A\\\E PREMIER
dans les temps de sa maturité. Il fut animé jusqu'au ricinier soupir, du même esprit qui lui avoil donné la vie. Où ne fut jamais obligé de suppléeipar de nouvelles lois à Timpeifeelion de eelles qu'il a voit rerues de son fondateur. L'émulation que cet ordre insjiiroil éloit utile et nécessaire à ses rivaux mêmes ; il expira tout entier, et il entraîna dans sa chute les insensés qui avoier.t eu Tiniprudence de Iriompher de sa catastrophe.
On ne pouria jamais comprendre par quel esprit lie veili^e, les gouvernements dont les .Jésuites a\ oient le mieux mérité ont eu l'imprudence de se priver de leuis plus utiles défenseurs. A peine se ressou\ient-on aujourd'hui des causes puéiiles et des accusations dérisoires ijui ont servi de prétexte à leur prosciiplion. On se rappelle seulement que les juges <|ui déclaièrent le corps entier convaincu des plus graves délits , ne pin-ent trouver un seul coupable paiini tous les membres (jui le composoient. La destruction des .lésuites a porté le coup le plus funeste à l'éducation publique dans toute l'Europe catholique ; aveu remarquable , qui se trouve aujourd'hui dans la bouche de leuis eimemis comme dans celle de leurs amis.
Celte société sut honorer ses malheurs par un courage noble et tranquille; sa religieuse et impassible lésignation attesta la pureté de ses principes et de ses sentimens. Ces hommes, qu'on avoit peints si dangereux, si puissans, si vindicatifs, fléchirent , sans murmurer, sous la main terrible qui les écrasoit ; ils einent la générosité de respecter et de plaindre la foiblesse du pontife condamné à les sacrifier. Leur proscription a été le premier essai , et a servi de modèle à ces jeux cruels de la fureur et de la folie, qui ont brisé en un moment l'ouvrage de la sagesse des siècles, et dévoré en un jour les richesses des générations passées et futures.
De Poi'l-Roy;U.
Mais au moment où commence notre histoij'c de Fénelon, s'élevoit à côté des Jésuites une société rivale , appelée , pour ainsi dire , à les combattre, avant même que de nailrt . L'école de Port-Royal ne fut, dans son origine, que la réunion des tnembres d'une .seule famille ; et cette famille étoit celle des Arnauld , déjà connue par sa haine héréditaire pour les .Jésuites. Elle eut le mérite de produire des hommes distingués pai- de giandes vertus et de grands talens. Réunis par les mêmes sentimens elles mêmes principes, ils se lecommandoient à l'estime i)ublique par la sévérité cl(> leurs mœurs, et par un généreux mépris des honneui's et des richesses, lue circonstance singulière leur avoit doiuié une e>pèce d'existence indépendante de toutes les fa\enrs de la fortune et de tous les calculs de lanihition. La mère Angélique, leur sœur, abl,'esse de Port-Royal, avoil actjuis et mérité une gi-ande considéiation par la réforme qu'elle avoit établie dans son monastère, et par une régularité de nueurs digue des siècles les plus purs de la discipline monastique. Attachée à sa iamille par une entière conformité de mœurs et d'opinions , elle \ivoit avec ses i'ri'res et a\ec ses
pi-oches dans un commerce habituel que les grands intérêts de la religion et le goût de la piété scmbloient encore ennoblir et épurer. Ses parens et les amis de ses parens vinrent habiter les déserts qui environnoient l'enceinte des nnns de son monaslèie. Port-Roval-des-Champs devint un asile sacré, où de pieux solitaires, désabusés de toutes les illusions de la vie, alloient se recueillir, loin du Mjonde et de ses vaines agitations, dans la pensée des vérités élernelles.
On y voyoit des hommes , autrefois distingués à ia co'ui' ei dans la société par leur esprit et lem-s agrémens, déplorer avec amertume les frivoles et biillans succès qui avoient consumé les inutiles jours de leur' jeunesse , gémir de la célébrité encore attachée a leurs noms, et s'étonner de ne pouvoir être oubliés d'un monde qu'ils avoient oublié. Une conquête plus récente et plus éclatante cncoi-e, répandoit sur les déserts de Port-Royal cette sorte de majesté , que les gr-andcurs et les puissances delà terre communiquent à la religion, au moment même oîi elles s'abaissent devant elle. La duchesse de Longue\ille, qui avoit joué un rôle si actif dans les ti-oubles de la Fr-onde, et que la r-ehgion avoit désabusée des illusions de l'anrbition et des erTCiirs où son cœur l'avoitentr-ainee, olVioit à un siècle encore religieux le spectacle d'un long et solennel repentir. Cette conversion étort l'ouvrage de Port-Royal, et une si illusti-e pénitente envir-onnoit de son éclat et de sa pi-otection les directeui's austères qui avoient soumis une princesse <\u sang à ces règles saintes et inflexibles du ministère évangélique , qui n'admettent aucune distinction de naissance , de rang et de puissance.
La vie simple des solitaii-es de Port-Royal servoit à ajouter un nouveau lustre à la gloire que leur avoient méritée leui-s écrits. Ces mêmes hommes, quiécrivoienl sur les objets les plus sublimes de la religion , de la morale et de la philosophie , ne ci-aignoient pas de s'abaisser en descendant jusqu'aux éléments des langues pour l'instruction des génér-afions naissantes.
Leurs ouvrages oflroient les premiers modèles de l'art d'écr-iie a\ ec toute la précision , le goût et la pureté dont la langue française pouvoil être susceptible. Cette glorieuse prér-ogative sembloit leur anpai'tenir- exclusivement , et le mérute d'a- \()ir tixé la langue franco-aise est resté à l'école de Poit-RovHl. Les'noins des deux Arnauld, des deux Le.Maistre, de Pasci-l , de Lancelot, de Nicole, de liacine, sont placés à la tête des grands écri\ains (pri ont illustré le siècle de Louis XIV.
La gloire «iu'eut Port-Royal de fixer la langue franc-aise conli-ibua à lui concilier des ()ar-tisans. On lit servir- l'empi-essement que toutes les classes de la société montroient à lire ses éci'its, pour accréditer ses opinions Ihéologiqnes. Ln habile cr-iticpie ' il oltsèivé à cette occasion que tous les novaleurs en religion et en politique ont employé (•elle méthode avec succès. Rien n'est plus propre à séduire et à égar-er la nurltitude ([ue cette espèce d'hommage qu'on rend à ses lirnrièi-es et à son airloi'ilé; elle rre manque jamais de se r-anger
' Hirliaid SiiiKMi , I. IV. i>. « (!e ses Lettres critiques, édit, .le 1730.
HISTOIRI^ DE FKNELON.
du côté de ceux qui imoqueut les itiemicrs son jugement , et qui traduisent leurs advorsaiivs à son tribunal.
<Juel bonheui- pour la religion, l'Eglise, les sciences et les lettres , si l'école de Tort- Royal, satisfaite de la gloire d'avoir ouvert le beau siècle de Louis XIV, ne se fût pas livrée à lespiit de secte, et à la déplorable ambition de se distinguer par une rigidité d'opinions et de maximes, qui apporta plus de troubles que d'édification dans l'Eglise. On devra éternellement regretter que ces deux célèbres sociétés, dont l'une, dans sa longue durée, a formé une nombreuse succession d'hommes de mérite dans tous les genres , et l'autre , dans sa courte existence , s'est illustrée par les grands écrivains qu'elle a produits par une espèce de création subite, n'aient pas substitué une noble émulation à une dangeieuse rivalité. L'une et l'autre paroissoient animées du désir sincère de servir la religit)n , et comptoient au nombre de leurs disciples des iiommes vraiment recommandables; l'une et l'autre pouvoient opposer mie digue inébranlable aux ennemis de l'Eglise , et offrir aux premiers pasteurs les secours les plus utiles pour l'instruction des peuples et pour le succès du ministère évangélique. L'une et l'autie existeroient peut-être encoj'e, et on n'auroit pas à gémir sur les maux qu'ont causés leurs longues inimitiés, et sur les maux plus irréparables encoie qui ont suivi leur destruction.
Ce qui doit encore ajouter aux regrets qu'excite le souvenii- de ces déplorables contestations, c'est qu'elles vinrent Iroublei' la paix de l'Eglise de France dans ses plus beauv jours, dans" un temps où les lumièies n'jiaiidiies dans toutes les classes du clergé, les talens cl les volus (]ui brilloient dans l'épiscopat , l'esprit jeligieux qui formoit encore le caractère national , et la protecd'uu roi tel que Louis \iV, pernietloient d'espérer que, conformément au vœu des plus saints é\èques, la réunion des l'rolestans à l'Eglise catholique pourroit s'opérer par les seuls nioyeus d'instruction de doucem-, de confiance et dédification appropriés à une lin aussi désirable.
Vin.
De Suiiil-Sulpici'.
La controverse du jansénisme agitoit tous les esprits, lorsque le manjuis de Eénelon [dara son neveu au séminaire Sainl-Sulpice, et le mit sous la direcliori de M. Tronson. Il ne pouvnit assurc-ment choisii' ime inslilution et un insiitiitem- plus propres au succès de ses pieuses intentions.
Cette congrégation , établie si récenmienl encore , jouissait déjà de l;i plus liaule, ((•nsidi-ratinu par l'heureuse expéi'rence de tous les biens qu'elle avoil opéi-és en si i)eu (raunées. Son jirincipal élablissement étoit l'ouviage de la bienl'aisance d'un simple parlicidier, et n'avoit coûté au gouvernement aucun elTorl, ni au peuple aiicini saciiliee. .M. (Hier, (pii eu a\..il <"|(' l'iuslihdeur ei le fondateur, a\()it eu le bonheur d'associé)- à ses desseins l'abbé It! Uagois de Miclonvilliers, (|ui apjtartenoit à mie famille lionoic'e dans la magistrature, et <|ui j(juissoit (rnii patriinoine (■onsid(''i'al)le. M.
de Hretonvilliers entreprit de construire à ses frais un éditice capable de rassembler un très-grand nombie déjeunes ecclésiastiques, pour les y formej- aux diverses fonctions de leur ministère. Ce monument , dont les avantages dévoient s'étendre sin- nue longue suite de générations , fut encore diiigé par un sentiment de charité , qui méritoit à son tour la reconnoissance publique. M. de Brelonvillicrs profita du moment où les troubles de la Fronde et la guérie civile avoient réduit le peuple de Paris à ime extrême misère ; il employa à la construction de ce vaste bâtiment toute cette multitude inquiète et turbulente qui manquoit de subsistance , et qui étoit capable de se porter aux derniers excès poui' s'en procurer *.
La société de Saint-Sulpice avait re(,'U un régime aussi ditlérent de celui des Jésuites dans l'esprit (lue dans l'objet de son institution : elle avoit voulu se renfermer, et elle s'est constamment renfermée dans le cercle des fonctions nécessaires au succès de sa vocation ; elle ne s'étoit point vouée à combattre ; elle s'étoit bornée à édifier et à être utile ; destinée à former des ministres à l'Eglise , poulies dinérens ordres de la hiérarchie , elle s'étoit pénétrée du véritable esprit qui convient à la sainteté du sacerdoce ; elle s'attachoit à donner à ses jeunes élevés le goût et l'habitude des études sérieuses , à diriger l'ordie de leur travail et l'emploi de leur temps , à établir dans leur esprit les pre- J iniers fondemens de tout le système des sciences ] ecclésiastiques ; mais elle pensoit qu'un développement plus approfondi de ces piemiers germes de la science et du talent appartenoit uniquement aux qualités naturelles, à des dispositions plus ou J
moins heureuses, à la nature des fondions et des 1 places (ju'ils seroient appelés à remplir, à Pexpé- ' rience (jue donnent l'âge et la connoissance des affaires et des hommes , enlin à nu concours de circonstances (pi'il est impossible de prévoir et de jirévenii'.
Tels éloient les caractères (jui formoient l'esprit de cette institution, et les instituteurs en oIVroient le modèle le plus touchant dans leur vie entière.
Hennis par les liens d'une association volontaire, (pii n'engageoieut point la liberté de ceux qui la (•oni|)osoienl , el dont l'autorité ecclésiasli<pieet civile avoil consacré le régime, ils donnoient l'exemple d'inie soumission invariable et sans bornes à l'aulorité des piemiei-s [lasteurs. Cette soumission lornioit un caractère si remai'quable en eux , <pie jamais on ne les en a v us s'éein-ler diuis les circonstances les plus didicates el les plus diriiciles. Chargés de divers élablisseniens dans des diocèses dont les é\è(pies avoient (|uelquelbis ai|o|)l('' des opinions dillerentes sur les controverses reel(''siasli(pies, ils surent toujours allier le respect el rolH'issauee avec la (idéliii' à leurs pr'iiicipes : ils lurent toujours aimés el estinii-s de ceux même dont ils ue pàrtageoienl pas les sentimeiis.
Leur modeslii' ('toit portée au point (pi'ils le-
' I.c liàlimciil coiislniil )i:ir M. do Uri'Umvillicis ii (-U' rc- I •iiiiiH'iil ({l'iiioli ICI! IMii) [>m\v ouvrir la |iliiic de Tt-uliso i\r Sajiil-Siilipicc èl |ai^sl;|■ l:i vue de son lUiiipiiruiiii- i)(^iiM\ le.
y ii'ijiMuciil, ircloit poiiil iilliirliL- a drs imiih cl a lU-^ pici i<> ; il Milisisic ciicdic' loiil rii1iri-dan> 1rs ('(clrsiitïiliiitu's icsi>l'il.ililis <|iii cHil |icr|iOUii' irltr biiiiilo a'IlMf.
r.Fviu-: iMu^MiKi;
doiiloicnl la gloire comnic recueil le plus dangeroux. Ils inetloieiit aulaiit d'arl à se dérober à i;i eëléhrité, ([iie d'aiilres en mettent à la eliereher. i>eui- abnégation einéliennc les ainoit portés à se soustraire à la considérafion elle-même, si la eonsidération n'eût pas été un tril)ut pa\é à leurs vei'tus. Consultés souvent par les dépositaires de la puissaneeet delà faveur, souvent à portée d"o])liMiir et d'exereer un grand crédit . ils éebappoient à Tanihition connue on échappe à la servitude. Ktraiigers à tous les sentimens <iue l'andtition , riuléi'êt ou l'orgueil peuvent exciter parmi les hommes, jamais ils ni' fiu'ent mêlés à aucun combat de pailis, de coips ou d'oi>inious ; ils ne s'attachoieul (pi "aux (K'cisionset à l'autorité del'Kglise '.
On croiroit leur l'aiie injure si on vantoit ici leur ]>iété. Klle étoit, connue eux, vi-aie , simple, lia lurelle , sans ellorl et sans ostentation ; elle ctoil toute eu sentimens ; et ils savoienl la tiiire aimer et resj)ectei' par cette nonibieuse jeunesse dont ils étoient enviroimés. Ils a\ oient vu passer sous leurs yeux une longue suite de générations appelées à nccupei' les places les plus éniineutes. La plus tendre sollicitude les associoil aux vertus de leurs anciens élèves, bien plus qu'à leur gloire et à leurs honnems.
Jamais on n'a porté la noblesse et le désintéressement à nu degré aussi remarquable. Ceux d'entr'eux qui avoiént conservé ([uelque portion de leur patrimoine, regardoient comme un devoir de soulager la maison où ils étoient employés , des frais (}ue pouvoit entraincr leur présence. Le seul prix de leurs utiles services éhùt de consacrer leur vie entière à eu rendre de nouveaux. Leur sage économie leur (ifVroit souvent lesmoxens de conservera l'Lglise des sujets précieux, par le secours d'une éducation gratuite; ceux même (pii étoient l'objet de leur bienfaisance ne parvenoicnt jamais àconuoitre leurs bienfaiteurs.
Je n'ajouterai <|u'im seul mot poiu' donner la
1 C'est une justice qui a été rendue à la cougregation île Saiut-Sulpiie , yur un eélébre critique, plus i>orté a blâmer qu'il louer. « Je huis sur que si les Jansénistes n'avoicul at- » taqué les Jésuites que sur la nioiale, ils aiiroicnt eu presciue » tout le niuuile de leur coté. Il n'y a personne, (luelque )( niéiliaiil iju'il soit, qui ose se dédaier en la\eur de la » Uiccliante morale. Vous savez (|ue Messieurs de Saint-Sul- » piee tout profession ouverte de n'être poiulJauscnisles pour » la doctrine; cependant , pour io (|ui est de la morale, ils » en usent tout antrenicnl , <■! je (rois «ju'en cela ils ont pris
[J.vtliTs <iili(jiu!!n\{i Uicliard Simon, t. iv, p. 188, édit. d'Amsterdam, 1730.)
Richard Simon paroit avoir eu, connue l'ascal, le- tort d'aitrihuer ii tout un corps des opinions daiip,eretises, finisses ou hasardées, qui i\'a|ipai-|enoieMt qu'à un iiclil icoriijire de ses membres. De pareilles liclions jx-uveul coiilrilnicr aux succès d'une satire , loiscju'elle icunit d'ailleurs tous les ijeni'es d'agrémens ([ui pcuivcnl jdnirc a l'esprit ou llatler la malignité <lcs hoinines; mais ou doit convenir ijue dans une discussion sérieuse, (\m inlc-rcsse la doctrine on la morale, elles blessent égalcinent la charité et la sincérité chiélicnne. <»n p"ul ajouter i|ue ces opinions réprehensibles n'apparteliccic'iil pas plus il quehiues Jésuites qu'il des ndigieuv de «luelques autres ordres, l.a bonne foi exigeoit au moins qu'on fit observer iju'elli's avoient été réfutées de la manière la plus forte par des membres de celle même société. C'est ainsi cjue Nicole a puisé ses principaux raisonnemens contre le piobabilisme dans les écrits du jésuite Coniitolo, cl il se donne bien de garde de le citer.
ntesiire de leur dé'sinU'ressenienl. La congrégation de Saiut-Sulpiie a existé pendant cent cinquante ans; elle a\ oit de nombreux établissemens dans toutes les j)arties de la rrance ; et il n'est pas arrivé iiiic siuli- fuis (pi'elle ail été appelée ou qu'elle soit iiiterxeiiue devant un ti'ihunal (pielconque , pour aucune discussion d'iiilérêt.
Poiiiidit-on nous savoir mauvais gré de nous cire étendu avec ime espèce de complaisance sur une société qui a eu le mérile d'avoir formé Féneloii. Saitil-Siilpice fut son berceau, et sa gloire l'ejaillit sur Saitit-Sulpicc. Je no connais riim de plus réiiérdlilc ri itc plus aptisUili(iue que Saint- Suli)i(:r: ce lurent les detiiières paroles (pie dicta Féneloii mourant, pour être liansmises à Louis XIV.
r.iiiiliiiMcc (It; FéïK^'loii pimr M. Tronson.
Dieu daigna bénir les vues qui avoient dirige le manpiis de Fénelon en plaçant son neveu au séminaire de Saint-Sulpice. Nous avons sous les yeux une lettre du jeune abbé de Fénelon à son oncle, dans laquelle il lui peint, avec autant de naturel (pie d'onction , les ])rogiès de l'ascendant (pie M. Ti(jnson prenoit chaque jour sur cette ame (lotice et vertueuse.
« Je souhaiterois passionnément vous pouvoir » dire ici quelque chose du détail de ce qui se » passe entre M. Tronson et moi; mais certes, )> Monsieur, je ne sais guère que vous en dire ; car « quoique ma franchise et mon ouverture de cœur )) pour voii.-î me semblent très-parfaites ; je vous » avoue néanmoins, sans craindre (pie vous en )' soyez jaloux, ([ue je suis encore bien plus ou- » vert à l'égard de M. Tronson, et ([uc je ne sauiois » (pi'avec peine vous faire conlidence de l'union » dans la(pielle je suis avec lui. Assurément, Mon- » sieur, si vous pouviez entendre les entretiens )i (pie nous axons ensemble, et la simplicité avec » laquelle je lui lais coniioître mon cœur et avec » laquelle il méfait connoitre Dieu , vous ne re- » connoitriez jias votre ouvrage, et vous verriez » (pie Dieu a mis la main d'une manière sensible » au dessein dont vous n'aviez encore que jeté les » foiidemens. .Masanlé ne se fortitie point, et cette )) aflliction ne seroit pas médiocre , si je n'appre- » iiois d'ailleurs à m'en consoler. Je crois ({ue vous » me permettrez.... »
La suite de cette lettre, écrite de la «i«m de Fénelon , a été perdue , et nous devons la regretter; elle auroit peut-être servi à nous faire connoitre les motifs (>l l'ohjet de cette espèce d'agitation intérieure qu'il paroissoit alors éprouver '. Maison \ obseise cet abandon de confiance spirituelle oit il se trouvoit avec M. Tronson : on voit jusqu'à quel point ce sage et vertueux directeur avoit su insinuer, dans le cœur de son jeune élève, les principes et les sentimens de cette charité pure et anéctiieuse, de cet amour de Dieu pour luimême, dont il étendit peut-être ensuite les maxi-
' l,a suite de cette lettre a été retrouvée de\niis la publication de l'Histoire de l'énclon. On iieut la lire dans la Corres)). (In Fciichm avec sa fa mille , Ictt. i, 1, vu, p. 392. {.\ole (tes Jhli leurs.)
HISTOIRE DE FÉNELON
mes au-delà des bonies prescrites à la foibk's?(! humaine.
Cette lettre indique également que malgré sa tendre et respectueuse déférence pour un oncle qiii pou\oit lui-même être regardé connneun modèle de la vie spirituelle , il ne croyoit pas pouvoiis'ouvrir entièrement à lui sur toutes les pensées et tous les desseins qui Tuccupoient alors, et dont M. Tronson étoil le seul conlident et Tunique dépositaire.
Conjecture- sur un projet de Fénelou.
11 paroît que ce fut alors que Fénelon conçut un projet extraordinaire , dont aucun de ses historiens n'a parlé , et qui excita le mécontentement de son oncle , Tévèque de Sarlat '. Ce piélat crut même en devoir porter ses plaintes à M. Tronson, comme on le voit par la réponse de M. Tronson -.
« Monseigneur , je ne doute point que le des- » sein de M. voli-e neveu ne ^ous ait fort surpris. » Le droit que vous avez sur lui par toute sorte » de titres, et les vues raisonnables et très-saintes ti que vous donnent les besoins de votre diocèse , » ne peuvent que vous fournir en cette rencontre » un fondement de peine bien légitime. Je vous » puis assurer. Monseigneur, que j'aurois suu- )) naité de tout mon cœur qu'il eût été en état de » pouvoir répondre à vos intentions , et que ce » seroit avec bien de la consolation que je le ver- )) rois s'appliquer à se rendre digne de travailler » sous les ordres d'un prélat pour le service du- » quel je me sacrifierois moi-même a\ ec joie , si » je pouvois être en état de le faire.
» Mais sa résolution est d'une nature, que je ne » vois pas ce que j'y puis faire à présent , apiès » ce que je lui ai dit avant son dépari de cette y> ville. Je crois (jue M. le niarquis , votn; frère , » et M. le comte , savent a'^sez le peu de part ((uo » nous avons à ce dessein. J'ai làcbé , dans toutes » les circonstances , d'éloigner autant i[uej"ai pu )) cette résolution ; je lui ai parlé plusieurs fois » pour le porter à ne se pas précipitei- ; je lui ai » dit nettement que s'il pouvoit modérer son désii- )) et demeurer en pai\ , il pourroit , en conliminnt « S(!s études et ses exercices de piété , se lendre r> plus capable de tra\ ailler nu jour dans l'Eglise. » Enfin, Monseigneur, j'ai tâché de mettre sa « fermeté à répreu\e, en lui représentant ce que » j'ai cru le plus capable de l'ébranler; mais après n ces éfireuves , son inclination se ti'ou\ai)l lou- » jours également forte, cl ses intentions parois- » sanl désintéressées, je me suis au hors d'état de » passer outre , ayant employé inulili'ment Ion! )) ce que je pouvois, cl ne croyant pa*; , dans ces )) dispositions , avoir droil de faire d"aiilre vio-
1 Cl» ne fui l>aN l'i'iieliui qui c mirii crcr au\ missions du C;iii;iil:i. L<^ carc fondu avcr son Irorc, tiui s'altnclia il Sulpirc, et t|ui fui nivoyi'' à Moul
If \<ii<y[ do so ci)n!.ainal di- Hausse! Ta fon-
1 coinpaiinic de Saint- !•» 1607, ou il inourul
en 1079. L<; >a\anl j)rciiiicr qui ait rci( «m'il a puldicr d ptrrniploirrs.
a .M, ri'v^iiui'
des (l'uvn.'s de ["i iielon est le
cvc cetli' rirenr dans la iiouNellc rdiliou
VHialoirf dr l't-iirlini. Srs lucuvcs soiK
\otr (lis lùHlenrs., — - I,i-llre di' M, Ironsoii
liai, fÔMler \M\
» lence à son dési)-. Voilà , Monseigneur , ce que » j'ai cru vous devoir mander sur une affaire sur ^) laquelle vous pouvez prononcer plus absolu- " ment , mais où j'ai remarqué des résolutions » trop bien affermies pour pouvoir espérer quel- » que changement. Je ne dis ceci , que pour vous » rendre compte de sa conduite et de la mienne , » pour satisfaii-e au désir que vous m'avez témoin gné par la lettre que vous m'avez fait l'honneur " de m'écrire , et pour vous protester que je suis » et serai toujours, avec tout le respect que je " dois, Monseigneur, votre très-humble et très- » obéissant serviteur,
). Loiis TRONSO.N. ..
(( P. S. J'ai cru , Monseigneur , devoir ajouter )i un mot sur le silence que nous avons gardé en » cette affaire , que j'ai appris depuis ma lettre )i écrite, vous avoir fait quelque peine. Première- « ment , je vous dirai que nous n'avons pas accou- » tumé de parler des personnes que nous dirigeons )) et confessons ; nous leur donnons simplement » avis sui' ce qu'ils nous demandent ; et ce n'est » pas manque de respect pour ceux à qui ils ap- » particnnent , si nous tenons secrètes des choses » que nous n'avons pas di'oit de pubher. Nous » supposons toujours qu'ils ne manqueiont pas de « s'acquitter de leurs obligations envers eux.
» Secondement, je vous dirai , Monseigneur, » que je n'aurais pas même cru devoir vous écrire « sur cette affaire, dont je m'étois expliqué nette- » ment à M. votre neveu, en présence de M. le » marquis votre frère. Comme il avoil été témoin » de tous mes sentiments, je ne pus doutej' qu'il « ne vous en informât bien amplement , et je crus H qu'il n'y avoit point de meilleure voie pour vous » les faire connoitre , puisqu'il n'y en avoit pas » de moins suspecte et de plus sûre.
.) Voilà, Monseigneur, deux principaux fonde- » ments de mon silence sur le voyage de M. votre » neveu , et ce qui m'avoit jusqu'à présent retenu » et empêché de vous en écrire. .\ présent qu'il » s'en est expliqué lui-même , vous jugerez de sa » vocation bien mieux que je ne pom'rois faire. 0 Son inclination forte et permanente , la fermeté 1) de SA résolution , la pureté de ses intentions et » de ses vues , est ce qui m'a paru bien considé- » rablo pour y faire attention ; et c'est ce que j'ai » cru vous de\oir exposer ici, pour vous rendre fl compte avec tonte l'exactitude qu'il m'est pos- >> sible , de notre conduite en cette aflhu'e , qui ^1 nous domieroit un sujet de mortification consi- .) dérable, si elle vous laissoil le' moindre soupçon >' que nous eussions voulu manquer au respect >' que nous vous devons. «
Il est facile de reconnoitre dans celte lettre l'espiil de vertu et de sagesse qui distinguoil si émiiiemineiil M. Tronson. On v obseive la scrupuleuse exacliliide de ses pi-incipès sur la nature et les limites de l'aulorité d'un directeur, et sur la discrélioii qui liii esl |.i'esciile pour lous les secrets (|ui lui sont conlii-s.
Tout ce qui concerne Fénelon excite l'intérêt , el on d('-sire sans doute de savoir quelle éloil cette n'soliition extraordinaire qu'il iivoil prise , et qui pai-oil avoir coiiliariési vivement l'évêque de Sarlat , son oncle. Tous ses hisloriens ne nous olfrent