AU MÊME
11 lui exprime les sentimens île respect et d'admiration que lui inspire son humble soumission.
De Drcuv, ce 6 juin (099.
Il y avoit long-temps que j'élois pénétré d'estime et de respect pour vous; mais si vous eussiez toujours été environné de tout l'éclat de votre Grandeur, je me serois bien donné de garde, n'étant qu'un pauvre et simple religieux, de m'approcher de vous, et je n'aurois jamais osé souhaiter d'en être connu. Mais depuis que l'adversité est venue fondre sur vous avec tant d'impétuosité, la simple estime que j'avois pour tout le bien que j'entendois dire de vous s'est changée en un si foit et si tendre attachement pour votre personne, qu'insensiblement, et malgré moi, je me suis vu dans le trouble pour l'amour de vous. J'ai pris part à vos craintes et à vos inquiétudes, j'ai ressenti le coup qui vous a frappé; et cette communication de douleurs m'a tellement uni à vous, que je ne puis plus me contenir dans les bornes de l'humble silence que la counoissance de ma bassesse devroit éternellement me prescrire à l'égard d'une personne de votre élévation et de votre mérite.
Souffrez donc , monseigneur , que , pour rendre le calme et la paix à mon cœur affligé, je vous fasse connoître son zèle , et qu'après avoir participé à l'amertume du vôtre , je vous félicite de la résolution généreuse et véritablement chrétienne que vous avez fait paroître dans le temps de l'affliction , et dans une des plus rudes épreuves qu'un cœur droit puisse essuyer.
Grâce au Père des miséricordes et au Dieu de toute consolation , il a pris soin de vous consoler lui-même dans votre affliction, et vous a donné la force de consoler ceux qui ont pris
' Rrpuil-Hoiioll. alibavi' cl.- rDidn- de Cileau\ , au dloird'Evieux.
FENELON. TOME X.
part à vos douleurs, par la conduite toute sainte que vous vous êtes prescrite , et que vous avez fidèlement observée jusqu'à la fin.
Votre charité , monseigneur, que ce grand orage n'a pu éteindre, a dissipé tous les nuages qu'il avoit excités, pour laisser paroître la solidité de votre vertu dans toute sa splendeur : car c'est dans les maux , dit saint Augustin , que l'on reconnoit les progrès qu'on a faits dans la vertu avant que d'y tomber ; c'est dans ce champ de l'amertume et dos souffrances que vous avez trouvé le trésor caché , je veux dire l'ancienne manière d'instruire ef'ticacenient les peuples, en vous rendant vous-même un parfait modèle d'humilité, de douceur, de patience, de soumission à l'Eglise, et d'amour de Dieu.
Il est constant que le li\re de V Explication des Maximes des Saints n'étoit à la portée que d'un petit nombre de personnes. On me le pardonnera peut-être , si je dis que les plus savans n'y étoient pas les plus intelligens. Mais les vertus que vous enseignez aujourd'liui par vousmême sont conçues et connues de tous les chrétiens. Cette doctrine , monseigneur, est proportionnée à la capacité de tous les hommes ; les plus grossiers et les plusignorans l'admirent et en sont édifiés ; les plus savans et les plus zélés sont contraints de la louer et ap|)rouver.
Votre Mandement , quoique très-court, contient tonte la doctrine de saint Paul. Vous y enseignez efficacement un Jésus-Christ crucifié, en portant vous-même sa croix; vous nous apprenez , par votre exemple , comment nous devons recevoir les afflictions et les humiliations que Dieu nous envoie. Aucun chrétien n'osera plus témoigner la moindre résistance à la voix de son pasteur, après avoir vu de ses yeux un grand et savant , ou pour dire ce qui est plus rare , un humble et savant archevêque, écouter celle du souverain pasteur avec la même docilité et la même soumission que les anges ont pour celle de Dieu.
Consolez-vous donc, illustre et généreux prélat: vos humiliations vous sont plus glorieuses et plus utiles à l'Eglise qu'un millier de livresj vos actions sont une explication vivante des maximes des saints ; et ce que l'on croyoit devoir être le motif de votre abaissement , est devenu le fondement de votre gloire et de la joie des gens de bien. C'est ainsi, monseigneur, que le vaincu a seul tout le fruit de la victoire, et que les plus grandes adversités tournent tonjours au bien et à l'avantage de ce\ix qui aiment véritablement Dieu.
L'on doit vous dire à vous-même . monsei-
CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME
gneur, ce que la piété vous a fait écrire à une personne affligée : Dieu vous vouloit tout à lui, et ce n'est que sur la croix qu'il prend sa pleine possession. Il vouloit cette dernière preuve de votre amour, pour faire reposer sur vous son Esprit saint, et apprendre aux fidèles, par votre exemple, comment ils doivent l'attirer sur eux; car sur qui se reposera l'Esprit du Seigneur, si ce n'est sur celui qui est doux et humble?
Votre conduite, monseigneur, vous ayant été inspirée de Dieu , a toujours été accompagnée et entm couronnée de cette douceur et humilité de cœur que notre divin Maître a voulu que nous apprissions de lui ; et ces deux vertus sont si parfaitement dépeintes dans votre Mandement , et danscelles de vos lettres que la Providence divine a rendues publiques , que je ne fais aucune difficulté d'avouer que j'expérimente , en les lisant , ce que saint Chrysostôme sentoit en lisant les Épîtres de saint Paul. Elles renferment une certaine onction qui attendrit jusqu'aux larmes. J'ai eu la joie de remarquer qu'elles produisent le même effet en ceux qui me les ont communiquées, et en ceux à qui je les communique ; et des personnes distinguées pai- leur esprit et par leur naissance , qui ne pouvoient recevoir aucune consolation dans leur affliction , m'ont avoué avoir ressenti du soulagement dans la lecture de vos lettres et de votre Mandement. Plus je les lis, plus j'en suis touché, et plus elles m'inspirent d'estime , de zélé, d'attachement et de respect pour votre personne et votre vertu.
F. DEJASU, Prieur indigne de l'abbaye du Breuil.
DCXLV
(DCXUIV.)
MÉMOIRE CONTRE I.A SUPPRESSION DES ECRITS APOLOGÉTIQUES DE I.'ARCHEVÊOrE DE CAMBRAI, SOF.LICITÉE PAR L'ASSEMBLÉE MÉTROPOLITAINE DE PARIS 1.
On est loiit-:i-l:iit lormalisé i\f I;i sii|>|>n'ssinn que l*s pn-lais dt; la province (te Paris veulent Hiire ei soilioilnr- ih-s l'-n ils f:»ils pour la dt^ftMise du livre des Maximps des Saints; les plus liontièlcs f.fus , les plus disinU;rt'>Sfs elles plus éclairés en nuirinurent. On dit :
1 " Que les prélats de la province de Paris devdienl
j.l.Nl.,
Um- i\ur ti'liii (|ii (III (1 vu (•ll<' iiiiiiiT, I. IX, i<. 051.
moins solliciter celle suppression que tous autres, attendu qu'ils sont par la eu même temps juges et parties li'uue affiire qui n'a pas été disculée , examinée^ ni même mise en (piestion.
2° Qu'il est bien dur de vouloir supprimer les défenses d'un prélal (jui a éeril, non pour souienir l'erreur et la protéger, mais pour s'en laver el s'en justifier, eu expliquant son livre d'une manière qui à la vérité ne cadre pas avec le livre, mais ([ui a loujouis servi à faire connolire que ses senlimens ont été très-éloignés de l'erreur qu'il condamne lui-mêuîe.
3» Qu'ainsi c'est siiiis f(uidemenl que les prélats prétendent s'appuyer de l'exemple d'hinocenl X, qui , dans son décrei du 23 aviil 16S4, en renouvelani la condamnation de !'ylw(/wsim de Jansénius, condamna en n.éme lemps plus de quarante autres livres faits p"ur la défense de la doctrine de Jansénius , parce que ce.s livras ne furent faits que poiu soutenir el établir une doctrine condamnée, comme il est marqué dans ledit décret, au lieu (iue les défenses de M. d-^ Camivai ne sont nuliemenl pour approuver el établir l'erreur : au contraire , elles tendeiit seuh ment à prouver que son livre ne l'autorise point.
4* Qu'en cela Us prélats de l'assemblée de Paris se sonl fort éloignés de l'usage leçii dans loule l'Eglise, de ne jatiais supprimer des explications catholiques. L'histoire ecclésiaslique en fournit plusieitrs exemples.
Outre celui du pape Vigile dans l'affaire des trois Chapitres, qui est très -fameux, celui de saint Maxime dans l'alTaiie d'Honorius vieol parfaiiemenl bien à la quesiiou présente. Saint Maxime avoil lîitiiné ou du moins voulu donner un sens nrtiiO'ioxe et catlioli(iue aux lellres d'Honorius à Sergius , sur l'expédient que lui avoit proposé Sergius louchant l'usage des termes d'une ou de deux opérations en Jesus-Cluisl. INéaiunoins le sixième concile ne laissa pas de coiidauuier Honorius (au moins selon plusieurs) : mais en condamnant la h'iue d'Honorius , le concile ne loucha nullement aux déicnses el aux écrits qu'avoii faits saint Maxime pour jusiilier Hmiorius. II est à remarquer (|ue, quand sainl Maxime écrivit, l'afiaire des Monoth liles n'étoit pas encore jugée ; car autrement , .s'il avoil entrepris de défen Ire Honorius après le jugement poi té el remlu contre lui, on avoue de bonne toi que ç'auroit été une teliiélité et un défaut de soumission dans sainl Maxime; el c'est ce qui rend la comparaison de la question présente avecraulrc, enlieifiiienl el parfaitement semblable.
H y a encore, outre pinsieurs exemples, un assez récent par rapport à celui de sainl Maxime. C'est ce qui est lappoité dans yHistoire du Concilf de Trente, par Pallavicin, touclianl l'allaire du pairiarehe d'.\(|uilée , nommé Jtîan (irimani , (|ui avoit voulu donner un bon sens et une explication oi'lhoditxe a une Icllie (|ui <'ontenoii une niéchaittc doctrine. L'explication de .leant^rimani ne fut point du loul condamnée, iat lail est trop long pour l'éciire ici; on peut consullei Pallavicin même, et voir la table à la lettre ,1 , et chercher Jean Giimani : on y trouvera quiiNjuc chose de bon ei «le juste.
Ou dit encore « i on trouve mauvais :
CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME
5° Qaeles prélats aient été en cola plus loin que le Pape même, qui n'a pas citndamné ces écrits;
6° Qu'il y a parmi ces ecrils quelques pièces détacljces qui nonl aucun rapport au livre des Maximes, et qui ne contiennent rien que de trèsoriliodoxe; par exemple, le iraiié fait sur la charité, etc.
7" Qu'ils veulent donc absolument que par li leur confrère demeure à jamais noirci des lrai(s d'infamie marqués dans la Helalioii sur le Quiétisine , malgré la réponse solide (|u'il paroit ([u'il y a faite.
8° Qu'il n'est pas juste (jiie les autres prélats du royaume , (|ui n'ont pas même pu voir ces écrits, ou du moins la plupart prononcent dessus : neminein enim incoçjnità causa damnari oportet ; et que l'exemple île l'assemblée de Narbonne et de celle de Toulouse et de Sens ' n'est pas d'une petite const queuce pour empêelitr Us autres prélats d'iiller plus loin (|ue l'acceptalion de la constitution en forme de Brid' ilu 12 mais l(i99.
9" Qu'enfin le Roi ne d» mande aux prél.ils que la seule acceptation de ladite constitution.