‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 69 sur 422 · LI. I)k\1AM)E · texte numérisé non relu

LI. I)k\1AM)E

Dans le chapitre vni de l'onzième livre de / Anioiiv de Dieu , qui a pour titre , Que la Charité cùmprend toutea lesverfiis, il rapporte cet endroit de saint Paul : /m charité esf patiente , (hruce , etc. et qut; saint Thoinas dit qu'elle accomplit les œuvres de toutes les vertus ; et vous avez dit vous-même que , dans la vie et l'oraison la plus parfaite , tous les actes sont unis dans la seule charité, parce qu'elle commande l'exercice de toutes les vertus. Si elle les commande , elle y incline donc le cœur.

RÉF. — Une des manières dont la charité commande les actes et y incline, c'est de s'exciter elle-même à les produire. La charité fait plus encore, car elle se commande à elle-mên;e de produire un acte d'amour, en disant ; Mo)i (iine , bénis le Seigneur: mon Dieu , ma force, je vous aimerai, je vous confesserai , je vous fnuerai. C'est l'action ordinaire et naturelle de l'ame hors des temps où , comme ravie par des impulsions extraordinaires, elle est entièrement soMS la main de Dieu.

nécessaire pour éviter l'empressement ou la recherche de soi-même : il suflil , sans celte attente passive , de produire les actes coimne connnandés de Dieu , et sur lesquels, sa volonté est décla"'ée , en esprit de soumission et d'(d)éissance, et avec une ferme foi que c'est Dieu qui opère en nous tout le bien. Demeurer dans l'attente d'mie disposition extra(jrdinaire . c'est tenter Dieu. Vous ne croiriez pas être empressée en produisant l'acte qu'un supérieur vous conimanderoit : à plus forte raison ne l'est-on pas (piand on l'egarde celui qu'on fait comme expressément commandi- do Dieu. Par ces attentes , on veut avoir un témoignage qu'on est mu de Dieu par (juelque chose d'extraordinaire , comme si on étoit d'un rang particulier, et que le commandement donné à tous les fidèles ne nous suffit pas. C'est donc remettre l 'amourpropre sur le troue, que de rechercher celte singularité, et de vouloir qu'il y ait pour nous des iiiq)ulsious particulières , sans lesquelles on ne veut rien faire. 11 ne sert de rien de répondre que rins[)iratiou qu'on attend n'est pas miraculiMise ; il suflit qu'elle doive être extraordinaire et paiiiculière à un certain étal. Car si l'on ne demandoit d'autre inspiration que celle qui est commune à tons les chrétiens . il ne fandroit point distinguer l'état passif de l'actif; tout chrétien seroit passif; tous les justes le seroient , puisqu'ils n'agissent jamais, pas même pour confesser le nom de Jésus , ou pour former la moindre pensée, que par une motion, impulsion , inspiration prévenante du Saint-Esprit. Ainsi il faut autre chose pour constituer l'état qu'on noMune passif; et l'inspiration qu'on y a, quoiqu'on ne veuille pas l'appeler miraculeuse, est du moins bien constamment extraordinaire : et j'en reviendrai toujours à dire que l'attendre pour agir, c'est tenter Dieu, et tomber dans tous les inconvéniens qu'on a marqués.

Page 1