‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 284 sur 422 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

)' mation secrète , qui charge beaucoup le cha- » noine ; mais j'entrevois que ce prélat ne veut » point entreprendre une information publique >' dont nous aurions besoin. Cependant, Monsieiu-, » il est très-impoi tant , pour l'honneur de la re- >' hgion , tpie ce scandale soit piomptement ré- » primé. C'est dans une extrémité si embairas- « sanle , que je prends la liberté de vous supplier » de nous piocurei- la protection du Roi. Cette » afliiiie sera bientôt liuie , et l'accusé lentrera •) d'aboi'd [lar ciainte d;ins son devoii' , pourvu » que vous me lassiez riionneur de m'éciiie une » lettie que je puisse lui montrer , et où vous me. » fassiez espérer de la part de Sa Majesté, (ju'elle » donnera les ordres nécessaiies pour renfermer n ce chanoine , quand M. le chevalier de ÎAixem- » bourg , lieutenant-général de cette province , et » M. de Bernières , (jui en est intendant , con- » viendiont , avec le chapitre et avec moi , que •) ce remède est nécessaire dans un si grand mal. » Vous vo^ez , Monsieur, par les Icnqjéramens » que je propose , combien je suis éloigné de vou- » loir être cru tout seul. Ces mcssieuis verront » clairement que le seul usage que je veux faire » de la lettre (|ue je prends la libellé de vous de- ') mander , est d'éviter toute rigueur , et de ré- » duire en U'ur présence ce chanoine à finir ses » désordres , sans attendre une procédure infa- » mante. J'espère que Sa Majesté voudra bien faire » cette Itotme œuvre en faveur de l'Eglise. »

Fénelon n'ignoroit pas que le véritable moyen de prévenir les scandales que donnent quelquefois à la religion et au monde, des mùiistres inlidèles à la sainteté de leui- vocation , est «le ne dispenser les dignités et les offices de l'Eglise qu'à des hommes capables d'en remplir tous les devoirs avec édification et utilité. Mais on sait combien les évèques étoient tzénés dans leur choix , ou déccncei-fésdans leurs pieux desseins, parles résignations et les droits des patrons et des collateurs.

Le diocèse de Cambrai étoif resté , par les capitulations , soumis au concordat germaniiiue , qui attribuoit au l'ape le dioit de nommer à certains bénéfices vacans pendant six mois de l'année. La considération dont Fénelon j(niissoit à Fiome depuis son édifiante soumission, et l'estime singulière de Clément XI pour les vertus de Tarchevèque de Cambrai , avoient porté ce pontife à ne disposer des bénéfices qui vaquoient à sa nomination , <|u'en faveur des sujets (jui lui présentoient un témoignage favorable de ce prélat.

Mais Fénelon ne crut devoir user de la confiance du Pape , «lu'en s'iin|KJsant à lui-même des règles invariables de justice , ([u'il ne se permit jamais de faire fléchir de\aiU des considérations de faveur ou de complaisance.

« ' Il se prescris it d'abord de ne jamais recom- » mander au Pape aucun de ses parens , ni des » amis de ses païens.

» 11 se bornoit h accorder des attestations , parce » que le Pape l'exigeoit , et il s'interdit toute es- » pèce de recommandation.

» S'il ne croyoit pas pouvoir refuser de justes » attestations de capacité et de bonne conduite à » ceux qui en demandoient , dans la vue de s'en

Cvi-resp. de ràiL'loii ,

» servir pour obtenir quelque bénéfice à la Cour M de Rome, il se croyoit encore plus strictement » obligé d'attester la' vertu , le mérite et les ta- » lens de ceux qui , par modestie ou par scru- » pule, évitoient de réclimer son témoignage.

» il pensoit «pie l'on devoit préféier les naturels rt du pays aux étrangers ; il ne dérogea à cette » règle que dans une seule occasion , pour l'ar- >' cliidiaconé de Cambrai , en faveur de l'abbé de » Laval-Montmorency ' , que ses services dans » le diocèse même de Cambrai et dans celui de » Tournai, et sa qualité de chanoine de Cambrai, » indépendamment de sa haute naissance et de » ses qualités personnelles , rendoient bien digne » de celle exception. Il avoit même eu l'attention » de faire \aloir en cette occasion les litres non » moins recommandables de l'abbé d'Alsace-d'Héw niii-Uétanl.

» Il observoit enfin que les lois du royaume ne » lui permettant de proposer aucun ' étranger » pour les bénéfices de sa cathédrale , à moins 1) qu'on eût obtenu du Roi des lettres de natura- » lité , et que la plus grande partie de son dio- » cèse se trouvant sous la domination du Roi ') d'Espagne , il étoit nécessairement forcé de fixer » .son choix dans un nombre assez borné d'ecclé- )) siastiques français ; que parmi ces ecclésiasti- » ques , il en étoit ([ui réunissoient , à la vérité , « des mœurs et de la science , mais qui malheu- » reusement montroient un penchant trop décidé » vers les nouvelles doctrines , ce qui l'obligeoit " (juelquefois à préférer des étrangers attachés au M diocèse de Cambrai par d'anciens services et par » une résidence constante, et (pii avoient le mérite » de joindre aux vertus et aux talensune véritable » soumission pour rautorité de l'Eglise. «

Zèle de Fénelon pour défendre les droits de son clergé.

Fénelon ne bornoit pas son zèle à maintenir la disciphne et la régularité dans son diocèse ; il se regardoit comme le défenseur des droits de son clergé , lorsqu'il les croyoit compromis par des » atteintes injustes et aiîtitraires. i\ous avons un mémoire inainiscrit de Fénelon , <[ui atteste sa sollicitude poui' tous les intérêts d'un corps dont il étoit le protecteur naturel. Ce mémoire , qui n'a pour objet qu'une question fiscale , seroit aujourd'hui sans intérêt; il est adressé à M. de Ponlchnrtrain , alors contrôleur-général des finances^ et il est difficile de réfuter avec plus de sagacité , de précision et de clarté , les motifs illu- .soircs sur lesquels le minisire avoit élevé et fondoit les prétentions du fisc. Il est facile de juger «|ue , quoique Fénelon parût entièrement absorbé depuis sa retraite de la cour , par les objets purement spirituels de son diocèse , la justesse , l'étendue et la facilité naturelle de son esprit , le rendoient également propre à tous les genres d'affaires , et qu'il n'éloit aucun détail de l'administralion et du gouxernement auquel il fût étranger.

' (:ii:iili-s-l'"raiii;ois Guy do Lavnl Je Moiidiioromy, noiiiiné m 1713a rc'virhé <r^'i»ips, «iii'il no paida que (rois mois, élu ni nioil au mois d'aoul du la uiOuic année.

HISTOIRE DE FÉNELON

Noblesse et générosité de Fénelon.

Mais s'il défendoit avec zèle les droits de son clergé contre des prétentions injustes et abusives, il pensoit en même temps que le clergé devoit donner dans toutes les occasions l'exemple des

Ï)lus grands sacrifices pour le bien de l'Etat et e soulagement des peuples. Les malheurs de la guerre obligèrent le gouvernement, en 1708, à demander des secours extraordinaires au clergé du Cambrésis, comme aux autres corps de l'Etat. La Flandre étoit depuis sept ans le théâtre de toutes les calamités (|uc les armées victorieuses et vaincues traînent a leur suite; les campagnes étoient dépeuplées , et les terres sans culture. La condition du clergé du Cambrésis étoit encore plus déplorable que celle du clergé de toutes les autres provinces ; mais Fénelon pensa que dans laciise où la France se trouvoit , le premier de tous les deAoirs commandoit au clergé de faire les derniers saciifices pour épaigner au peuple de nouvelles charges. Son cœur lui suggéia un expédient pour rendre ces sacrifices un peu moins onéreux à la classe la plus utile et la plus pauvre de son clergé. Cet expédient fut de se charger luimême de la contribution à laquelle les curés de son diocèse avoient été taxés.

Ce n'étoit pas seulement avec les ministres de Louis XIV que Fénelon savoit parler le langage de cette noble et décente fermeté qui con\enoit à son nom , à son rang et à la justice des réclamations qu'il leur adressoit ; il sa\oit aussi s'élever sans effort à la hauteui- des gi'ands de la terre, pour leur l'ecommander les intérêts de la religion , et pour la défendre contre les abus de la victoire et de la puissance. Nous avons la minute originale d'une lettre de Fénelon au prince Eu-

Ï:ene s qui commandoit alors, dans les Pays-Bas, es armées victorieuses des princes confédérés contre la France. On a mi que Fénelon ne dédaignoit pas de descendre jusqu'à la prière , et craignoit , pour ainsi dire , de laisser apeicevoir son autorité h ses inférieurs. Un juste sentiment de dignité , qui semble appartenii- au même principe en s'exprimant sous des formes diflérentes, donne à son langage , en parlant au prince Eugène , un caractère plus noble et plus élevé. Fénelon avoit vu la cour des lois, et un grand usage du monde lui avoit appris à tenjpérej- la force de ses représentations par ce mélange d'estime et de respect justement dû au rang de ce prince , ainsi qu'à ses quahtés personnelles. On sait d'ailleurs que le prince Eugène avoit accoutumé les armées qu'il commandoit , à rendre , à l'archevêque de Cambrai , des honneurs que des ennemis victoiieux

accordent rarement aux sujets d'une puissance rivale. Fénelon avoit le droit d'espérer que sa juste intervention , pour une cause aussi sacrée que celle de la religion , seroit fa\orablement accueillie par un prince qui faisoit profession d'honorer, dans l'archevêque de Cambrai , les vertus d'un évêque et le sage instituteur de Télémaque.

« Monsieur ^ , quoique je n'aie pas l'honneur » d'être connu de ^ous , j'espère que vous aurez ■» la bonté d'agréer la liberté que je prends de 11 vous demander votre protection pour les égli- >; ses de mon diocèse , qui sont dans la ville ou )) dans le voisinage de Tournai. Je ne suis point » suipris de ce que les Allemands , les Anglais et » les Hollandais , qui ne sont pas catholiques , ■» prennent des lieux convenables pour exercer » librement leur religion dans le pays où ils font » la guerre; mais j'ose dire, Monsieur , qu'ils » n'ont aucun besoin de rendre cet exercice pu- » blic et ouvert pour y attirer les Catholiques. 11 » y a toujours, en chaque pays , des esprits légers » et crédules que le tori-ent de la nouveauté en >; traine , et qui sont facilement séduits. Cette séy> duction des esprits foibles ne pourroit que trou- )) bler im pays qui a toujours été si jaloux de con- » server l'ancienne religion ; elle a toujours été » fortement soutenue et protégée sous la domina- V tion de la maison d'Autriche ; et j'ai peine à » croire que ceux qui gouvernent pour les alliés » voulussent autoriser une innovation qui alar- » meroit l'Eglise catholique. Faites-moi , s'il vous )i plaît , Monsieur, l'honneur de me permettre de » vous proposer un exen)ple assez récent, qui » pourroit servir à persuader ceux qui ont besoin » d'être persuadés. Après la fin de la dernière » guerre , et immédiatement avant celle-ci, les w troupes de la Hollande , qui étoient en garnison » à Mons et dans les autres villes des Pays-Bas » espagnols , avoient un lieu un peu écarté pour » leur pi'êche , où ils excryoient libreuient leur » religion , sans l'ouvrir à aucun des Catholiques M qui peuvent êtie séduits. 11 me paroit , Mon- » sieur, que ce tempérament , dont on se conten- 1. toit alors , seroit encore suffisant aujourd'hui » pour saiisfaii-e les autres l'eligions sans blesser .. la nôtre.

» J'espère que , si cet ex[>édient , déjà éprouvé >- par les mêmes nations dans les mêmes pays, est » examiné , on le trouvera digne de la sagesse et X de la modération de ceux qui ont l'autorité. Ce > qui me donne le plus d'espérance , est la pro- )^ tection d'im prince qui aime sincèrement la 1) \ jaie religion , dont la maison a souvent sou- )) tenu la catholicité avec tant de zèle , et dont » l'Europe entière estime les grandes qualiti's. »

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