‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 406 sur 422 · I.IVHE HLITIÈME · texte numérisé non relu

I.IVHE HLITIÈME

core plus commandées par la loi impérieuse de la nécessité, que parles théories assez insignifiantes des piiblicistes.

Nous nous bornenms à observer qu'on ne voit jamais Fénelon accuser Louis XIV d'avoir t-uiné sa nation par le faste de ses bùtiviens comme tant d'écrivains n'ont cessé de le répeter depuis soixante ans.

Ce fut presque au moment où Fénelon arriva à la Cour, que Louis XIV suspendit les travaux de tout genre qu'il avoit entrepris depuis vint;(-sept ans , et qui ont vain a la France tant do monuniens utiles et glorieux ; ainsi, en supposant même que ce prince eut excédé les bornes qu'une sage économie prescrit à la magnificence des princes, l'effort qu'il faisoit sur lui-même pour renoncer à des goùls qui lui étoient chers, mériloit de justes éloges , et devoit interdire aux censeurs les plus chasrins tout retour sur le passé.

Mais on verra que Louis XIV, loin d'avoir mérité des reproi-.hes pour ce qu'il a fait, a droit k notre admiration, pour avoir tant fait avec des moyens aussi bornés.

Ce n'est que depuis la mort de ce prince, qu'on a imaginé tous ces calculs exagérés, dont on s'est servi pour égarer l'opinion publique, et en former un titre d'accusation contre le trône et la monarchie.

Il paroilra toujours extraordinaire que dès le premier moment où quelques écrivains, peu à portée d'être instruits, liasardèrenl tant de fables riilicules, il ne soit venu dans l'idée d'aucun des ministres qui ont eu part an gouvernement sous Louis XV et sous Louis XVI, de rectifier des erreurs qui n'étoient pas sans danger, parce qu'on étoil parvenu à les rendre populaires.

Tous le? titres, toutes les pièces justificatives des dépenses de Louis XIV pour des bàtinu-ns, les états de toutes les sommes qui leur avoient été affectées, et de leur emploi pour chaque nature de dépense, étoient conservés avec la plus régulière exactitude dans les archives de l'administration, il suffisait d'en publier le simple résultat, pour faire tomber, en un moment, toutes ces déclamations qui avoient pénétré jusque dans les classes les plus élevées de la société.

.Mais un citoyen estimable, et à portée d'être instruit par la nature de ses emplois, a fait ce que le gouvernement avoit eu le tort de uéirliger. 11 a eu le courage de faire l'apologie de Louis XlV à une époque où le trône de Louis XIV étoit renversé , où sa postérité étoit proscrite, et où l'oubli de tant de bienfaits sembloit accuser la France entière de la plus coupable ingratitude.

Ce fut en 1801, que feu M. Guillaumot, ancien architecte des bàtimens du Roi, et directeur de la manufacture des Gobelins. lut dans une séance publique de la Société des sciences, lettres et arts de Paris, le Mémoire dont nous allons donner le précis littéral , et il le fif imprimer peu de temps après.

.Mais ce Mémoire est resté presque inconnu, quoique plusieurs journaux en aient rendu compte dans le temps; il est même devenu si rare, qu'à peine existe-t-il dans quelques cabinets.

Il nousa paru si intéressant par son objet, si curieux et si exact dans tous ses détails, que nous n'avons pu résister au désir de le placer à la suite de V Histoire de Fénelun, quoiqu'il n'ait qu'un rapport très-indirect avec ce qui en fait le principal sujet.

Il est si souvent question de Louis XIV dans VHistoire de Fe'nelon, qu'on nous saura peut-être gré d'avoir profité de ce prétexte , pour veiller à la conservation d'un écrit si honorable pour la mémoire de ce prince.

M. Guillaumot rapporte d'abord à quelle occasion il se livre aux recherches dont il rend compte dans son .Mémoire.

Lors(iu'en 1789, on voulut disposer peu à peu les esprits à abjurer les sentimens d'amour et d'affection que les Français avoient toujours montrés à leurs rois, on imagina les fables les plus insensées pour tromper le peuple.

Le célèbre .Mirabeau, dès le mois de juillet 1789, s'exprima en ces termes dans sa dix-neuvième Lettre à ses commettons.

« Le maréchal de llelle-Isle s'arrêta d'effroi, quand il eut » compté jusqu'à douze cents millions, des dépenses « faites pour Versailles, et il n'osa sonder jusqu'au fond » de cetabime »

On ne sait où Mirabeau avoit puisé cotte anecdote, et M.

Guillaumot remarque avec raison que le maréchal de Belle- Isle n'étoit point, par son ministère , à portée de prendre une connoissancc positive des dépenses d'un département qui lui étoit entièrement étranger.

Un écrivain plus récent porta encore plus loin q^ue .Mirabeau l'exagération de tous les calculs, il évalue a quatre millards six cents millions les seules dépenses du chAtean de Versailles.

M. Guillaumot, plus à portée que l'un et l'autre d'acquérir des notions certaines, voulut les puiser dans la seule source où il pouvoit trouver la vérité. Il compulsa toutes les archives du département des bàtimens, et elles lui offrirent tout ce qu il cherchoil pour réduire à leur juste valeur tant d'assertions mensongères.

On reste frappé d'étonnement et d'admiration, en apprenant que toutes les dépenses du château et des jardins de Versailles, de la construction des églises de Notre-Dame et des Recollets de la même ville, de Trianon , de Clagny et de Saint-Cyr, du château, des jardins et de la machine de Marly, de l'aqueduc de Maintenon, et des travaux de la rivière d'Eure, qui devoit conduire ses eaux à Versailles, enfin des châteaux de Noisy et de Moulineux, ne se sont élevées, dans l'espace de vingt-sept ans, depuis 1664 jusqu'à •16;iO. époiiuc où la guerre fil suspendre tous les travaux, qu'à la somme de cent soixante et onze millions trois cent cinq mille trois cent qualre-vingt-fiuit livres, deux sous, dix deniers, valeur d'aujourd'hui à cinquante-deux livres le marc.

Kt il faut observer que dans cette somme sont compris le prix de l'indemnité des terres, que Louis XlV réunit au parc de Versailles, les frais d'achat et d'acquisition des tableaux anciens et modernes , des statues antiques , des grands ouvrages d'argenterie , des étoffes d'or et d'argent pour les meubles, du cabinet des médailles, des cristaux, agathes et autres raretés, enfin deux millions pour les honoraires des contrôleurs , inspecteurs et autres préposés à la conduite des travaux pendant ces vingt-sept années.

Pour plus d'exactitude, M. Guillaumot réunit quelques autres dépenses qui avoient eu lieu pour le château de Versailles, avant 1664, et il en résulte définitivement que toutes les sommes consacrées aux grands travaux, dont nous venons de faire la longue énumération, se réduisent à cent quatre-vingt-sept millions , soixante-dix-huit mille cinq cent trente-sept livres, treize sols deux deniers.

M. Guillaumot a porté ses recherches encore plus loin , il a voulu connoUre , et il a fait connoitre les sommes précises qu'ont coûté un grand nombre de bàtimens élevés par Louis XIV qui faisoient alors partie de l'administration des bàtimens sous la direction de Colbert et de Louvois , et qui en ont été distraits depuis , tels que le Louvre , les Tuileries , l'Observatoire, les Invalides, la place Vendôme, l'église des Capucines de la même place , le canal de Languedoc, les secours accordés A diverses manufactures des provinces, les ouvrages de tapisserie des Gobelins, les tapis de la Savonnerie, les pensions et gratifications aux savans et gens de lettres.

Or , toutes ces dépenses réunies , qui embrassent tant d'objets divers , si imporlans à la prospérité d'un royaume tel (}uc la France , ne se sont élevées qu à la somme de' trois cent sept millions , monnoie d'aujourd'hui , l'argent à cinquante-deux livres le marc.

C'est avec cette somme de trois cent sept millions , que Louis XlV et Colbert ont illustré la France , fait prospérer les sciences, les lettres, les arts et les manufactures, et qu'ils ont occupé des millions de bras , dont les consommations ont tourné au profit de l'agriculture, et dont une partie a servi à encourager et à récompenser les savans, les gens de lettres et les artistes qui ont le plus honoré la nation par des chefs-d'œuvre en tout genre.

On a dit que Louis XlV avoit brûlé les mémoires de dépenses des travaux qu'il avoit fait exécuter. Cette assertion n'est pas plus fondée en vérité que la fable de douze cent millions de .Mirabeau , et celle de quatre milliards six cent millions d'un autre écrivain.

C'est sur les Mémoires originaux, que M. Guillaumot a relevé lui-même tous ses calculs. Ces Mémoires existent encore , et sont disséminés dans divers bureaux : rien ne seroit plus facile que de les réunir.

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