dans votre sainte maison. La lecture spirituelle succédoit à sa prière, prière elle-même. Comme il trouvoit un fonds inépuisable d'instruction et de nourriture pour son ame dans l'Écriture sainte, il lisoit ce livre divin avec un respect et une effusion de cœur, qu'il ne se lassoit point d'inspirer aux autres, c Lisez-la avec foi , m'a-t-il dit souvent, de- » bout, découvert, avec avidité, parce qu'il » faut avoir faim et soif de la justice, et se » nourrir avec grand appéfit du pain de la pa- » rôle de Dieu. »

Un temps si considérable employé à prier, à offrir l'auguste sacrifice de l'agneau sans tache, à méditer les divins oracles , ne l'empêchoit pas de trouver encore plusieurs heures qu'il passoit à consulter les saints Pères et les théologiens : étude lumineuse, que j'appellerois volontiers méditation profonde , qui servoit à entretenir, à sa manière , l'esprit du saint prélat en commerce avec le cœur de Dieu. C'est ainsi. Esprit saint. Père des lumières, c'est ainsi que les âmes bien disposées s'instruisent en vous priant, vous prient en s'instruisant , et lèvent vers vous en tons lieux des mains pures . pour vous offrir le sacrifice paisible de leurs justes louanges.

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