‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 360 sur 422 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

> temps (les paroles courtes et louchantes de l'E- ) criture, les plus couvenabies à la silualion du ) malade, (jui fut euviron une denii-lieuie sans ' donner aucun si;j;ne de connoissance; après (pioi,

> il expira doucement à cinq hemes et ipiart du ) matin ( 7 janvier ITIo ].

» Nous croNons «pie noire pieuv et saint ;ir- I chevèipic est mort saintement connue il a \écu ; I chacun de ceux (pii Tont connu plus parlicn- ' lièrement s'cmpiesM' de ircueiliii- ipiclipic chose ' qui lui ait appaitcnu. On ne trouva ixiinl cliez

lui d'argent comptant; les pertes et les grandes ' dépenses que lui avoit causées le voisinage des ' armées pendant les trois dernières campagnes ,

sans qu'il eût rien absolument retranché des

< aumônes (pril faisoit auxccunensdc cette Aille, ' aux pauvi'es ordinands de son séminaire , aux ' filles de la charité, pour les pauvres malades,

< aux paroisses qu'il visitoit , aux étndians de son I diocèse qu'il entretenoit dans les universités, et

à une nuiltitude d'autres personnes , avoient I absolument épuisé ses revenus. 11 n'a rien laissé I à sa famille (hi prix de son mobilier, ni des ar- I rérages (pii sont dus par ses fermiers; il institue I par son testament , M. rabl)é de Beaumont son

> neveu, son héritier universel, pour exécuter ses pieuses intentions, dont il a fait connoître le

I secret à lui seul , et M. l'abbé de Beaumont continue jusqu'à l'arrivée du successeur, les mêmes

■ aumônes que M. l'archevêque faisoit aux pauvres. » Voilà ce que j'ai l'emarqué des dispositions de notre saint archeAè(pie, les derniers jours de sa vie. MM. ses neveux et les autres jiersonncs qui ne l'ont presque point quitté pendant sa maladie , auront pu remarquer d'antres circonstances qui m'ont échappé, ou tiueje ne me rappelle pas en ce moment.

» Je ne puis qu'être vivement touché de votre souvenir dans cette triste occasion ; quoiijue je perde mon bienfaiteur, mon maître, et j'ose dire , mon père, je suis pourtant beaucoup plus sensible à la perte que î'Eghse fait en lui , du plus pieux , du plus zélé et du plus savant défenseur de la foi ; de celle que fait ce diocèse et notre séminaire en particulier, dont il alloit commencer les bàtimens, pour l'unir ensuite à Saint-Sulpice. Le successeur pourra-t-il continuer cet ouvrage si utile, si nécessaire? Le voudra-t-il ? Priez pour ce diocèse et pour nous. »

« Dans cet étal • , Fénelon écrivit au Roi une lettie sur le spirituel de son diocèse, (|ui ne di- Htit i)as un mot sur lui-même, qui n'a voit rien «pii' «le touchant et «pii ne convint au lit de la mort à un grand évê«]ue. »

Klle étoil achessée au père le Tellier, et con(,'ue n ces termes :

«.le viens de lecevoir l'extrême-onction. C'est dans cet état , mon révérend pèie , où je ine prépare à aller paroître devant Dieu , que je v«)us |)rie instamment de représenter au lioi mes véritables sentimens.

» Je n'ai jamais eu que docilité pour l'Eglise et qu'horreur des nouveautés (pi'on m'a imputées. J'ai re<,ii la condamnation de mon livre avec la sinqjlicité la plus absolue.

» Je n'ai jamais été un seul moment en ma vie , sans avoii- pour la peisonne du Roi la plus vive reconnoissance, le zèle le plus ingénu , le plus profond respect et rattachement le plus inviolable.

» Je i))-ends la liberté de demander à Si Majesté deux grâces , qui ne regardent ni ma personne , ni aucim des miens.

n La premièie , est qu'il ait la bonté de me donner un successeur pieux ^ i-éguliei" , bon et ferme contre le jansénisme , lequel est prodigieusement accrédité sur cette frontière.

» L'autre grâce est qu'il ait la bonté d'achever avec mon successeur ce qui n'a pu être achevé avec moi pom- messieurs de Saint-Sulpice. Je dois à Sa Majesté le secours «jne je reçois d'eux. On ne peut rien de ])lus apostoHque et de plus vénérable. Si Sa Majesté veut bien faire entendre à mon successeur «[u'il vaut mieux qu'il conclue avec ces messieuis ce <pii est déjà si avancé, la chose sera bient«'>t finie.

» Je souhaite à Sa Majesté une longue vie , dont I'Eghse, aussi bien (jue l'Etat, ont infiniment besoin. Si je puis aller voir Dieu , je lui demanderai souvent ces grâces. Vous savez , mon lévérend père, avec «pielle vénération.... »

Sicjné Fr. aixhev. de Cambrai.

A Cambrai, ce 6 janvier t7l3.

XXIU.

Conjectures sur les disposilions (Je Louis XIV.

Lettre de Fénelon mourant à Louis XIV.

La lettie que dicta Fénelon immédiatement après avoir reçu l'extrême-onction, et que l'auteur de cette relation avoit eu ordre de faire partir aussitôt qu'il auroil les veux fermés, fit la plus grande sensation lois(]u"elle l'ut devenue publi«iue. Elle attestoit les véritables sentimens de Fénelon , dans un moment où aucune considération humaine ne pouvoit plus infiuer sur son langage ou sur ses dispositions.

C'est en parlant de cette lettre , que M. de Saint- Simon, témoin de l'efl'et qu'elle avoit produit à la ville et à la coui' , a dit ;

Nous ignorons quelle impression celte lettre fit sur Louis XIV, loisque le père le Tellier la mit sous ses yeux. Elle dut sans doute lui inspirer «juelque regret du long et profond ressentiment qu'il avoit conservé contre un évêque dont les dernières paroles exprimoicnt avec tant «le vérité la reconnoissance , l'attachement et la fidélité. Nous avons déjà fait connoitie que nous ajoutions peu de foi au propos qu'on prête à ce prince, qui , dit-on , en apprenant la moit de Fénelon , s'écria avec amertume : « // naun maii'jue bien au besoin.y^ Nous n'en trouvons aucune trace dans les nombreux manuscrits que nous avons parcourus, et il est peu vraisemblable qu'un témoignage si ho-

1 Mcnioires de Suiiil-Siuiyji.

HISTOIRE DE FENELON.

îiorable, quoique, bien tardif, du repentir de Louis XIV , n'eût pas été consigné dans quelquesunes des lettres qui suivirent la moit de Fénelon. M. de Sainl-Simon , qui recueilloit avec tant de soin et d'avidité tout ce qui se passoit et tout ce qui se disoit à la cour , n'auroit pas négligé de rappeler une parole aussi rcniaïquable dans les détails si intéressans qu'il nous a laissés sur Fénelon. 11 est vrai qu'il paroit cioire que l'archevêque de Cambrai seroil revenu à la cour et aux afiaires, si sa carrière eût été un peu plus longue. Mais il fait entièieinont dépendre ses conjectures sur ce retour, de la supposition que Fénelon survécût à Louis XIY , tant il étoit éloigné de présumer que ce monarque pensât lui-même à le rapprocher de sa personne. M. de Saint-Simon croyoit seulement entrevoir que le duc d'Orléans , préveim favorablement pour l'archevêque de Cambrai , par l'estime et le goût qu'il avoit pour ses vertus et son esprit , et fidèle à la mémoire des services que lui avoient lendus MM. de Beauvilliers et de Chevreuse auprès du duc de Bourgogne, dans les temps les plus difficiles de sa vie, mettroit une espèce d'amour- propre à honorer les prémices de son administration , en appelant auprès de lui im prélat aussi généralement estimé. Le marquis de Fénelon est le premier qui ait consigné ces paroles vraies ou fausses de Louis XIV , dans le précis de la vie de son oncle, qu'il fit imprimer en 1734. M. de Ramsai lui-même n'en parle j)oint dans la vie de l'archevô(jue de Cambrai , qu'il avoit publiée dès 17;25 , et qu'il n'écrivit que sur les mémoires que la famille lui avoit fournis'. On observa même avec peine, que Louis XIV ne donna pas après la mort de Fénelon , le plus foible témoignage d'intérêt à ses neveux. Les principes austères de leur oncle ne lui avoient pas permis de les aiipeler [>ar son testament à partager les foibles débris d'une succession ecclésiastique, et il avoit la douleur de les laisser dans un état de gêne j)cu assorti à la noblesse de leur origine et à l'éclat qu'il avoit ajouté lui-même à son nom.

Quant à madame de Maintenon , nous voyons seulement que madame de Caylus , toujours franche et vjaie dans tousses seutimens, s'enil)ressa de l'instruire, avec une vive et touclianle émotion, de la première nouvelle de la maladie et du danger de Fénelon : « M. de Cambrai est » bien mal, écrivit madame de Caylus à madame » de Maintenon ; je suis assui'ée (ju'on prie i)ien » Dieu poiw lui àSaint-Cyr, eX que vous ne ouus '. y oubliez pas. » Nous n'avons point la réponse de madame de Mainleiioii à cette lettre; mais depuis la première ('ditioii de cette histoire, on a eu la bonté d(' nous (dMnnuni(|iicr une lettre que madame de Maintenon écrivit à M. Languet, curé de Saint-Sulpice, le 10 janvier ITlTi, trois jouis

' C('l)('li(liiut li's irj'lcs ili' la iiiliiim; lidtis obliiji'iil d'ul)- Bervur <iue li; (iMiiuii;iKi(;f <riiii Iii)1ium« iiii»si vc'iiili(iiic (iiic h; inar(|uis de l-'éneloii , cH're une auldrilii i)i)silive, qui ddil nu moins balancer les conjectures plus ou moins raisoinuibles (|ue nous avons exposi^es. D'ailleurs, Louis XIV a pu liésbien penser et dire, dans la crise on <'loieiil abus les all'aires ecclésiasliques, que Varchevdqiic de Ctnnlirai nuiuqiKiit tiirn au bcsnin , 8:iiis /'Ire dans la disposllioii de le rappeler a la lour, ni de lui rendre sa toiiliance.

après la mort de Fénelon. On ■y lit : a Je suis « fâchée de la mort de M. de Cambrai ; c'est un » ami que j'avais perdu par le quiétisme. Mais on » préte7id qu'il anroit pu faire du bien dans le » concile, si on pousse les choses jusque-là. » Ce langage , dans une pareille circonstance et sur la mort d'un ancien ami , paroitra sans doute bien froid , et n'annonce que trop clairement combien madame de Maintenon étoit peu disposée à se rapprocher de Fénelon. Cependant les dernières expressions de sa lettre |)ou croient expliquer jusqu'à un certain point comment Louis XIV a pu dire, en apprenant la mort de l'archevêque de Cambrai : // nous manque bien au besoin. Mais dans cette supposition même , il est bien évident que les regrets de Louis XIV ne portoient que sur l'utilité des services que pouvoit encore rendre Fénelon , dans la crise où se trouvoient alors les aflaires de l'Eglise.

Quoi qu'il en soit, il est bien difficile de croire que madame de Maintenon ait été entièrement indifférente à un événement qui lui rappelait tant de souvenirs qui avoient dû laisser des traces si piofoiides et si durables dans sa pensée. La mort de Fénelon devoit au moins renouveler en elle la mémoire de leurs amis conmiuns , qui venoient de disparoitre successivement à ses yeux, et qui avoient long-temps et exclusivement formé la société intime dans laquelle elle avoit passé les ])remières années de sa faveur. Un retour involontaire sur elle-même pouvoit en même temps l'avertir qu'elle approchoit de ce terme redoutable , où toutes les petites passions qui ont agité \à vie, paroissent mériter bien peu d'intérêt.

Testament de Fénelon.

Nous croyons devoir rapporter les dispositions les plus importantes du testament de Fénelon '; elles montrent toute son ame et tous ses principes. On y ojjserve sa constante occupation à justifier la pureté de ses intentions, et à constater toute l'étendue de sa soumission sans bornes au jugement i)roiioncé contre sou livi'e. Ce testament polie d'ailleurs un caractère de mod(!stie et de simplicité qui fait encore nneux connoître l'ame de Fénelon que tant d'ouvrages qui ont honoré sa mémoire. Ses réHexions sur la modestie, qui doit accom|)agner les funéiailles des évê(|ues; ses mavimes sur l'emploi des biens ecclésiastii]ues ; la tendre alVeclion avec la(iiielle il s'exprime sur ral)bé de Langeron et sur les amis vertueux (|ui préfèrent la gloire de partager ses malheurs et sa disgrâce, à Ions les avantages de la fortune et de rainbition, ajoutent je ne sais ([uelle onction à rinlérêt (|n'inspirent toujoursles dernières paroles des moiiians. C'est la voix de la religion, delà vertu et de l'amitié, (|ui se fait entendre du fond du loniiiean, pour parler à tous les cœurs sensibles et j'eligieux.

« Quoicpie ma santé soit en l'état où elle est d'or- » dinairc, je dois me prépare!' à la moil. C'est dans M cette vue que je fais et <pie j'écris de ma propre

I Ce leslamcnl esl rapporté en entier ci-dessus, p. 185.

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