‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 361 sur 422 · LIVRE Hl'lTIÊME · texte numérisé non relu

LIVRE Hl'lTIÊME

main le présent testament, révoquant et anniillanl par celui-ci tout autre testament antérieur.

» Je déclare que je \enx nmiuir enlie les bras de TEglisc catholique, ai>os|{)li(|iie et iduiaiue, ma mère. Dieu, (jui lit dans les cauus et qui me jugera sait (|u'il n'y a eu aucun niouieiil de ma Nie, où je n'ai coiisersé iionr elle une soumission et une tlocilité de petit enfant , et que je n'ai jamais eu aucune des erreurs qu'on a xoulu m'imputer. ^Juand j'écrivis le livre intitulé : Explicatiuii des Maximes des Saints, je ne sonpeois qu'à séivuei' les véritables expériences des saints, api>rouvées de toute l'Eglise, d'avec les illusions des taux mxsticpies, poui- justifier les uns et pour rejeter les autres. Je ne Os cet ouvrage que par le conseil des personnes les plus opposées à l'illusion , et je ne le fis imprimer qu'apiès cpi'ils l'eurent examiné. Comme cet ouvi-age fut inq)iimé en mon absence, on y mit les termes de tnnihlr inruldnluiie , par rapport à Jésus-Ciuist, les(piels néloieut jtoint dans le corps de mon texte original, conune certains témoins oculaires d'un très-grand mérite l'ont ceitifié, et qui avoient été mis à la maige, seulement pour marquer une petite addition, (}u'on me conseilloit de faire en cet endroit-là, pour une plus grande précaution. D'ailleurs, il me sembloil , sur l'av is des exajninateurs , que les collectifs inculqués dans toutes les pages de ce petit livre, écartoient avec évidence tons les sens faux ou dangereux. C'est suivant ces correctifs, que j'ai voulu soutenir et justifier ce livre, pendant qu'il m'a été libre de le faiie; mais je n'ai jamais voulu fa\oriser aucune des erreurs en question, tti flatter aucune personne que je connusse en être prévenue. Dès que le pape Innocent XII a eu condamné cet ouvraije, j'ai adhéré à ce juijement du fond de mon cœur ci sans restriction, ctjnime j'avais d'abord promis de le faire. Depuis le moment de la condamnation, je n'ai jamais dit un seul mot jiour justifier ce livre. Je n'ai songe à ceux qui l'avoienl attaquéj({ue pour prier avec un zèle sincère pour eux , et que pour demeurer uni à eux dans la charité fraternelle.

« Je soumet-, à l'Kglise universelle et an Siège )i apostolique tons les écrits que j'ai faits , et j'y » condamne tout ce (pii ponrroit m'avoir échappé M au-delà des véritalih-s bornes. Mais on ne doit )> m'atlrijjuer aiuim des éciits que l'on ponri'oit » faire inqirinier sous mon nom ; je ne reconnois » que ceux (jui auront été inq)riniés par mes soins, » et leconnus par moi pendant ma vie. Les autres » ponrroient.ou n'èliepasde moi, ou m'ètre attri- » bues sans fondement, on être mêlés avec d'autres » écj-its étrangers, ou être altérés par des copistes.

» A Dieu ne plaise que je prenne ces précautions » [)ar une vaine délicatesse jtonr ma jiersoune. Je » crois seulement devoir au caractère é[)iscopal , » dont Dieu a permis (pie je fusse honoré , (pi'on » ne m'impute aucune erreur contre ma foi , ni )) aucun ouvrage suspect. »

Le troisième article ne renferme et des récomjH'iises à ses domestiipie

[juc des legs

" Je souhaite ipie mou enterrement se fasse )' dans l'église niétid|iohtaine de (Cambrai ', en » la manière la ]ilus simple, et avec le moins de » dépense qu'il se pourra. (V n'est point un dis- » cours modeste que je fasse ici pour la forme ; » c'est que je crois que les fonds qu'on pourrait » employer à des funérailles moins simples, doi- » vent être réservés pour dis usages plus utiles, » fl (jue la modestie des funérailles des éoi'ques » doit apprendre aux laïques à modérer les l'uines » dépenses qu'on fait dans les leurs.

» Je nomme et constitue pour mon héritier )Mmiversel, Léon de Beauniont, mon neveu, fils » d'une de mes sœurs, en qui j'ai reconnu dès » son enfance des seiitimens dignes d'une singu- » hère amitié , et (pii n'a jamais cessé pendant » tcuil d'années, d'être pour moi, comme le meil- » leur des lils pour son père. Je ne lui marque » rien, et je laisse tout à sa dévotion , parce que » je suis pleinement persuadé qu'il fera , de con- » cert avec mes deux exécuteurs testamentaires, « le meilleur usage qu'il pourra de ce qu'il trou- » vera de liquide dans sa succession.

» Je nomme pour exécuteur du présent testament, AI. l'abbé de Chanterac, mon purent, qui à été mon conseil dans ce diocèse , qui m'a témoigné une amitié à toute épreuve , et pour qui j'ai une grande vénération. Je dénomme aussi M. l'abbé de Longeron, ami précieux, que Dieu m'a donné dès notre première jeunesse, et qui a fait une des plus grandes consolations de ma vie. J'espèie que ces deux amis, si chrétiens, ne refuseront pas leurs soins et leurs conseils à mon héritier.

n Ouoique j'aime tendrement ma famille , et » <pieje n'oublie pas le mauvais état de ses alTaires, » je ne crois ])ourtant pas lui devoir laisser ma » succession. Les biens ecclésiastiques ne sont pas » destinés aux besoins des familles, et ils ne doi- » vent point sortir des mains des personnes atta- )) chées à l'Rglise. J'espère que Dieu bénira les )) deux neveux que j'ai élevés auprès de moi, et » ({lie j'aime a\ ce tendresse, à cause des principes » de pjobilé et de religion dans lesciuels ils me » paroissent s'aflèrmir. »

Signé Fr., archev. duc de Combrai.

Fail a C;iiiil(rai lo 5 mai 1705.

1 Vo I cl I

Sri. li's Piiccs jiislijicalives ilu livre huilioiiu-, ii"" ii

Lettres du Chapitre de Cambrai sur la mort de Kéiielon. Son oraison funèbre est supprimée , d'après l'avis de ses exécuteurs testamentaires.

Dès le jour même de la mort de Fénelon ( 7 jan- Aier 1713), on fit lecture au cliapitre de Cambrai de son testament ' , et le chapitre arrêta qu'il seroit fait part de cette mort au chancelier Voisin, ministi-e et secrétaire d'état au département de la guerre , (jui avoit le Cambrésis dans son département.

La letttre du chapitre à ce ministre atteste la profonde impression qu'une perte aussi imprévue avoit laissée dans tous les cœurs, et l'union qui avoit toujours régné entre l'archevêque de Cambrai et son chapitre.

« MONSEIOELR ,

» C'est dans les sentiniens d'une très-vive douy> leur, que nous sommes obligés de donner part » à Votre Excellence de la perte qut nous venons » de faire de Monseigneur notre archevêque, » décédé hier à cinq heures du matin. L'édifica- M tion avec laquelle il a rempli pendant tonte sa » vie les devoirs de l'épiscopat, et la parfoite union « qu'il nous a fait l'honneur d'entretenir avec nous » jusqu'au dernier moment, nous rendent si sen- » sibles à sa mort, que nous ne pouvons, Mon- « seigneur, assez témoigner à Votre Excellence » à quel point nous en sommes affligés. Nous trou- » verons, Monseignem- , dans notre malheur un » véritable sujet de consolation, si vous daignez » nous honoier de votre protection auprès de Sa «Majesté; nous tâcherons de la mériter par nos » prières et par nos vœux. A Cambrai , 8 janvier )) 171 o. ..

I,e chapitre adressa le même jour de pareilles lettres , avec les modifications prescrites par les convenances , aux chefs civils et militaires de la province de Flandre.

Dans celles qu'il écrivit aux évêques suffragans de la métropole de Cambrai, le chapitre leur demandoit « te secours de leurs prières pour obtenir

' L'abbc (le Ctianlerac s<; Irouvuit a Cambrai a {'(ipoquR île ce Irisli; cvéncinciil. On lil iIhiis li's registres du rliupilrt. mi*tropolitain de ceUc ville, sous la dale ilu 7 janvier 171 r> : « Il est fait lecture au chapitre ilu testament de monseigneur )) l'archevêque, décédé le même jour a cinq heures du malin. M M. de Lacrople de Chanlerac, archidiacre, et M. l'abbé de » Fénelon, écolùtre, désignés exéculeuis testamentaires par » le prélat, fcuil serment il(> bien remplir cet ofHce, et d'en » rendre bon compte. » L'abl»- de Chanlerac ne survécut pas long-temps h une perle aussi a.cnblanle; il ne put ménie prendre sur lui de ronlinner a inbiler îles lieux ou lonl lui rappeloil roi)jel de mi d.iuleur. Il se relira dans sa faniille a PériQUeu\, <m il mourut le io août 1 71. ">. environ sept mois après la nuirt de Fi'iielon. C'est ce que nous apprennent les registres du chapitre de Cambrai , sous la date du 2 sep- Icmbre <715 : « te jour, M. de HeaumonI , archidiacre, an- » imnce au chapitre que M. de Lacrople de Chanlerac, ar- » chidiacre, est décédé le 20 du mois d'août précédent, à \) Périgueux, »>

» delà bonté du ciel un successeur qui imitât par- " fniteinent toutes les vertus du prélat qui venait » d'être enlevé à la reliyion et à l'Eglise '. »

Ces témoignages du chapitre de Cambrai n'étoient que l'expression fidèle des sentimens d'amour, de respect et de concorde , qui avoient toujours uni Fénelon et le premier corps ecclésiastique de son diocèse; les registres du chapitre nous en offrent les preuves les plus touchantes et les plus invaiiables pendant un épiscopat de vingt ans. Un simple malentendu , dans une seule circonstance , donna lieu à une légère discussion; « mais une » seule conférence entre Monseigneur l'archevêque M et son chapitre^ avoit suffi pour concilier tous les » intérêts et toutes les parties '. »

Ces mêmes registres nous apprennent , à l'époque de la mort de Fénelon , un fait bien remarquable. L'usage constamment suivi vouloit qu'on prononçât une oraison funèbre. Le chapitre de Cambrai , craignant sans doute de déplaire au Roi, n'osa décider s'il y en auroit une : « Il arrêta que M AfM. les exécuteurs testamentaires examineroient » s'd cnnvennit de faire l'éloge du prélat, ou, un » les circonstances, de déroger en ce point à la cot*- » tunie, qu'ils seraient libres de prendre tel parti » qui leur paroîtroit le plus sage ^ ; « et il n'y eut point de discours.

Ces exécuteurs testamentaires étoient l'abbé de Clianterac, cet ancien et fidèle ami de Fénelon, dont nous avons si souvent parlé , et l'abbé de Fénelon son petit-neveu. On doit bien penser que les considérations les plus puissantes purent seules les porter à refuser à la douleur publique ces tristes et derniers honneurs , que tant de vertus réclainoient. Mais ils pensèrent , avec raison , que la gloiie de Fénelon n'avoit pas besoin du vain appareil d'une cérémonie , et que , privé de la libei-fé de dire tout ce que l'on pensoit et tout ce que l'on sentoit, un silence absolu étoit préférable à nn langage contraint et glacé.

Ne seroit-il ])as aussi permis de présumer que l'abbé de Chanteiuc , dépositaire de toutes les pensées de Fénelon , ne fit (jue se conformer en cette circonstance aux hitentions de Fénelon lui-même , dans la vue d'éviter de réveiller d'anciens souvenirs , ou de laisser sa famille exposée à des ressentimens toujours actifs et toujours redoutables.

iNous avons déjà observé que ni M. de Boze, successeur de Fénelon à l'académie française , ni M. Dacier, directeur de l'académie , n'osèrent prononcer le nom de Télémaque dans l'éloge de Fénelon.

Ainsi , Fénelon a été le seul archevêque de Cambrai dont il n'y a i)oint eu d'oraison funèbre à Cambrai ; et la première compagnie littéraire du l'oyaumc se condamna au silence sur un des plus beau.i. monumens de la littéialuie française.

Mais rattetidiisseiiuMit (|ue le nom seul de Fénelon excite encore dans tous les cœurs après plus d'un siècle, sera toujours la plus belle et la plus durable de toutes les oraisons funèbres.

' Registres du chapitre de Cambrai. — * Ihid. — * ibid.

MVRE HUITIÈME.

Regrets universels de la mort de Fénelon. — Regrets de ClémunlXI. — Portrait de Féuelon.

La mort de Kénelon excita des regrets sincères et universels dans toute l'étendue des l*ays-Bas ; et malgré les combats des partis qui divisoient l'Eglise , tous les cœurs se léunirent pour déplorer la mort d'un évècpie, qui avoit conquis le res- |>ect, l'estimeet l'alVection de ses adversaires mêmes. iNous avons déjà dit (jue , malgré son opposition à la doctrine des Jansénistes . et (pioiqu'il l'eût combattue avec éclat par de nombreux écrits, il avoit toujours détourné de dessus leurs tètes les coups de l'autorité , et les avoit préservés pai- son zèle même des dangers personnels auxipiels ils auroicnt pu être exposés '. Biet} loin de porU'r ait ointe à l'amour (jénérdl ijup tous pur toient à Fénflun , ils furent d'autant pins aflligés de sa perte, qu'ils jgnoroient quelles seroient à leur égard les dispositions de son successeur, et qu'ils ne pouvoient guère, dans les circonstances où ils se trou voient, en attendre un traitement aussi la\orable.

Quant aux amis de Fénelon , on n'a pas besoin de dire, quUs tombèrent dans l'abime de l'affliction la phis amére •.

Loi-sque la nouvelle de sa mort parvint dans les pays étrangers , elle y fut peut-être plus vivement ressentie qu'en France même , où tous les esprits étoient aigris et divisés ; où une paix récente laissoit encore subsister les charges et les calamités d'une guerre malhemeuse ; où tous les corps étoient impatiens du joug de l'autorité, et où l'amour du changement tournoit tontes les pensées et toutes les espérances veis un nouvel ordre de choses. jMais dans tout le reste de l'Europe , on ne fut frappé que de la perte d'un homme qui avoit illustré son siècle par un grand caractère , des vertus éclatantes et des ouvrages qui dureront autant que la langue dans laquelle ils furent éciits. De tels honmies commençoient à devenir rares dans tous les pays, et le nom de Fénelon étoit peut-être le seul alors (jui jouit de la vénération universelle.

Le pape Clément XI donna des larmes sincères à sa mort, et parut regretter de ne l'avoir point nommé cardinal, dans la craùite de déplaire à Louis XIV. C'étoit le vœu de son cœ.ur, et il l'avoit laissé entrevoir an célèbre cardinal Quirini , dans un temps où il pou \ oit encore céder à son penchant. C'est le cardinal Hiiirini lui-même, qui a consigné ce fait dans ses écrits, en rendant compte d'une conversation qu'il avoit eue avec Clément XI , avant qu'on eût appris à Rome que Fénelon n'existoit plus. « Eus de doctrivâ et pietate Fenelonii » sensus è sanctissimo pectore deprompsit; itndé ■» facile mihi innotesceret cogitatiunem de illo prœ- »' stde nd cardinalatum evehendo pontifcià mente » jam rcpositam manere '. »

Jean-Baptiste Rousseau , alors retiré dans les pays étrangers , fut témoin des regrets qu'on donnoit partout à la mémoire de Fénelon. 11 écrivoit à im protestant distingué par des ouvrages esti-

' Mémoires du duc de Saint-Simon. — ^ JMd, — 'Quirini, Ciimmentaire liislyr,, 2« prl,, liv. i, cti, ^,

niables ' : u Les grands lalens sont de tous les pays » et de toutes les communions, et je ne suis point » suipiis de vous voir si touché de la perte que » l'Eglise et la lépublique des lettres ont faite en la )) peisonne de .M. l'archevêque de Cambrai. Dans » un siècle où le mérite véritable est si rare, il » n'y a point d'honnête liounne qui ne doive re- » gretter un si \éi ilablement grand personnage. » Sa réputation \ivra autant qu'il y aura sur la >) terre des hommes sensibles au vrai mérite et à » la vraie \ertu ; et soit dit à la honte de notre na- » tion , peut-èti'e sera-ce chez nous que sa mort » sera le moins pleurée. »

11 parut si difficile de donner à Fénelon un successeur digne de le remplacer, que Louis XIV, qui lui survécut huit mois, mourut sans avoir nonunc à l'archevêché de Cambrai.

0 Ce prélat, (ht M. de Saint-Simon, étoit un » grand honmie, maigre, bienfait, avec un grand » nez, des \en\ dont le feu et l'esprit sortoient » comme un torient, et une physionomie, telle » que je ne n'en ai vu qui y ressemblât , et qui ne )) ponvoit s'oublier , «piand on ne l'auroit vue » qu'une fois. »

» Elle rassembloit tout , et les contraires ne s'y » combattoient point; elle avoit de la gravité et de » l'agiément . du sérieux et de la gaité ; elle sentoit » également le docteur, l'évêque et le grand sei- » gneur. Tout ce qui y surnageoit , ainsi que dans » toute sa personne,' c'étoit la finesse, l'esprit, » les grâces, la décence, et surtout la noblesse. 11 » falloit faire etloit pour cesser de le regarder ; » tous ses portraits sont parlans, sans toutefois » avoir pu attraper la justesse de l'harmonie qui « frappoit dans l'original, et la délicatesse de cha- » que caractère que ce visage rassembloit ; ses ma- » nières y répondoient dans la même proportion , » avec une aisance ({ui en donnoit aux autres, et » cet air et ce bon goût qu'on ne tieilt que de » l'usage de la meilleure compagnie et du grand » monde, qui se trouvoit répandu de soi-même » dans toutes ses conversations. »

Fénelon n'étoit âgé que de soixante-quatre ans et cinq mois; mais un travail continuel dans tous les genres , et qui employoit tous ses jours et la plus grande partie de ses nuits; une sobriété portée peut-êti-e à l'excès; les grandes traverses qui avoient agité sa vie, et surtout la douleur d'avoir perdu en un petit nombre d'années tous ses amis les plus chers , avoient entièrement détruit sa santé.

M. de Saint-Simon, ami et confident du duc d'Orléans, et à portée d'être instruit de ses dispositions les plus secrètes, ne paroit pas douter que ce prince , à son avènement à la régence , n'eût rappelé Fénelon à la cour, pour occuper les premières \)laces. Mais ce fut sans doute par une sage disposition de la Providence, que Fénelon fut pi-ései-\é de l'embarras de refuser, ou de la honte d'accepter la confiance et la faveur d'un pi-ince (jui professoit le mépris de la religion et de la morale. Connnent un évêque du caractère et de la piété de Fénelon ne se seroit-il pas trouvé déplacé dans une cour où l'on s'étoit allïanchi de

J M. Creusai,

PIÈCES JUSTIFICATIVES

tout respect pour les mœurs ot les bieuséances? Comment Fénelon auroit-il pu se flatter de fixer par l'ascendant de sa vertu, un prince dont les grandes qualités étoient ellacées par la plus honteuse foiblesse , et qui s'étoit laissé dominer par un ministre dont la fortune a été un des grands scandales de l'histoire? On vit sous cette même régence le chancelier d'Aguesseau compromettre sa réputation et sa dignité dans celte cour si peu digne de lui ; il fallut qu'il survécût trente ans à cette courte éclipse de sa vertu , poiu' en recouvrer tout l'éclat.

Et (pielle différence entre les fonctions purement polifi(|ues du chancelier d'Aguesseau , et les devoirs sacrés qu'un évêque tel que Fénelon auroit eu à lemplir dans un temps où l'Eglise étoit menacée d'un schisme , et l'Etat d'un bouleversement total ; où une politique coupable signoit

des traités <jui préparoicnt une guei-re civile à la France ; où chaque jom- a oyoit écloie des lois qui portoient le deuil , la douleur et la ruine dans toutes les familles; oi'i l'on auroit peut-être proposé à Fénelon d'attacher son nom à une déclaration de guerre contre le roi d'Espagne , son élève.

Ah ! que les amis de la vertu et de la mémoire de Fénelon ne regrettent point pour lui une moit peut-être prématurée. Elle lui a épargné la douleur d'avoir \ii cette époque de licence et^de désordre, qui a dénaturé le caractère national, et dont notre génération a si cruellement expié les excès. Fénelon a assez vécu pour sa renommée et pour son bonheur ; avec Fénelon s'éteignit un siècle de grandeur et de gloire '.

1 Viiycz les Pihcs juslifnalires du livre liuilii'me, ii. iv.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

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