‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 33 sur 422 · DU MARQUIS DE FÉNELON A M. BOSSUET, ÉVÈQUE DE TROYES · texte numérisé non relu

DU MARQUIS DE FÉNELON A M. BOSSUET, ÉVÈQUE DE TROYES

Sur l'approbation que le prélat paroissoit donner à une Lettre de l'abbé (le Saint-André contre V Histoire de l'église de Meaux, du P. Toussaint du Plessis, Bénédictin.

QuoiyuEJe n'aie pas l'honneur, monseigneur, de vous être connu personnellement , je prends cependant la liberté d(; vous porter mes plaintes sur la Lettre de M. l'abbé de Saint-André , grand-vicaire de Meaux L On m'assure que

' La Prrftict' de la Kclalioii du Qiiiclisnte , par l'ablié Phelippeaux , l'ait nieiilioii J'iiiic Le-trc , publiée en 1731 par l'abbé (le Sainl-Anilr(^, contre VUisluire dr l'-fj lise de Meaux du P. Toussaint du Plessis. 11 pareil que, dans cMm. Lettre, Vahhé de Saint-André oxprinioil n\pc une (jrande vivacité lo uiéconlenlcment (juc lui avoit cause la partie de la nouvelle Histoire oii l'auteur exposoil la controverse do Bossuel et de Fenelon sur le (iuiétis(ne. Au jugement de l'abbé de Saint- André, V Histoire de Meaux Otoil beaucoup trop favorable sur

CORRESPONDANCE SUR L'AFFAIRE DU QUIÉTISME

vous autorisez cette Lettre , que vous l'avez exigée, et que vous eu avez fait mettre lui extrait dans le Journal des Sarans. J'ai peine à le croire , parce que cet écrit me paroît dicté par la passion , rempli de fiel , et vide de charité.

Je ne connois point le P. Toussaint du Plessis , Bénédictin , dont l'ouvrage a donné occasion à cette Lettre. Nulle liaison personnelle ne m'intéresse pourlui.Jai lu avec attention le récit qu'il fait de la fameuse discorde qu'il y eut autrefois entre feu M. de Meaux , \otre oncle , et feu M. l'archevêque de Cambrai que je regarde comme mon père. Le zèle que j'ai pour le dernier n'est pas moins grand que celui que vous avez pour le premier. Je vous avoue sincèrement que je n'ai rien trou\é, dans la relation du P. du Plessis , qui mcrilela Lettre amère et injurieuse de M. l'abbé de Saint-André. Cet abbé accuse dom Toussaint d'avoir falsifié les faits , et celte accusation retombe sur moi , puisque ce religieux n'avance aucun fait essentiel que ce qui se trouve dans l'ébauche que j écrivis de la Vie de M. de Cambrai , il y a douze ans. Je conununiquai tous ces faits à feu son Éminence M. le cardinal de Noailles , avant leur impression, et il n'en contredit aucun.

On a élevé des monumens superbes , et l'on a consacré des autels magnifiques à la mémoire de feu M. votre oncle. A Dieu ne plaise que je veuille y porter des mains sacrilèges et profanes ! mais ne peut-on pas , sans blesser le respect dû à ce prélat , avouer qu'il montra trop de chaleur dans sa dis[)ufe contre M. de Fénelon ? Saint Jérôme ne iit-il pas la môme faute en combattant saint Augustin ? et l'histoire ecclésiastique ne fournit-elle pasdèsexemples fréquens de semblables foi blesses de plusieurs Père de l'Église ?

Ne peut-on pas , monseigneur, faire l'éloge d'un grand homme sans canoniser ses défauts? Un historien fidèle ne doit-il pas contraster ainsi les ombres avec les lumières ? et dans cette oc«'asion , dom Toussaint n'a-t-il pas pu , sans passer pour calomniateur, montrer que le Pape Innocent XII , qui foudroya le livre de M. de Fénclon, avoit raison i]o. lâcher en même temps

ce |i<illil a liiiKlaiiii' (tii

sur la puiL'Io «les iiiuli

dans cet le fiuhcuse m

avec autant de snlidil<

de son adversaiie; mais le niiir(|uis de l'Yuclui) , (oui On aj)-

prouvont retlc rPi)Oiisc, n'iiuroil [tiiint voulu (ju'ou lu icudil

publique, parce qu'il irai^iioil iiu'oii ii'i'uiliit par là uni'

guerre d'écrits qu'il dOsiroit évitrr.

m, ri piopic a ri|Miiili'c il.'S iiuay.!, qui a\oi''iil àiiiiiiL' l'^vOiiui; di^ Mnauv Iroversc. Le V. du Pk'ssis icpoiidil (|uc de modération aux iiiipiilalioiis

ces paroles : M. de Cambrai a manqué par un excès d'amour divin , et M. de Meaux a péché par un défaut de charité fraternelle ?

Que veut donc dire M. l'abbé de Saint-André par ses déclamations emportées ? A-l-il résolu de «nettre la plume à la jnain de quelque auteur plus hardi encore que le P. du Plessis ? Que diriez-vous , monseigneur, si quelque écrivain zélé pour la gloire de M. de Cambrai publioit l2s lettres secrètes que M. de INleaux écrivit à Rome du temps de la dispute ? M. le cardinal Rodolovic renvoya ces lettres au P. de La Chaise , pour les faire voir à M. de Fénelon. Loin de récriminer. M. de Cambrai s'attendrit en voyant la passion de monsieur votre oncle ; il voulut la cacher à jamais aux autres , il en détourna les yeux lui-même, et dit au Jésuite : 1\L de Meaux seroit affligé de revoir ses lettres; il ne cfoiroit jamais les avoir écrites ; son zèle ardent l'a porté trop loin. Brûlez ces tristes monumens de sa foiblesse , et je tâcherai de le détromper des préjugés qu'il a pris contre moi , par le silence , la soumission et la douceur. Si les parlisansde monsieur votre oncle ne suivent pas la même modération , on irritera peut-être le zèle indiscret de quelque ami de M. de Cambrai , qui publiera ces lettres, dont on m'assure que les originaux existent encore. Vous eu seriez affligé . monseigneur, parce qu'elles donneroienl occasion aux ennemis de monsieur votre oncle de lui attribuer des motifs humains, des intentions malignes , et une jalousie indigne du grand Bossuet^. Je crois devoir vous en avertir, afin que vous préveniez ce malheur par des dispositions pacifiques; et j'ai l'honneur d'être , etc.

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