‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 45 sur 422 · AVERTISSEMENT DE MADAME DE LA MAISONFORT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE MADAME DE LA MAISONFORT

jour dont ils étoienl convenus arrivé , M'"" de Mainlenon en avertit la conininnauté ; en me prenant à part , elle me dit quelle me piioil de tâcher qu'on prit bien ce que diroit M. de Mcaux ; qu'elle ne savoit pas sur quoi il parleroit , mais qu'elle pensoilque ce seroit sur les spiritualités dont il s'agissoit alois.

J'allai devant le saint sacrement ; je priai Dieu de se servir de cette occasion pour m'éclairer et me calmer. Dans cette disposition , j'assistai à la conférence, dont je fus très-satisfaite; et l'aurois été encore plus , si elle eut éclairci Ions mes doutes. Connue elle se lit à un parloir, quand elle fut Unie, M"'" de Maiutenon dit un n)ot d'iiounèleté au prélat ; je pris ensuite la parole , et dis que je ne savols pas ce que pensoient les autres , mais que pour moi j'étois charmée de ce que je venois d'entendre. M. de Meaux répliqua, (lue, quand il faisoit des conférences à ses Filles de Sainte-Marie , elles faisoient des questions. Nos dames , lui repartit M"* de Maiutenon , vous en auroient fait volontiers, si elles eussent su que cela vous eût été agréable. Je pris encore une ibis la parole , et dis : Monseigneur pourroit avoir la bonté de revenir encore une fois. — Je le ferai de bon cœur, répondit-il ; et il revint en elVet le mercredi des Cendres de l'an 169G.

Cette seconde conférence ne me contenta pas moins que la première; mais comme mes doutes n'y furent pas encore tous éclaircis , je restai avec le désir de parler en particulier à M. de Meaux. J'entrai dans la chambre de M""" de Maintenon, près du parloir; je m'y mis à genoux , dans le désir d'obtenir de Dieu qu'il me facilitât l'entretien que je souhaitois d'avoir avec le prélat. M'"* de Maintenon , qui étoit demeurée seule avec lui , me retrouva quand elle revint dans sa chambre ; elle me dit qu'elle étoit fâchée que certaines personnes eussent fait trop de questions. Je pris de là occasion de dire que , si je n'en avois pas fait comme les autres , ce n'étoit pas que je n'eusse besoin d'en faire , mais que j'aurois désiré de les faire en particulier; Elle me répliqua : Il est bien tard, et M. de Meaux est bien fatigué ; mais

vous pourriez les lui écrire. — Pour cela, madame , lui dis-je , il faudroit que vous eussiez la bonté de me promettre deux choses : l'une , que vous ne préviendrez point M. de Meaux , et qu'il ignorei'a qui lui écrit ; et l'autre , que vous ne direz à i)ersonne, sans exception, que j'aie écrit à ce prélat, l'allé me le promit , et ajouta : Ecrivez sur du papier plié de manière qu'il vous puisse ré[)ondre à la marge , et par là vous serez sûre de votre secret; car vos questions vous reviendront. Je suivis ce conseil : mais quoique les réponses du prélat soient à côté de mes demandes, dans la copie que j'en vais faire , je mettrais les réponses à la suite des questions.

Au reste , monseigneur, je m'abandonne à vous pour le secret : mais comme je ne désire pas que vous le poussiez jusqu'à me priver de l'utilité que vous pourriez trouvera communiquer quelques endroits de ce recueil à quelques personnes discrètes; j'attends aussi de votre prudence . que vous n'exposerez point ces lettres à tomber en d'autres mains que les vôtres.

J'avois commencé ce petit travail par l'avertissement qui précède , et avois dessein d'écrire le moins mal qu'il me seroit possible; mais l'habitude que j'ai d'écrire vite, jointe à l'empressement de vous envoyer ce recueil, l'a emporté sur la résolution que j'avois prise. C'est aussi ce qui m'a déterminé à me faire aider par un ami discret et sage , qui copioit une partie de ces lettres pendant que je transcrivois les autres.

J'y ai joint trois autres Avertissemens ; un sur ma relation avec M. de Meaux , un autre sur ma sortie de Saint-Cyr % et le troisième sur ma sortie de la Visitation.

Vous trouverez aussi quelques notes sur les endroits que j'ai cru avoir besoin d'explication.

1 Le vil' allaclicmoiil de iiiadaiiu- de lu .Miiisuiilort pour inadaiiie Giiyuii , el sa ({raiide coiiliaiiee pour l'aiclievèque de Cambrai, la firent renvoyer de Sainl-Cyr, au mois de mai 1097. Elle demanda et ohlint d'iMre plarc^e dans le diocèse do Meauv, sous la dircition de Bossuel, qui na négligea rien pour la consoler dans ses peines, el qui ns changea rien anv pratiques de piélé, ni il la miiniére d'oraison que Féneloii lui avoil prescrites. Voyez VHisl. de Fcnelnn, liv. m, n. 34.

LETTRES

DE BOSSUET A MADAME DE LA MAISONFORT

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