‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 208 sur 422 · I.IVRi: PREMIEH · texte numérisé non relu

I.IVRi: PREMIEH

qui lui avoieut mc'rité reslime ot ramitié des plus graiuls capitaines de son temps, le manpiis de Fénelon sY'tnil entièicMicnl eitusacré à la pratique des devoirs les plus sul)liuies de la leligiou et de la charité chrétienne. Il s'éloit n)is sous la direction de M. Olier, instituteur, l'oudatein- et preiniei- supérieur de la congréi^ation de Saint-Sulpice.

M. Olier étoil alors occupi' d'iui projet hiei: e\.lra(»rdinaire ; le laidinal de Kiclielieu a\()it réprimé la l'ureur des duels pai' de grands exemples de sévéritt' : mais depuis la nutrl do ce niinislrc, cette espèce de démence sanguinaire , se montioit avec une nouvelle IVéni'sie. M. Olier imagina de suppléer à rinsullisance îles lois, en opposant l'honneur à l'honneui- lui-même. Il entreprit de former une association de gentils-hommes éprouvés par leui' valeur, et de les engager sous la leligion du seiuient, dans un écrit signé de leur main , à ne jamais donner ni accepter aucun appel, et à ne point seivir de seconds dans les du;'ls qu'on leiu' i)ro|)oseroit. 11 jeta les veux sur 11- martpiis de KiMielnn , pour le mettre à la tète de cette association d'un genre si nouveau. Sa réputation étoit universellement établie à la Cour, à Paris et dans les (;amps. On afl'ecta même de n'admettre dans cette association que des militaires connus par des actions brillantes à Tarnié'e. Ils \oulurent donnei- le plus grand appareil à l'engagement qu'ils contractoienl. Ce fut le jour de la Pentecôte IG.'il, (ju'au milieu d'un grand concours de témoins distingués, ces respectables militaires vinrent remettre à M. Olier, dans la cliapelle du séminaire de Sainl-Snlpice , un acte signé de lenr main, cjui evprimoit lenr ferme et invaiiable détei'inination '.

Le grand Coudé, encore plein des idées d'une gfoire profane, fut d'abord étonné de la démarche du marquis de Fénelon , et ne put s'empêcher de lui dire : « Il fant, Monsieni-, être aussi sur que 1) je le suis de votre fait sur la valeur, pour n'être ') pas effrayé de vous avoir vu rompre le premier » une telle glace 2. « Mais son ét(jim(>nient fit bientôt place à l'admiration. La reine Anne d'Autriche seconda avec ardem- les vues utiles et religieuses de M. Olier. Ses avis et l'éclat que fit alors cet événement , laissèrent une impression profonde dans l'esprit de Louis XIV. Pendant tout le cours de son long règne, aucune considération de naissance ou de faveur ne put le fléchir, ni le faire consentir à accorder de grâces en matière de duels.

Le marquis de Fénelon a\ait épousé l'héritière de la maison de Montbei'on. Il en avoit eu un fils et une fille; il voulut diriger lui-même les premiers pas de son fils dans la cairière militaiie. Il le conduisit en I6fil) au siège de Candie. 11 lui répétoit sans cesse'' « que sa vie n'étoit pas au pouvoir des » ennemis , mais dans la main ih celui qui a » compté nos jours et nos moments; et ipie l'action » la plus agréable à Dieu, éloitde mourir poiu' son » roi. » // fdiil (irmip)\d\[ Voltaire * en rapportant la moit d'un autre manpiis de Fénelon , tué à la bataille deHocoux en 174('), qu'une armôp cninposéo d'huiniiii'ii (jui penseroient ainsi, somit iniinriblp.

' Viiyi'/. lis P/r(v,s jiistijiriilirrs (tu livre prcinicr, 11. n. — - M;iiius. rih. i lin'I. — '• Pircit (lu Siècle de Lonh M , chap. 18.

Le marquis de Fénelon fut frappé au siège de Candie du coup le plus funeste. Il y perdit ce fds uniqu(i , (djjct de tant de soins et de dévouement, (déjeune homme , (jui |)iomelloil toutes les vertus et toutes les cpialites de sou pi'ie , fut blessé dans une attacpie conti-e les Tmcs, et mourut des suites de sa blessure. Son malheuieux père trouva dans ses principes religieux le seul appui ipii pût soutenir sou courage dans sa pi-.jfunde d.)ulem-. Les dernières années de sa \ ie rineiil consacrées à l'éducation d'une tille imi(|ue (pii lui restoit, et il eut le bonheur de l'établir a\aid de moiu'ir. File épousa le mar.juis de Moiilmoicnci-Laval \

Tel étoit rhouune le^iiedable (pii ser\it de père et de guide à Fénelon, dans le chemin de la vertu et de l'honueur. La l'i(»\i(leiice méuageoit au mar- (juis de Kéiu'loii la plus douce des consolations, en substituant au lils (pi'il avoit perdu, un neveu qui de\int avec sa fille l'objet de ses soins et de ses plus tendres aflèctions.

11 n'avoit pas vu, sans un mélange d'inquiétude et de satisfaction , l'espèce d'enthousiasme avec lequel on admiroit déjà les talents naissants de son jecme neveu. Dans la crainte qu'on ne corrompît un si heineiix naturel par des éloges exagérés ou prématurés, il se hâta de le soustraire aux premiers prestiges d'un monde trompeur.

Le marquis de Fénelon fit entrer son neveu au séminaire de Saint-Snipice, pour y prendre le véritable esprit de son état, et le plaça sous la direction de .M. Tronson.

Ce fut dans les lumières, les exemples, et dans la piété tendre et affectueuse de ce sage directeur, que le jeune abbé de Fénelon puisa le goût de ces vertus vraiment sacerdotales, dont il offiit ensuite le modèle le plus accompli , an milieu de toute la vaiàété des emplois dont il fut chargé, et des fonctions qu'il eut à remplir.

Fénelon a été un des principaux ornements de l'Eglise gallicane ; on ne peut regarder comme étianger à son histoire le tal)leau de l'état où elle se trouvoit au moment où il entra dans une car- 7-ière qu'il devoit parcourir avec tant de gloire.

Etat (le l'Eglise dp, France.

Lorstju'apiès cincpiante ans de guerres civiles , le cardinal de Richelieu eut rendu à Fautorité l'oyale toute son énergie , il voulut asseoir les fondements d'un gouvernement diu-able .sur ces principes i(digieux , qui sont les plus fermes garants de l'ordie et de la Irampiillité d'un giand empire. Cet homme, qui avoit l'instinct de' la politique! comme d'autres ont cru eu avoir la science ; cet homme , (jui n'a\oif pas une pensée, un sentiment, une \(donlé, cpii n'eût pour (d)jet l'aflèrmissement de l'auloiité et le maintien de l'ordre, savoit que l'esprit de la religion est essentiellement un esprit conservatem- , parce (ju'elle commande toujours le respect (\i.'> lois et la soumission à l'autorité publique.

11 s'attacha dans le choix des cvèq'.es, à rechercher la science unie à la rt'gulaiilé des mteurs

tjrand p.Ti- du iaicliii;il de MoiUnii.icnry,

HISTOIRE DE KÉNELON.

et ;i raniour de la discipline. Sous mn minlslère , tout prit un caractère de décence , d'ordiv et de dignité. (J'est de cette époque que date la véritable gloire de l'Eglise gallicane ; celle d'avoir formé le clergé le plus régulier, le plus éclairé, le plus ami de l'ordre et de la paix , le plus fidèle à ses principes religieux et à ses devoirs politiques.

Tant que le cai-dinal de Richelieu vécut , lien ne troubla la paix de l'Eglise de France. 11 maintint avec une égale fermeté la pureté de la doctrine , les règles de la discipline , les droits de la juridiction ecclésiasii(pie , et les maximes du royaume. .\ussitùt ([ue ipielque corps, ou quelque particulier hasardoif des opinions nouvelles ou dangereuses, il savoit les arrêter dans leur principe , ou les réprimer avec vigueur.

Richelieu n'aimoit pas plus les idées singulières en religion qu'en politique, et il fit enfermer à Vincennesle fameux abbé de Saint -Cyran , qui lui parut bien plus daiigereuv qu'édifiant. Il se contenta de répondre à ceux qui sollicitoienl sa liberté, que si on se fût également assuré de Luther et de Calvin, on n'eut pas vu des torrents de sang inonder la France et l'Allemagne pendant cinquante ans.

11 est vraisemblable qu'on n'eût jamais entendu parler en France des querelles du jansénisme , si le caidinal de Richelieu eût vécu quelques années de plus. Le livre de Jansénius éloit imprimé deux ans avant sa mort , sans que personne , à l'exception des amis intimes de l'auteur, soupçonnât seulement qu'il existoit.

Mais à peine le cai'dinal de Richelieu eut-il les yeux fermés , que la controverse s'engagea. In nouveau règne , une minorité toujouis plus favorable aux esprits inquiets, xme régente qui chci-choit à faire aimer son autorité naissante , lui ministre encore assez indiflerent à des discussions de cette nature , laissèient la dangereuse liberté d'agiter des questions qui ont produit une longue suite de troubles et dt; divisions.

Ce fui surtout entre la société des Jésuites et l'école de Port-Ro\al que s'établit cette lutte opiniâtre , qui a été si fatale à l'une et à l'autre , et qui, peut-être , n'a pas été sans quelque influence sur des événements plus récents.

Fénelon fut ami des Jésuites , sans leur être asservi , et opposé à Poit-Royal , sans en èti'e l'ennemi. Ces deux écoles occupoienl l'attention publique à l'époque où Fénelon entra dans le monde; l'une et l'autre n'existent plus iiujonrd'hui , et on peut parler de Vinlluence qu'elles eurent sur les affainîs de l'Eglise de France , pendant un siècle entier, sans être soupçonné d'être inspiré par aucun motif d'intérêt ou par aucun pirjugé de parti.

Des Jésuites.

L'institut des Jésuites, auquel aucun autre institut n'a jamais été, n'a jamais nu être comparé pour l'énergie, la prévoyance et la profondeur de conception (pii en avoit' tracé le plan et combiné' tous les ressoits , avoit été créé poiu- embrasser dans le vaste emploi de ses attributs et de ses fonctions toutes les classes, toutes les conditions,

tous les éléments qui entrent dans l'harmonie et lacouser\ationdes pouvoirs politiques et rehgieux.

En remontant à l'époque de son établissement , (lu découvre facilement que l'intention publique et avouée de cet institut , avoit été de défendre l'Eglise catholique contre les Luthériens et les Calvinistes, et que son objet politique étoit de proté'ger l'ordre social et la foi-me de gouvernement établi dans chaque pays, contre le torrent des opinions anai'chiques, qui marchent toujours de front avec les innovations i-eligieuses. Pai-lout où les Jésuites pouvoient se faire entendre, ils maintenoient toutes les classes de la société dans un esprit d'ordie , de sagesse et de conservation. Appelés dès leur oi-igine , à l'éducation des principales familles de l'Etat, ils étendoient leurs soins jusque sui' les classes infériem^es; ils les entielenoient dans l'heureuse habitude des vertus religieuses et morales. Tel étoit siu'fout l'idile objet de ces nombi-euses congrégations . qu'ils avoient créées dans toutes les villes , et qu'ils avoient eu l'habileté de lier à toutes les professions et à toutes les institutions sociales. Des exercices de piété simples et faciles , des instructions familières appropriées à chaque condition, et qui n'apportoient aucun préjudice aux travaux et aux devoirs de la société , servoient à maintenir dans tous les états cette régularité de mœurs, cet esprit d'oi-dre et de subordination , cette sage économie , qui conservent la ])aix et l'harmonie des familles , et assurent la prospérité des empires '.

Si dès sa naissance cette société eut tant de combats à soutenir contre les Luthériens et les Calvinistes , c'est que partout où les Luthériens et les Calvinistes cherchoient à faire prévaloir leur doctrine, les guerres et les cou\ulsions politiques devenoienl la suite nécessaire de leurs principes religieux.

Familiarisés avec tous les genres de connoissances, les Jésuites s'en servirent avec avantage pour conquérir cette considération toujours attachée à la supériorité des lumières et des talents. La confiance de tous les gouvernements catholiques, et les succès de leur méthode , firent passer presqu'exclusivement entre leurs mains le dépôt de riiistructioii pui)h(iue.

Us eurent le mérite d'honorer leui' caractère religieux et moral par une sévéïité de mœurs , une tempérance, une noblesse et un désinléi-essement personnel, (pie leurs ennemis mêmes n'ont pu leur contester. (Test la plus belle réponse à toutes les satires (|iii les ont accusés de professer des principes lelàchés.

Ce corps étoit si parfaitement constiiué , qu'il n'a eu ni enfance ni vieillesse. On le voit , dès les premiers jours de sa naissance , for nier des établissements dansions les Etats catholiques, combattre avec intrépidité toutes les sectes nées du luthéranisme , fonder des missions dans le Levant et dans les déserts de l'Amérique, se montrei- aux mers de la Chine , du Japon et des Indes. 11 existait depuis deuv siècles, et il avoit la même vigueur que

lalrs villi'

1 On iM- rrs',iiiivi('iil oiinii-c diiiis lis pi rnnimi'ii-c, ijii.- jam.nis il n'y iiil plus cl'urdic cl ilr )i'aiii|iiillil<^, plus (Itï probité dans les Irnnsucliuiis , iiioiiis ilc failliU'k el innins (li; ilt^prav.iliun , qui' lorsque fi's congi-t^g^lioiis y exisloiciit.

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