XLIX. — Demande
Je crois que riiispiralion ci rimi)ulsiou (ju'atlendenl ces âmes pour ne point agir avec empressement , n'est point une inspiration miraculeuse.
Ri;r. — Je connois un aulem- (pii parle ainsi : l'erreur est à rappeler l'oraison |)assivc aux principes communs (le la grâce chréfieiuic. Tout le monde n'est jias dans la voie |)assive ; et cet auteur , pour n'avoir pas assez démêlé en quoi les spii-iluels ont mis la passiveté , assiuémeul a .(.nlundii ce qu'il l'alldit distinguer.
' Voyez ti-{li's»u>, i>. !i:i, V«' dciniinilr.
Vous m'avez dit vous-même , monseigneur , sur ce que je vous citois que la mère de Chantai faisoit des actes , quand Dieu lui ténioignoit le vouloir par mouvement de sa grâce , que ce témoignage de Dieu n'est pas toujours une opération qui mette l'ame en passiveté ; que Dieu témoigne suffisamment qu'il veut une chose , quand il y incline doucement , en sorte néanmoins qu'après l'ame achève ce qu"il a commencé , en s'excitani elle-même. Cette inclination douce , n'est-ce pas l'inspiration dont je viens de parler ?
RÉF. — Si c'est là ce que veut dire l'auteur que j'ai dans l'esprit , il a raison ; mais il poussoit plus loin la chose. Je crois qu'il en peut être revenu , ou eu cas qu'il en reviendra.
LL — Demande.
Seroit-ce une expression trop forte , en parlant généralement de tous les actes que ces âmes font dans le cours de la vie, par ce mouvement de la grâce ordinaire , après avoir dit qu'elles les font sans empressement, d'ajouter que c'est ce que les mystiques appellent coopérer avec Dieu sans activité propre?
RÉF. — L'activité ainsi définie ne diffère pas de l'empressement; mais les nouveaux mystiques poussent plus loin.
Vous voyez bien , par mes réponses , que je n'approuve [)as l'empressement dans les âmes.
LU. — Demande.
Je crois entendre ces mots d'une de vos réponses , on se sinip/iflc activement , on est quelquefois passiceninnt simp/i/lc : mais je n'en suis pas sûre.
RÉF. — Les acies même excités se terminent à la simplification du cœur, et quelquefois Dieu nous simplifie, sans que nous soyons à certains momens obligés à nous exciter. J'auiois de la peine à m'expliquer |tliis clairement et plus simplement.
Hclenez bien (jue l'erreur des nouveaux mysti(pies consiste en deux points : l'un , de sup- |>rimer cci'Iaius act(>s miruuaudés; l'autre, dans ceux qu'ils permettent , d'eu ntcr trop la projire excitation.
l'armi les actes sn[)piiuiés . il faut cnnipler l'espérance , le désir d'être; a\e(: Dieu et d'en jouir j les actes distincts de foi de la Trinité, de
LETTRES DE BOSSLET A MADAME DE LA MAISONFORT
riiuaiiiiiliun , (les atlribuls sons prélexlc île s'absorber dans l'essern'e.
Soiiilc'/ votre oonii-, et si vous y sentez (juelque répugnance secrète à ces actes, défiez-vous de votre oraison. Surtout consultez les oeuvres , mais sous les ordres d'un bon directeur, cai' vous ne devez vous juger vous-même absolument ni on bien ni en mal.
Je v(jus souhaite une vraie simplicité.
AVKHTlSSEMErST
SUR LES 1. E r T U E S S L I V A N T E (
Après avoir reçu les réponses qui précèdent, j'eus l'honneur d'écrire une troisième fois à M. de Meaux, mais une simple lettre que je signai ; ce que je n'avois pas encore fait.
Je lui marquai que, comme on dit plus de choses en une heure de conversation qu'en trois heures d'écriture, et qu'il venoit de temps en temps à Sainl-Cyr voir M'""" de Maintenou . il ponrroit me faire l'honneur de me demander.
Il vit M'"^ de Maintenon à Versailles, lui dit que je désirois de le voir ; elle approuva qu'il lit le voyage de Saint-Cyr exprès pour cela.
Il y vint le 30 mai 1090 , veille de l'Ascension. J'étûis en retraite. C.ela contribua au secret que je désirois , et il me parut que la supérieure et. la portière seules sm-ent que c'étoit pour moi que ce prélat éloit venu. Jugeant que la supérieure le diroitàM. T. {Tiber/je), qui étoit alors à Saint-Cyr , je ne lui en fis pas de mystère.
J'avois été édifiée des conférences et des lettres de M. de Meaux, et de ce que j'avois appris que , dans le temps que vous examiniez ensemble les matières d'oraison , il demandoil, en homme qui se détioit de ses lumières , qu'on fit des prières pour obtenir celles de Dieu ; mais la conversation que j'eus avec lui augmenta l'idée que j'avois de sa piété et de sa bonté.
Il me parla de vous , monseigneur , comme d'un saint d'une grande lumière, qu'il aimoit avec tendresse : il me dit que vous étiez intimes amis, et unis comme les doigts de la main ; qu'il n'avoit jamais vu en qui que ce soit tant de droiture, de -candeur et de simplicité qu'en vous: qu'il falloit vous en savoir gré, puisqu'il ne leuoit qu'à vous de n'être pas simple.
Je le sei'ai assez poiii- ajouter qu'il me dit
aussi que vous poussiez trop loin le désintéressement de la charité , etc. ; qu'il regardoit cela (j'oserai me servir de ses termes) comme un coui'l éblouissemcnt dont je ne devois point m'inquiéter , parce que , de la droiture dont NOUS étiez, vous en reviendriez.
Je lui demandai si cela étoit assez de consé- (pience jjour qu'il y eut de l'inconvénient à s'abandonner à votre conduite.
Il me répondit que, jusqu'à ce que vous fussiez revenu sur cela, il croyoit que je ferois bien de me priver de vous voir et de vous écrire.
Vous pouvez vous souvenir, monseigneur, qu'il y avoit long-temps que je n'avois eu cet bonneui" ; mais j'en avois conservé le désir et l'espérance , sur la permission que vous aviez eu la bonté de me donner de vous écrire, et de demander même à vous voir , s'il arrivoit que j'en eusse un vrai besoin.
Je m'étois adressée à M. T. [Tiherye) par votre conseil , et l'honorais particulièrement ; njais c'étoient vos décisions qui régloient ma conduite , et M. T. seulement les choses journalières.
\'ous , monseigneur , me manquant, je sentois le besoin de quelqu'un qui vous remplaçât : M. de Meaux seul m'y parut propre. Il me permit de lui écrire de teuips en temps ; il me dit qu'instruit des manèges que faisoient dans les conmiunautés ces sortes de communications de conscience , il me conseilloit de tenir la chose secrète (c'étoit mon intention) , et de réduire à peu les lettres que je lui écrirois, non pour ménager son temps, parce qu'il en auroit toujours pour me répondre, mais parce qu'il croyoit que Dieu demandoil de moi que j'attendisse beaucoup de lui , et peu des honmies.
A\a:itquece prélat se retirât , je lui dis : Direz-vous ceci à M. de Cambrai? 11 me semble que ce furent mes termes. Il me répondit ; Je ne cliercherai point à le lui dire, ni je ne lui en ferai point de mystère ; si l'occasion en vient, je le lui dirai.
Je ne senlois ^oint de répugnance à vous le confier; et comme mon attachement pour vous, monseigneur , étoit toujours le môme; que j'avois espéré d'être affermie sous votre conduite , et non pas cherché à m'en retirer , mon cœur ne me reprochoit rien à votre égard , mais plutôt à l'égard de M. de Meaux : car , quelque grande que fût ma confiance en lui , et quoique je le révérasse avec attachement, il a toujours été aisé de remarquer , et l'on remarquoit en effet que vos intérêts me touchoient d'une manière encore plus vive que les siens.
LETTRES DE BOSSUET A MADAME DE EA MAISONFORT
LETTRE in.
lUuirecomtnandeile sebieupénélrerdes réponses piécédentes. et lui promel de nouveaux éclaircissemens.
A Villenpuve. l*"' juin 1C9G.
Tl n'est pas nécessain^ jusqu'à présent . que je sache de votre conduite et de votre vie plus que nous en avons dit. Retenez bien ce que je vous ai prescrit au nom de notre Seigneur : pour me faire connoître que vous l'avez bien compris, mettez-le-moi par écrit à loisir , en moins de mots qu'il se pourra ; cela suffira : et Dieu, qui jusqu'ici a tout dispose par sa providence , ne vous manquera en rien. Humiliezvous , lisez et relisez mes réponses , jusqu'à ce qu'elles soient tout-à-fait dans votre cœuv. Je dirai ce qu'il conviendra sur votre dernière lettre, s'il y reste quelque chose encore à vous expliquer : je ne l'ai pas ici , et je ne crois pas pouvoir y répondre que de Meaux; aussi n'y a-t-il rien de pressé. Vivez en paix et en silence ; c'est là l'effet véritable du recueillement.