LUI
De. M AN
LU. — Demande.
Ne peut-on pas dire que les âmes passives attendent, pour ne point faire les actes avec empressement et recherche d'elles-mêmes , une certaine disposition ou attrait, qui vient de l'habitude de leur oraison , mais non une inspiralion miraculeuse?
RÉF. — L'em[)ressement est mauvais, ou au moins imparfait en tout état. Ainsi éviter l'empressement n'est pas une propi-iélé on un caractère de l'état passif. Cette attente ne paroît pas
FKNELON. TOME X.
Je conclu rois que ces âmes ne manquent pas , dans l'occasion , d'être inclinées à produire les actes nécessaires.
RÉP. — Quand vous concluez que les âmes passives ne manquent pas , dans l'oraison , d'être inclinées à |)roduire les actes nécessaires , je i'avoue , pourvu qu'elles soient bien déterminées à faire de leur côté doucement et simplement tout ce qui est en elles avec le secours de la grâce commune à tous les fidèles; mais non pas si elles s'attendent , comme vous les représentez , à de particulières instigations : ce qui , loin
LETTRES DE BOSSUET A MADAME DE LA MAISONFORT
d'exciter la a:râce , l'éloigné plutôt en vous faisant tenter Dien.
Reinarqncz donc avec attention que tout chrétien qui fait bien en tout et partout, est mu de Dieu , en sorte que Dieu commence tout , opère tout, achève tout en lui; je dis tout ce qu'il fait de bien : et en même temps l'homme , ainsi mu de la grâce , commence , continue , achève tout ce qu'il fait de bonnes œuvres; il est excité et il s"excite lui-même , il est poussé et il se pousse lui-mênie , il est mu de Dieu et il se meut lui-même ; et c'est en tout cela que consiste ce que saint Augustin appelle l'effort du libre arbitre. Dans cet état , qui est Tétat commun du chrétien , il n'est pas permis, pour agir, d'attendre que Dieu agisse en nous et nous pousse; mais il faut autant agir, autant nous exciter, autant nous mouvoir, que si nous devions agir seuls , avec néanmoins une ferme foi que c'est Dieu qui commence, achève et continue en nous toutes nos bonnes oeuvres. Qu'y a-t-il donc de plus , dites-vous, dans l'état passif? Il y a de plus que la manière d'agir naturelle est entièrement changée ; c'est-à-dire qu'au lieu que, dans la voie commune, on met toutes ses facultés et tous ses efibrls en usage , dans les momens de l'état passif, on est entraîné par une force majeure , et que la manière d'agir naturelle est entièrement absorbée ; ce qui fait qu'il n'y a plus ni discours , ni propre industrie, ni propre excitation, ni propre effort.
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Je voudrois bien savoir, les actes distincts étant si nécessaires, comment un pécheur que Dieu convertiroit miraculeusement à la mort, et qui n'auroit que le temps de produire un acte d'amour de Dieu , pourroit satisfaire à cette obligation , ou si elle ne seroit point pour lui.
Hki». — Vousdctnande/ comment unlioumie que Dieu convertiroit miraculeusement à la mort satisfeioit à l'obligation de faire distinctement tous les actes. Il est aisé de vous répondre : car qu'on dise tout ce qu'on voudra , Dieu ne sauvera jamais ni ne convertira parfaitement aucun homme , qu'il ne croie en lui , qu'il n'y espère , qu'il ne l'aime. Ces actes sont toujours trois en nombre , comme ces trois vertus , foi , espérance, charité, selon saint Paul, sont et seront toujours trois choses; mais fomme ces trois vertus sont infuses dans to\it chrétien pour agir ensemble , leurs actes sont faits aussi
pour être unis, et se font, pour ainsi dire , en un moment, li en est de môme des autres actes qui dépendent de ceux-là . et Dieu les fait faire distinctement à tous ceux qu'il convertit. Tout pécheui- qui se convertit croit aux promesses , espère en la miséricorde, la désire, la demande, la reçoit , aime Dieu qui la lui fait . et désire de lui être uni étei-nellement. Il agit plus ou moins , suivant qu'il plaît à Dieu de le presser; mais il agit toujours , et Dieu voit en lui trèsdistinctement ce que lui-même souvent n'y démêle pas.
L\. — Demande.
Dans ce grand acte d'abandon que la mère de Chantai renouveloit tous les ans, elle dit qu'elle se réserve le seul soin de retourner son esprit vers Dieu.
RÉP. — La mère de Chantai ne renouveloit pas seulement tous les ans , mais tous les jours, ce grand acte qu'elle avoit écrit et signé de son sang , où elle exprimoit tous les autres. Tout étoit compris dans son intention , et elle avoit une intention très-expresse d'y comprendre tout ce à quoi elle se croyoit obligée comme chrétienne, comme mère, comme amie, comme supérieure , conmie religieuse , et quand , dans son acte d'abandon , elle se réserve le seul soin de retourner son esprit vers Dieu , c'est comme si elle disoit qu'elle se réserve le principal. Par là elle reconnoît qu'on n'est pas toujours passif, et que Dieu retire souvent son opération ; ce qui oblige à user de ses facultés et des effoi'ts de son libre arbitre.
Quand elle dit qu'elle se réserve de donner ce coup, pour ainsi parler, elle ne veut pas dire qu'elle fera cela toute seule. A Dieu ne plaise ! ce seroit être Pélagien , et nier la nécessité de la grâce prévenante; mais elle veut dire qu'alors elle agira à la manière ordinaire avec effort, et qu'elle mettra tout en œuvre pour se rappeler soi-même à Dieu , sans attendre qu'il l'y rappelle par cette sorte de motion et d'impulsion qui est propre à l'état passif. Ainsi , dans le fond, l'homme est toujours également mu en ton! état , mais non pas toujours de la même manière , et c'est ce qui fait la distinction de l'état actif d'avec le passif; mais c'est ce qui l'ait aussi que l'un et l'autre font également de grands saints, parce (pie le mérite de la sainteté ne dépend pas de la manière dont on est tiré à Dieu, mais de l'union qu'on a avec lui, laquelle peut être égale dans tous les étals et manières d'oraison.
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C'est ce que saint François de Sales, sainte Thérèse et ImIis les spirituels enseignent expressément et unaninu-nient. J'en ai cité les eii- •Iroits dans les conférences, et c'est une vérité constante.
LVf. — Demamik,
Le simple retour n'esl-il pas fort l)on lorsqu'on est tenté?
Kkp. — Le simple retour, quand on est tenté, est fort bon et sou\ent meilleur que d'affronter, pour ainsi dire , la tentation ; ce qui souvent ne feroil qu'échauffer davantage l'inuigination.