DE FÉNELON AU P. GERBERON, BÉNÉDICTIN
lui eiynimp sa pai-faile soumission au décret du saint siège, et «a résolution de garder le silence sur cette matière.
J'ai reçu , monsieur, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire. Quoique je ne connoisseni votre personne ni votre nom , je suis aussi sensible aux marques de votre amitié , que si je vous voyois tous les jours. Plus vous êtes inconnu à mon égard , plus je suis touché du désintéressement de votre zèle pour une personne avec qui vous n'avez nulle liaison humaine. Dieu sait combien je voudrois vous témoigner ma reconnoissance pour une action si louable. Venons au fond des choses.
Vous me proposez d'envoyer de l'argent pour l'impression d'un ouvrage fait pour justifier ma foi. Je suppose que cet ouvrage est tel que vous le dépeignez , qu'il traite solidement les véritables questions , qu'il ne justifie que mon sens , et qu'il ne défend ni directement ni indirectement celui de mon livre condamné. Vous pouvez croire que l'ai-gent est ce qui me coûteroit le moins, quand il s'agit d'une chose si importante. Mais autant j'ai eu d'application à écrire pour me défendre avant le jugement de Rome , autant suis-jc attaché , depuis le jugement , à me taire , à soudrir eu paix , et à abandonner ma réputation à la Providence.
VouB avez lu , sans doute, mes deux Lettrea sur douze propositions * que beaucoup de doc-
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leurs de Paris avoienl jugées dignes de censure. Je suppose que vous avez lu aussi le recueil de trente-deux Propositions que je tâchois de justifier por les autorités des saints '. Le véritable sens dans lequel j'ai eu intention d'écrire y est expliqué. Ces ouvrages , et mes autres éci'ils apologétiques , ont été vus à Rome , à Paris, et partout ailleurs. J'ai protesté devant Dieu, dans tous ces écrits, que je n'ai jamais rien cru audelà de ce qu'ils contiennent, et que je n'ai voulu favoriser aucune des erreurs qu'on m'avoit imputées. Depuis le jugement de Rome , j'ai répété la même déclaration solennelle dans le procès-verbal de notre asseud)lée provinciale, qui n'est pas moins public que les procès-verbaux des autres provinces , et que les actes mêmes de l'assemblée générale du clergé de Fi'ance. Que pourrois-je ajouter à tant d'éclaircissemens , que des répétitions inutiles? Qu'y a-t-ii d'équivoque dans cette conduite ?
J'aimerois mieux mourir que de défendre directement ou indirectement un livre que j'ai condanmé sans restriction et du fond du cœur par docilité pour le saint siège. Tout ce que j'écrirois sur mon sens personnel , en mettant à part le sens du texte, seroit regardé comme une voie détournée pour rallumer la guerre , et pour rentrer dans l'apologie de mon ouvrage. Il n'est ni juste ni édifiant qu'un auteur veuille perpétuellement occuper l'Eglise de ses contestations personnelles, et qu'il aime mieux continuer le trouble sans tin , que de porter humblement sa croix. Quand on n'écoute point un évoque sur ses propres intentions, qu'il a tant de fois expliquées par écrit , à quel propos par- Icroit-il encore? Il n'y a plus pour lui ni édification à donner, ni dignité à soutenir, que dans un profond silence. Je sais trop ce que l'Eglise souffre du scandale de telles disputes , pour vouloir les renouveler par une délicatesse de réputation. Dieu aura soin de l'hfinneur de son ministre , s'il daigne s'en servir pour le fruit du ministère dans ce diocèse. Il me semble même que les gens neutres et équitables sont édifiés de mon silence , et ne doutent point de ma bonne foi dans toute cette affaire. Nul écrit ne persuaderoit ceux qui ne voudroient pas être persuadés.
Vous com[)renez bien , monsieur , qu'il y auroit une duplicité indigne d'un chrétien , à n(! vouloir plus écrire moi-même , et à être en secret de concert avec un éli-anger qui écriroit pour moi. Ainsi j'espère que vous ne serez ni
' Ccl 1*1 ril so Iruuvc I. m dis flMn^rcs, p. ÏUH fl suiv.
CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME
peiné, ni surpris de la résolution que j'ai prise, de ne prendre aucune part ni directe ni indirecte à aucun ouvrage sur cette matière. Je n'ai pas moins de sensibilité pour vos olîres , que si je les acceptois.
Au reste, personne n'aime et ne révère plus que moi la doctrine de saint Augustin. Je puis, comme tous le croyez , l'avoir mal entendue. Si je voyois que je me fusse écarté de ses sentitimens , je crois que je ne cherclierois qu'à ré- [)arer ma faute ; mais après avoir lu et relu , avec toute l'application dont je suis capable, les ouvrages de ce Père auxquels \ous voulez me ramener , je ne me suis pas aperçu que je les aie contredits en rien. Je me borne à faire , pour le texte de saint Augustin , comme pour celui de l'Ecriture : c'est lui rendre le plus grand respect. Je ne veux point l'expliquer par mon propre sens ; je l'explique , dans tous les endroits contestés, par les décisions formelles
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