‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 30 sur 422 · CURÉ DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

CURÉ DE VERSAILLES

Il (lésapprouvi- la conduite lie deux de sesparentesquiavoient quitté leur pays pour aller à la cour, et lui manifeste ses dispositions à l'égard de l'évèque de Chartres.

A Camljrai , 27 scplonibre 1701.

PrisQLK VOUS le voulez , monsit-ur , vous serez, en faveur de mesdemoiselles deLaChastaigneraye , mon créancier pour trois cents francs; mais vous ne le serez que jusqu'à votre retour des eaux. Je dois plus qu'un autre plaindre ces demoiselles, car je suis leur parent ; mais je ne puis approuver qu'elles aient quitté leur pays pour aller à la cour. Des filles de naissance sans bien trouvent toujours dans leur province des parens ou des amis qui leur donnent à peu de frais de petits secours. On y vit presque de rien. D'ailleurs, il est plus honnête, à toute extrémité, de tenir sa subsistance du travail de ses propres mains , que de la devoir aux libéralités d'autrui. En quittant sa province pour aller à la cour , on mulfiplie ses besoins, au lieu de les diminuer; on se rem{)lit de vaines espérances , et on s'accoutume à un genre de vie auquel on ne devroit point s'accoutumer. Je vous supplie , monsieur, de faire entendre à ces demoiselles, que les grandes dépenses que je ne puis retarder pour mon diocèse ne me permettront de leur donner aucun secours après celui-ci.

Je n'aurai jamais de peine à recevoir, comme je le dois , la lettre que vous me mandez que M. l'évèque de Chartres me veut écrire. Dieu merci , je n'ai rien sur le cœur pour le passé. Si j'hésilois là-dessus, je croirois manquer aux devoirs de la religion. (' Je prie Dieu tous les jours pour ce prélat ; je lui souhaite toutes les plus abondanles bénédictions dans ses travaux et dans l'usage de son crédit. Je crois seulement que je ne dois jamais faire certains pas, qui persuaderoient au monde que je reconnois qu'on a eu raison d'attaquer ma sincérité en matière de foi. M. l'évèque de Chartres ne doit pas vouloir que je paroisse avouer contre moi ce qui

1 Ce qui suil, jiis(iir:i im-s mois dr l'en j,ersiiiidcr, esl Iiarré dans la iniiiule oi iniiiali'. Ntnis ppiisnns que Fi^nelim lil luini^'me fplle siipprcssinii , jumr lu- v'ww dire qui pùl i-in- mal iiitorpri'lt^

CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÊTISME

ne fut jamais véritable ; et au lieu de rechercher mon commerce , il devroil le fuir avec horreur , s'il me croyoit capable d'une si lâche politique. Ma délicales.se à cet égard n'est pas de point d'honneur , mais de conscience et de religion. A cela prè>, je veux ne me compter pour rien , et être souple comme un enfant.

Je n'ai jauiais cessé d'honorer très-sincèrement M. révèfjue de Chartres , et je serois ravi de l'en persuader. ) Ne soyez donc nullement en peine de ma réponse , en cas qu'il m'écrive. Je tâcherai de l'édilier, et de lui montrer un cœur de véritable confrère. Vous pouvez juger par la contiance avec laquelle je m'ouvre à vous, monsieur , avec quelle estime coidiale je suis , etc.

DCLXIV. (DCLXIII.)

DU P. GERBERON A FËNELON.

Il lui offre de publier divers écrits pour la défeuse du livre des Maximes.

Un inconnu se donna l'honneur , il y a deux ou trois ans ' , d'écrire à votre Grandeur pour lui marquer d'une part avec quelle joie il voyoit qu'elle soutenoit le pur amour de Dieu avec une fermeté inébranlable , et de l'autre , avec quelle douleur il retnarquoit dans ses écrits des principes extrêuiement opposés à ceux de saint Augustin , à qui les papes nous renvoient pour apprendre de lui quelle est la doctriue de l'Eglise Romaine touchanl le mystère de la grâce. Lorsque le foudre du \'alican eut écrase son premier ouvrage, sans avoir touché ceux où l'auteur s'étoit expliqué d'une manière trèsclaire et très-irréprochable , le même inconnu prit encore la liberté de suggérer à V. (i. les moyens d'em[)êcher l'effet de ce foudre'', et qui l'auroienl détourné immanquablement dans un antre temps que celui où la France oublioit toutes ses libertés et ses privilèges, lorsqu'il s'agissoit ou des Jansénistes ou de M. de Chambrai , contre qui tout étoit reçu. Un théologien à qui il est parfaitement uni de seulimeus , et avec qui il a imc étroite liaison , publia en même temps une Lettre adressée â M. de Meaux ', dans laquelle il démoniroit que V. (J.

• Voyei lelle IcUic, ci-(lt>ssus , l. ix , y. /i28. — * On a TU cette snconile lollrr, ci-<|p8Siis, I. ix , p. 733. — * Klle

n'a point tenu les erreurs ni les fausses maximes qu'on lui a imputées, et que ce n'est point au sens qu'elle a soutenu qu'on a condamné son livre et les vingt-trois propositions que l'on prétend en avoir été tirées. Mais il a quelque crainte de n'avoir pas été heureux à distinguer votre véritable sens d'avec celui qui a été condamné, et la raison de sa crainte est qu'on lui a dit que V. G. ne témoignoit pas approuver celle démonstration , puisqu'elle abandonnoit cette Lettre , et n'en faisoit point chercher d'exemplaires.

C'est le même inconnu , monseigneur, qui , après avoir reçu votre bénédiction ' dans une occasion imprévue, vient encore aujourd'hui se présenter à vous pour se plaindre de la liberté avec laquelle il voit que l'on continue de vous imposer les erreurs , les impiétés et les extravagances qui ont été condamnées dans les vingttrois propositions. Il vient de lire les six lettres des délibérations de la Sorbonne contre Confucius , et il y a trouvé que l'on y fait passer dans une ce qui a été condatnné dans ces propositions , pour les erreurs de M. de Cambrai. 11 a encore lu cette année un nouveau livre intitulé : Le Chrétien philosophe " , qui est une satire contre le pur amour et contre ce prélat , que l'on fait passer pour un fanatique , et un Quiéfiste séduit et qui séduit les autres. Il a lu aussi les résultats des assemblées synodales des évêques de France au sujet de la censure de votre livre , et il y remarque que l'on n'y loue la soumission avec laquelle V. G. a déclaré qu'elle la recevoit , que comme une confession el une rétractation publique des erreurs qui sont condamnées dans les vingt-trois propositions , et comme un aveu solennel que vuiis les avez tenues et enseignées. Il est vrai qu'il trouve que vous avez déclaré très-positivement .dans votre assemblée que votre conscience ne vous permettoit pas de croire , ni par conséquent d'avouer , que vous ayez jamais tenu aucune erreur. Celte déclaration a donné à votre in-

Mcaux, auquel on démontre que M. de Cambrni n'a point Iriiu les erreurs et lexfauiscs viaximes qu'on lui a imputées, '■1 que re n'est fioinl au sens de ce prclal qu'on a rondamiiK son livre et les vingt-trois propositions qui en ont été ^'/vc.v. OUe IrUrc, siguiV jV. ,\. ni Uait^f de Bois-Franc hi \6 juiUt'l U'>09, conlieiit, avec la discussion dfs sous des propositions, A'2 p. iu-12.

' Celte bf^niVlidion fut reçue s;iiis qu'il se fit coiiiiollie, ni (lu'il se préseiilAtiiuprOlat, uniisavec tout le peuple assistant. — * I >• livre, iin|>iinu^en IG93 , ne parut iju'eu 1701, l/auleur est Pieire|{illnid,pnnre,m*cn 1053 oi mort en 1726, qui fnl mis tt la Rustille, ensuite à Saint-Lazare, etc. depuis 1601 jusqu'en 1G99, pour un autre livre inlituiti : La IhUe à sept li'tvs, etc. dirigé contre les Jc^suilos. Voyez le Dictionnaire de Mort'ri , a son article.

CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU OUIÉTISME

connu plus de joie qu'on ne le peut dire. Mais, monseigneur, y a-l-on fait la moindre attention dans les assemblées suivantes? N'y a-l-on |)as continué , malgré elle , de vous attribuer les erreurs à la condamnation desquelles vous aviez déclaré que vous vous soumettiez sincèrement et sans réserve? Ceux qui vous honorent, monseigneur, et qui aiment la vérité, auroient souhaité que vous n'eussiez jamais déclaré votre soumission à la censure , sans protester qu'elle ne tomboit point sur vos senlimens . comme vous les aviez expliqués uu saint siège , qui n'y a rien trouvé qui méritât d'être condamné. Ils souhaitent encore aujourd'hui que vous lassiez retentir celte protestation partout où l'on a fait éclater cette censure. C'est ce qu'ils cioient que V. C. doit indispenstdilcment à la vérité, à l'Eglise et au rang qu'elle y tient. Vous pouvez être insensible à ce qui ne regarde que la réputation de voti-e personne particulière : mais il n'y a point de Pères ni de théologiens qui ne fassent à tous les chrétiens , et surtout aux prélats, dont la foi et la religion doivent affermir celle des fidèles , une obligation indispensable d'en rendre témoignage , et de ne soulfrir jamais qu'on fléliisse leur réputation par un eudroit qui leur doit être si sensible, et en quoi consiste la véritable gloire d'un disciple du Fils de Dieu. Il est sûr , monseigneur , que si vous ne protestez hautement, vous et vos amis , que vous n'avez tenu ni enseigné aucune des erreurs ni des fausses maximes qui ont été condamnées dans les vingt- trois propositions, et que la censure qu'on en a faite, à laquelle vous vous soumettez , ne tombe nullement sur le sens auquel vous les avez avancées et soutenues, et que vous avez expliqué , mais sur le sens auquel les dénonciateurs les ont déférées et qu'ils leur ojit donné : tous les hdèles croiront , et tous les théologiens écriront que M. de Fénelon a été un fanatique et un chef des Quiétisles, dont l'Eglise a condamné les erreurs qu'il a luimême reconnues. Et V. G. peut le fau-e sans s'embarrasser en de nouvelles contestations, ne prétendant point donner d'autre preuve de la pureté de vos sentimens et de la sainteté des maximes que vous avez enseignées , que les écrits oii vous vous en êtes expliqué au saint siège. C'est où V. G. se doit retrancher contre tout ce que ses adversaires pourroient dire ou écrire contre ses protestations.

Le théologien qui a donné au public trois Lettres adressées à M. de Meaux ' pour la dé-

' On a \ti , il:ms |j nolo 3 i\c la pagi' pitc<^(lpiit(' , le titre do

fense du pur amour et des sentimens de V. G., a entre ses mains diverses pièces qui en sont une entière apologie , et il les auroit déjà publiées : mais comme les libraires ne s'en veulent pas charger, parce que, disent-ils, ces disputes étant [)assées , ils craignent de n'en a\oir pas le débit , et que d'ailleurs ce théologien n'a pas autant d'argent que de zèle : je me suis engagé d'écrire à V. G. que, si quelqu'un vouloit avoir la bonté de faire remettre à quelque marchand de Hollande ou à M. Frix S que Tondit qui a l'honneur d'être connu d'elle , la somme de quatre cents florins pour celui qui lui feroil mettre entre les mains toutes CCS pièces , on les feroit im|)rimer incessamment, sans que personne puisse jamais savoir que V. G. y ail eu aucune [)art , et en ait eu aucune counoissance. Néamnoins , afin qu'elle sache ce que l'on traite dans ces pièces , V. G. en trouvera ici les titres cl la liste ^ V. G. doit être assurée que, dans tous ces écrits, on ne dit rien contre Rome ni contre la censure ; on sotitient seulement qu'elle ne tombe point siu* ses senlimens : et si elle souhaite de voir tous ces écrits , on se fera un |)laisir de les lui envoyer , et de lui en laisser la disposition.

Votre inconnu , qui est |)ersuadé que V. G. a conçu de l'amour pour saint Augustin , dans lequel on trouve la doctrine catholique de la grâce et la morale chrétienne , m'a chargé de faire tenir à V. G. deux petits écrits nouveaux où l'on montre évidemment que les vérités que ce saint docteur a défendues contre les Pélagiens sont des suites nécessaires des premiers principes de la religion chrétienne , que personne ne conteste , et que nul fidèle ne sauroit

Il dernière (le CCS Lcttrts, Nous avons indiqué les deux autres dans des notes, ci-dessus, t. ix, p. C03.

• Iniininieur de Uruxelles. — * Liste des piccefs que ce pire nniioiiçoil : Consid<'rations sur les délibérations des asseiniilées provinciales, etc. — Remarques sur le livre de M. l'é- ViHiue de Meauv. — Fausses accusations de M. do Meaux contre M. de Camlirai. — Les injures qui se trouvent dans les écrits de M. de Meaux contre M. de Cambrai. Altéralions et falsifications du texte de M. l'archevêque de Cambrai par M, l'évèque de Meaux. — Los justes plaintes de M. l'archevéque de Cambrai sur la conduite de M de Meaux à sou I [[.ird. — Fausses imputations de M. de Meaux et des deux autres prélats, rcl'utées par M. rarclievéque de Cambrai dans sa Réponse a \c\ir Déclaralinn sur son livre. — Les défenses de M. l'évèque de Meaux repoussées par M. l'archevêque de Catnbrai. — Los sentimens de M. l'évèque de Meaux touchant I.' plus pur amour, dénoncés, etc. — Les sentimens moins .•\acls de messire Jacques- Bénijîne Bnssuct, évèque de Meaux, i-cp.iniinsdans son Instruction sur les états d'oruison, etc.— Son'.ini.'Ms lie M. l'archevêque de Cambrai sur la grâce, conihiiiniés par saint Augustin et par son école, — Jugement de la Criliqui' ;/i-n('nile de Tclémnqne. — Remari(ues sur le Clu-ixliaiiisine ériairri, — .lugenienl d'un théologien sur la nouvollo P reface iXcs.-Ji-fuI lires de Tétiinaque. — Ae Chrétien, liliilonojJic dénoncé à l'Eglise.

CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME

contester sans renoncer sa foi ; et que , loin que ces sentimens mènent au désespoir, ils fortifient la conliance que Dieu veut que nous ayons en sa miséricorde. Que V. G. ail la charité de la demander pour celui qui est , avec autant de respect que de sincérité , ce que lui doit être le moindre des prêtres, et son plus attaché et tldèle serviteur.

Si V. G. a la bonté de me faire savoir sa disposition sur ce que j'ai pris la liberté de lui écrire , elle peut en faire adresser un billet à M. Frix, à Bruxelles , pour le remettre à celui qui le lui fera demander.

DCLXV.

(DCLXIY.)

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