‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 59 sur 422 · XXIX. — Dkmandk · texte numérisé non relu

XXIX. — Dkmandk

Je ne me souviens pas bien si , dans ce que je viens de citer de saint l'Iiilippe de Néri, il n'^' a pas beaucou[) du raisonnement de M. de Belley , qui dit encore , dans le même endroit, que sainte Catherine de Sienne consentit d'être en enfer pour l'éternité, pourvu que ce tut sans perdre la grâce ; et il ajoute que plusieurs autres saints et saintes ont eu la même pensée , qui semble , dit-il , fondée sur ce souhait de IMoïse , d'être effacé du livre de vie , pourvu que Dieu pardonnât à son peuple , et sur celui de saint Paul , d'être anathème pour ses frères.

RÉp. — Le souhait ou consentement de sainte Catherine de Sienne est le même que celui de Moïse ou de saint Paul , qui procède toujours par riin})ossil)le , el ainsi ne |)résuppose aucun souhait réel , ni aucune indilférence dans le fond , car on ne peut dire que Moïse ni saint Paul aient sacrifié à Dieu une chose indifférente : au contraire , toiit le mérite de cette action ne i)eut être que de lui avoir sacrifié ce qu'on désire le plus , el encore de le lui avoir sacrifié sous une condition impossible de soi. Or en cela il n'y a rien moins qu'indiflérence , puisque l'impossible ne peut pas même être l'objet de la volonté , et qu'il ne peut y avoir d'indifiérence entre le possible el l'impossible , cest-à-dire , entre ce qu'on sait que Dieu veut , et ce qu'on sait qu'il veut si peu, qu'il ne peut pas même le vouloir , ainsi qu'il a été dit.

Page 1