‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 142 sur 422 · X. If,.— ^Sinipliric\ n.nlr iiivic lilinil.". I Prtiw.l'i · texte numérisé non relu

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PRINCIPALES VERTUS DE FÉNELON

porter rù et là n tous les vents des ojnvions humaines '. Tel est en frénéral le devoir i\e?, premiers pasteurs préposés au (/ouveruetnent de l'Eglise -, charge par clle-inème d'un poids terrible, qui demande dans un piélat uii courap-e intrépide , une vigilance inlaligahle , un zèle à l'épreuve, une prudence divine; pour abréger, des talens apostoliques.

M. l'archevêque de (^.ambrai avoit bien compris cette étendue prodigieuse de son minislrre. Tl ne falloit que voir sa conduite , pour conclure qu'il ne pouvoit agir plus conséquenmient qu'il faisoit , à la grande idée qu'il s'étoit formée de ses obligations. « Je ne suis pas , disoil-il , éla- » bli évèque pour rien. Malheur à moi , si je ne » travaille de tout mon pouvoir aux intérêts de » l'Église , el si je n'emploie pas tout ce que » j'ai de forces pour conserver, cultiver et aug- » menter l'héritage sacré que mon maître m'a » confié! » De là son ajjijlication à se rendre une lampe ardente e( lumineuse pour éclairer tous ceux qui conversoient dans la maison de Dieu. Devenu lui-même la forme du troupeau *. quel zèle n'avoit-il pas pour alfermir les fidèles dans la tradition ancienne, pour retrancher les abus , pour ôler les scandales , pour faire fleurir la vraie piété ! infatigable à la poursuite des brebis égarées, quels mouvemens ne se donnoit-il pas, ou pour ramener les libertins , ou pour détromper les hérétiques ! Grand Dieu ! vous avez été témoin de la sollicitude qu'il avoit pour votre Église. Que de veilles , que de prières, que d'attentions, que de ménagemens, que d'ouvrages pour mettre les vérités de la religion dans leur jour, et la fausseté de l'hérésie en décri ! Il s'exerçoit surtout contre le jansénisme , pour terrasser cette hydre fimeste , contre laquelle l'Eglise a lancé tant de fois la foudre de ses censures les plus terribles. J'ai ouï dire souvent à M. l'archevêque de Cambrai , que les Jansénistes étoient autant à plaindre qu'à craindre. « Pauvres geus, s'écrioit-il d'un » air mêlé de douleur el de compassion , que je » les plains de ne vouloir pas sounieltre leurs » préventions à l'oracle infaillible de l'Église ! » 0 que l'entêteujent a fait de mal , et qu'il en » fera encore! Pour moi, grâce au Dieu de » toute vérité , j'ai sacrifié aveuglément mes » propres lumières à la voix du premier pas- » teur, et je ne m'en repens point. Aimons » Dieu, aimons l'Église, écoutons-la avec une » docilité d'enfant , et ne cessons de combattre

» pour ses décisions jusqu'au dernier soupir de » notre vie. »

I-e saint prélat ne se conlenloil |ias de déclarer de vive voix ses sentimens sur un sujet aussi imporlanl , il les exprimoit avec la même vivacité dans des écrits dont la Providence a permis que le public ail été enrichi. Si l'on veut prendre la peine d'ouvrir le volume de ses Lettres sur la lieliqion , on y lira avec édification les paroles suivantes, qui ne sont pas assurément dans le goûl des Indé|)endans ' : «Je préfère, » sans hésiter, la raison de Dieu à la mienne; « et le meilleur usage que je puisse faire de ma » foible lumière, est de la sacrifier à son au- » torité. Ainsi, sans m'écouler moi-même, j'é- « coûte la seule révélation qui me vient par » l'Eglise, et je nie tout ce qu'elle m 'apprend à M nier — En matière de religion , je crois sans )) raisonner, comme une femmelette, et je ne » connois point d'autre règle que l'autorité de » l'Église qui me propose la révélation. »

Comme le saint prélat ne se départit , en aucun temps de sa vie, de cette souveraine docilité à l'autorité de l'Église, il n'est pas étonnant qu'aux ap[)roches de la mort, moment décisif, il ramassât fout ce qui lui restoitde force pour en donner un dernier témoignage de la manière la plus authentique. « Je viens de re- » cevoir l'exlrême-onction , écrivit-il au con- » fesseur du Roi ^ ; c'est dans cet état , mon ré- » vérend père, où je ine prépare à aller paroître » devant Dieu, que je vous supplie instamment » de représenter au Roi mes véritables senti- » mens. Je n'ai jamais eu que docilité pour » l'Église , et qu'horreur des nouveautés qu'on » m'a imputées. J'ai reçu la condamnation de » mon livre avec la simplicité la plus absolue , » etc. » Expressions dignes d'un évêque orthodoxe ; consolante préparation au grand passage de l'éternité ! Qu'une ame , juste Dieu , paroît avec assurance devant votre tribunal , quand elle n'a eu de lumière <]ue pour vous les sacrifier, de raisons que {)our les faire passer par l'épreuve de la parfaite obéissance! A ce trait se reconnoissent sans peine les vrais enfans de l'Eglise , se distinguent les sectateurs de la catholicité, humbles, soumis, non litigieux, d'avec ces esprits inquiets qui se font un plaisir ou un faux devoir d'éterniser les disputes sur la religion , au risque de rompre l'unité, et de déchirer la tunique indissoluble du souverain Pasleur de nos âmes. Viendra le moment terrible.

1 Ephes. IV. U , 1-2 , n 3 / Peir. V. ".

' Lettre sur ridre dr Pln/iiii, rU-. Vovi'y. f)liir) ■^ Ad. XX. -28. — l>. 123, — 2 Lclliv ail 1'. 'l..- Tclli.r, ,l'ii r, jaiivi Voyez ti-dessas, t. vui, p. 283,

PRINCIPALES VERTUS DE FENELUN

auquel cesseronl également intérêts humains, point (l'iionneur, préventions, vanité des opinionshuinaines : mais qu'il sciaailVeuxde tomber entrer les mains du Dieu de toute vérité, lorsque , dans sa vengeance , il tirera le rideau de dessus l'entêtement . et qu'il démasquera l'hypocrite nouveauté ! En vérité, la satisfaction d'abonder dans son sens coûte trop cher, quand il faut l'acheter au prix d'un désaveu éternel. Ergo erravimus, a viai^eritatis M

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