LIVRE SEPTIÈME
» ce chapitre , H qu'à moins d'un ordre supérieur « et réitéré , je compte , quoiqu'il arrive , de finir » la campayiie , et d'être à la trtc de l'année tant » qu'elle sera assendAée.
>' J'en \ieiis à la seconde. 11 est vi-ai que j'ai » essuyé une épreuve depuis quinze jours , et je w me trouve bien loin de l'avoir reçue comme je le « devais , n^e laissant emporter aux prospérités , » et abattre dans les adversités ; me laissant aussi » aller à un serrement de cœur causé par les noir- » ceurs j les contradictions , elles peines de lin- » certitude et de la crai),'.i de faire quelque chose » de mal-à-propos dans une affaire d'une consé- » quence aussi extrême pour l'Etat. Je uic U'ou- » vois avec Tordre réitéré du Roi d'attamier les » ennemis ; M. de Vendôme pressant de le faire, » et de l'autre côté le maréchal de Berwick et tous » les anciens ofliciers , avec la plus finaude partie » de l'armée , disant qu'il étoit imj)0ssible d'y » réussir, et que l'armée s'y perdroit. Le Koi me » réitéra son ordre après une première représen- » tation à laijuelle je me crus ol)lij:é. M. de Cha- » millard arriva le soir, et me confirma la même » chose. J'y voyois les funestes suites de la perte » d'une bataille . sans pouvoir presque espéier de » la ga^'uer , et que le mieux (jui pouvoit nous » arriver étoit de nous retirer après une attaque » infructueuse. Voilà l'état oii j'ai été pendant » huit ou neuf jours , jusqu'à ce qu'enfin le Roi , » informé de l'état des choses , n'a plus ordonné » l'altaipje et m'a remis à prendre mon parti.
>' Sur ce que vous me dites de mon indécision , >> // est vrai que je me le reproche à moi-même , » et que quelquefois paresse ou néfjligence^ d'au- •'■> très fois , mauvaise honte , respect humain , ou » timidité , m'empêchent de prendre des partis , » et de trancher net dans des choses importantes. » Vous voyez que je vous parle avec sincérité ^ » et je demande tous les jours à Dieu de me don- » ner , avec la sagesse et la prudence , la force et » le courage , pour exécuter ce que je croirai de » mon devoir.
» Je n'a vois point cette puissance décisive, quand » je suis entié en campagne , et le Roi m'avoit » dit (jue, quand les avis seroienl diflérens , je » devois me l'cndre à celui de M. de Vendôme , >/ l(jrsqu'il y persisteroit. Je la demandai après » l'afl'aire d'Oudenarde ; elle me fut accordée , et » peut-être ne m'en suis-je pas servi autant que » je le devois.
» Pour toutes les louanges que vous me don- )) tiez , si elles ne venoient d'un homme comme » vous, je les prendrais pour des flatteries-^ car » en vérité je ne le mérite guère , et le niunde se » trompe dans ce iju'd pense sur mim sujet. Mais » il faut , avec la grâce de Dieu , mériter ce que » l'on en croit , du moins en approcher. Vous » savez mon amitié puui- vous; elle ne finira qu'a- » vec ma vie. »
Lotis.
P. S. « Je me sers de'<'ette occasion pour vous » demander si vous ne croyez pas qu'il soit ab- » solumentmal déloger dans une abbaye de filles. » C'est le cas où je me trou\ e , les religieuses sont » pourtant séparées ; mais j'occupe une partie de » leurs logemens , et s'il étoit nécessaire , je quit- » terois la maison quoi qu'on en put dire. Ditcs-
>; moi, je vous en prie, voire sentiment, d'autant » plus que je suis présentement dans votre dio- > cèse.»
Fénelon s'empressa de tranquilliser le duc de Bourgogne sur le dernier article de cette lettre , qui tenoit autant à un sentiment de délicatesse et de respect pour les bonnes mœui's , qu'à un sciupule leligieux.
Il lin répondit ' : < Vous ne devez avoir aucune » peine de loger dans la maison du Saulsoir. Vous >' n'avez rien que de sage et de léglé auprès de " votre personne. C'est ime nécessité à laquelle on >' est accoutumé pendant les campemens des ar- » mées ; on est fort édifié de la police et du bon » ordre que vous faites garder. »