‹ Œuvres complètes de Fénelon, archeveque de Cambrai. Précédées de son histoire littéraire (volume 2)Chapitre 92 sur 422 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

Le prélat confirme ses réponses précédentes , et y ajoute quelques avis.

A Lusaiici , 15 juin 1C9t>.

Après avoir attentivement examiné le tableau que vous me faites de vous-même , et tout le reste de vos écrits, je vous parlerai , ma fille , plus sijrcment ; mais ce sera [)our vous confirmer ce que je vous ai déjà dit. Parlez peu ; c'est le plus sûr moyen de vous mettre en recueillement, de uïodérer vos activités inquiètes, et d'ôter la matière et l'occasion à vos scrupules.

Outre la multipliiité des paroles extérieures, il y a celle des intérieures, qui n'est autre chose que la nmltiplication des |)ensers et des soucis superHus. Pour les modérer , et en dessécher la i-acine, jetez-vous en simplicité entre les bras de Dieu , lui abandoimanl à pur et à plein la disposition de votre persoime |iour tous les emplois auxquels vous destinera l'obéissance dans l;i maison oîi vtjus êtes. Vous devez présupposer que Notre vocation est boime, (luoiqu'elle n'ait |iniiil t'Ié acrdiiipai^née de ces goùls dont

vous parlez. Le changement qu'on a fait est visiblement pour le mieux. Vous y êtes , vous l'avez accepté , vous y \ivez ; il n'y a plus qu'à en prendre l'esprit en tout et partout. Par là s'affermira votre volonté, et s'il y avoit quelque chose à rectifier , cela se fera peu à peu.

Vous ne paroissez pas avoir une idée assez claire de ce qu'on appelle perfection dans la vie religieuse. Il y a la perfection de la fin , qui consiste uniquement dans l'amour de Dieu. Il y a la perfection des moyens , où quelquefois ce qui paroît plus opposé à l'esprit naturel , et à une certaine hauteur qu'on affecteroit volontiers , est le meilleur.

Les pefitesses de la vie religieuse , tant inculquées par les saints fondateurs des ordres , et tant approuvées par l'Eglise , en sont de bons témoins. Vous l'expérimentez vous-même dans les petits sacrifices que vous dites que Dieu vous demande. Les plus petits sont quelquefois les plus crucilians et les plus anéantissans. Tout ce qui éteint cette hauteur intérieure, tout ce qui rompt cette volonté propre, et arrache l'homme à soi-même , prépare la voie à Dieu ; et par là on a raison d'y mettre la perfection de certains états.

Mettez votre fondeiiient dans cette parole de notre Seigneur ; Qui rons écoute m'écoute *. VA\q ne doit avoir pour nous d'exception que le seul cas, qui n'arrivera point, où les supérieurs demandassent ce qui seroit manifestement contraire à la volonté de Dieu et à sa gloire, t^omme ces cas n'arriveront point, par là toutes vos actions sont réglées , et votre état demande que vous trouviez , autant qu'il se peut, tout décidé.

Surtout n'hésitez jamais sur les pratiques reçues dans la maison, .le vous ai conseillé de proposer vos doutes humblement et modestement aux supérieurs, et surtout à M""' de Maintenon , dans une entière ouverture de cœur. Après cela , soumettez-vous ; ne vous attachez jamais à votre sens. Tel a la pénétration , à qui le jugement n'est pas donné , du moins dans la dernière précision. (Juand on demande votre avis , dites-le sans affectation , sans prendre aucun avantage , et sans elVort pour attirer les autres à votre sentiment. Après, demeurez tranquille, et d'autant plus heureuse, quand on prendra le parti contraire , que vous y aurez a])pris à ronq)re votre volonté.

Défaites-vous des airs décisifs dans les délibérations, dites vos raisons en toute simplicité;

LETTRFS OK IIOSSUET A MADA>rR DE LA MAISONFORT.

n'ayez non plus de i-es liumililés aOectées qui bien souvent ne sont que sur le boni des lèvres , et de foibles pallialious de l'arnourpropre. Soyez bunible , sans vous trop soucier de le paroitre : laites ce que demande l'édilication , sans rien aflcLtei- de |dus.

Voilà déjà beaucoup de ces multiplications retrancbées , et (ou les celles qui ont relation avec le deliors le sont presque jiar ces conseils. J'y ajoute , pour aller au i'ond . qu'autant que vous pourrez, vous cborcliiez la décision de vos doutes dans l'obéissance , sans sortir de la maison.

S'il arrivoit par liasard qu'on vous prescri\ît des choses tro{) gênantes, proposez bumblement vos difficultés, et par votre soumission changez la gène en liberté.

Aimçz les mortilicalions intérieiu'es ; ne négligez pas les extérieures , et connoissez combien elles al)allent et crucifient la nature; réglez-les par l'obéissance et par le conseil des confesseurs et supérieurs r tenez-vous-en là. Je vous ai déclaré que je n'entrerai point là-dedans.

Venons à l'intérieur et à l'oraison. Faites-la, comme vous pourrez, dans une entière liberté d'esprit. Si l'esprit de Dieu vous saisit, laissezvous aller au recueillement et au repos oii il vous attire. N'en sortez pas que vous ne sentiez qu'il vous a laissée à vous-même. Vous l'apprendrez par une douce liberté d'agir. Alors , par de doux efforts , mettez-vous en action. Je me contente de ces espérances , de ces demandes, de ces actes fonciers que vous m'expliquez ; des actes plus exprès sont souvent moins réels , quoiqu'ils occupent davantage.

En un endroit de votre écrit , il semble que vous me fassiez confondre les réflexions avec les inquiétudes ; ce n'est pas ma pensée. Il y a de douces réflexions qui sont très-naturelles etlrèsboimes, et que je n'exclus d'aucun état d'oraison. En même temps , elles sont tranquilles, et tiennent à Vun wceasaire où il faut établir son cceur '.

' ' On a vu ci-ilcviiiit (|iu' le simple retour «lu cieur vers Dieu est un de ees (l(iu\ ellorls par lesquels il nie eonseilloit «le nu; reniellre en aelion. (,Hiant à tes arles fonciers , ilonl il dil qu'il se eonlenle, \oiei loniine je les lui avois, ce me semble, expiiqui'S. Je lui eilois l'eudroil île ses ri-ponses, où il marque (|u'il liendroil une oraison fort suspecte , oii des arlis :iussi pr(^cieu\ que eeu\ de l'espérance, de la denuuule il de IVulion de pràees ne viendroicnl jamais : ((u'ils viennent eu ili i;\ manières, ou ^lar une espèce de saint emportement il.jiil on n'est i>as mallre, ou par une douce inclination ou iiupulsion qui veut l'Ire aidéi> par un simple et doux elfort du libie arbitre coopérant. Sur cela, je disois que les actes ne me vttuoient point de ces deuK façons; que je ne connoissois point ce saint emportement, ni celle douce impulsion dont il avoit parlé; qu'il me scmbloil qua, si je suivois ma disposi-

II ne me vient rien sur les actes que je ne vous aie expliqué. Vous pouvez à votre loisir recueillir de çà et de là , dans mes réponses, ce que je \ous ai décidé , et vous en tenir à cela <onime à une règle certaine, parctî que tout est tiré de l'Ecriture et de la tradition constante.

Supprimez toute réllexion sur la perfection ou l'imperfection, et sur la nature de votre état d'oraison. Prenez ce que Dieu vous donne , sans vous comparer à personne en général , mettant tout le monde au-dessus de vous , sans jamais vous juger vous-même , mais vous laissant aux yeux de Dieu telle que vous êtes , plus soigneuse d'avancer que d'apercevoir votre progrès. Gardez-vous bien surtout de croire qu'on en soit meilleur pour être dans une oraison active ou passive ; et sans même exaruiner ce que c'est, contentez-vous d'éviter les inquiétudes. Ne vous astreignez point aux pensées discursives. Sortez de vous-même et de tout appni humain, et mettez votre appui en Dieu au-dessus de tout.

Dilatez vos voies par la condance , en espérant contre l'espérance , en foi , en attente , en di'sir et en amour.

Dans la confession , dites ce qui vous vient sans anxiété, recevez ou l'absolution ou la bénédiction, comme on vous la donnera ; ne vous lourmentpz point à confesser quelque chose de votre vie passée, si on ne vous l'ordonne. Ce n'est pas à vous à vous mettre en peine s'il v a matière à l'absolution. Quoiqu'il ne vienne r[en

lion , je ne ferois jamais d'actes distincts dans mes oraisons, parce que j'y sentois une espèce de répugnance, souvent même dans les temps de sécheresse ; que je remarquois seulement scm\ent dans mon fond l'espérance et le désir d'obtenir de Dieu certaines grâces, et la reconnoissauce d'autres que j'ai reçues; qu'il me scmbloil que mon cieur lui demandoit'les nues, et lui rcndoil grâces des autres, quoique tout cela ne fût guère distinct; que j'apercevois seulement dans mon fond ces dispositions, comme on aperçoit la foi et Tamour ilans le recueillement. Pour les réflexions, il -st visible, par plusieurs endroits de ces réponses, que ce n'étoient point des iélle\ions suivies cl raisonnées qu'il me deniandoil alors" il enlendoit, je crois , seulement que les réllevions ne sont point incompatibles avec cet état d'oraiscm, puisqu'elles se font dans la voie, et que l'oraison actuelle n'est que pour certains temps particuliers. De plus, il enlendoit aussi, ce me semble, «jue dans le temps même de l'oraison, l'ame n'est pas exemple de certaines douces et délicates réflexions, puisque sans cela elle ne sauroii pas ce qui s'est passé en elle, et elle n'en pourruit pas rendre compte. On peut se souvenir qu'il a dil, dans le livre des KlatH (l'ordiKaii *, qu.' le bienheureux Jean .1,. la (^roix dit que l'amc se donne dans l'oraison, même la plus sublime, certains mouvemens, comme se détacher, se séquestrer de tout, el s'élever; qu'elle prie ses passions' de la laisser en repos; que u l'ame se donne tous ces mouvemens » par une délit ate réflexion sur son étal, parce que, se voyant )) enrichie de tant d.' dons, elle désire de se conserver en 8s- » surance. »

xxvii , p. 270.

LETTRES DE r.OSSrET A MADAME DE LA MAÏSONFORT.

qu'on juge péché ,' ne vous en jugez pas plus innocente : mais appuyée sur le sang de Jésus- Christ , entrez dans l'étendue infinie des miséricordes de Dieu. Quand on vous a défendu de relire ce que vous aviez écrit, on a reconnu l'excès d'agitation où vous jette votre activité naturelle : mais l'expérience fait voir que ce remède n'est ni propre ni suflisant. Relisez et corrigez ce qui sera évidemment et cerlainement mauvais: dans le doute, exposez-vous plutôt au hasard de quelque faute, que de vous jeler dans l'embarras et dans le scrupule.

Pour vos lectures, failes-lcs sans tant raffiner , par ce seul motif que la lecture est un moyen donné de Dieu pour la sanctification des âmes. Prenez toute la nourritui-e qui s'y trouvera, sans vous mettre en peine si en particulier elle vous est [impre ou non ; car il y a là un trop grand et inutile tourment de l'esprit, (l'est aussi se travailler inutilement , que d'attendre que vous sentiez le besoin de lire ; ce qui n'est pas bon pour un temps l'est pour un autre , el il faut prendre à toutes mains ce qui se [)résente : je dis ce qui se présente comme naturellement , et sans trop le rechercher , ni rien tirer par les cheveux ; car l(Mit cela est de simplicité et de vérité.

C'est un scrupule de se croire obligé à (juittcr tout ce à quoi on est attaché. Il y a de saints et utiles allachemens : celui , par exemple , à des lettres d'instruction ; c'est autre chose si on s'y attache par partialité.

ISe désirez point la mort connue mort et par découragement ; mais désirez de voir Jésus- Christ, parce que c'est en le voyant qu'on l'aime parfaitement , et qu'on est certain de l'aimer toujours.

Faites les prières vocales, cotimie la lecture, en grande simplicité. Pesez bien ces deux mots, comme In Icriurp ; relisez ce qu'on vient de dire <lc la lecture . vous y trouverez foule l'instruction nécessaire.

Je ne vous i-envoie de vos pa|»iers (pie celle feuille. Vous avez compris ce que je vous ai dit autant qu'il faut. Je relirai encore une fois tous vos écrits, et j'ajouterai ce (\u\ marupiera , quand Dieu m'en donnera la lumière et le mouvement. Après , je brûlerai le tout.

Vous ne paroissez pas avoii- assez bien coirijiris ce que je vous ai dit de saint Paul . (pic chacun doit considérer ce qui est utile aux aulics . et non à soi-nK-'uic. L'intention derap(')tie e.^i d a[iprendre au chrétien à conformer ses pandes et ses a(lir)ns à ce (pii est en cdct iililf à calmei" el à édifier le [)rochaiii , s;iiis luriiic

qu'il s'en aperçoive ; et c'est là le fond de la charité , oh. la nature et l'aniour-propre sont crucifiés à chaque moment , parce qu'à chaque moment on se dépouille de soi-même , pour se faire tout à fous. Prions les uns pour les autres. Vivez en paix et en patience. Notre Seigneur soit avec vous.

LETTRE V

Suite liu même sujet.

A (u'niiitîiiy, -J.'i scptt'niiu-o Iti'jlj.

Ne doutez jamais , ma tille , un seul moment que Dieu , qui vous donne le mouvement de m'écrire , ne me donne celui de voiis écouter, et de vous répondre avec toute la précision possible. Et d'aitord je counnence [lai- louer Dieu (b; ce qu'il vous a fait connoifre vos fautes avec simplicité, et qu'il a ins[)iré à vos supérieurs de vous en reprendre , el de vous en humilier aussi fortement qu'ils ont fait. C'est un eflet de la grande bonté de Dieu , et de son soin paternel de votre salut. Ce n'est pas ici un langage, c'est une vérité puisée en Dieu même, et une leçon de son Sainf-I-lsprit. Nous avions pris des règles si sûres po(ir vous empêcher de trop abonder en votre sens , de pousser, de faire valoir, de trop appuyer vos senfimens: tout le (contraire est arrivé, liumilicz-vous jusqu'au centre de la teri'e et jiis(pi'auv enfers. Priez Dieu de vous en tirer; dites un profond De Pi'o- /■«»r/« sur votre ame qui s'est égarée. Laissezvous priverde la fréquente communion, pourvu que ce soit j>ar l'ordre de vos supérieurs. Suivez ce qu» vous dira vdlre confesseur.

Gardez-vous bien de vous éloigner de M""* de Maintenonsoiis(juel(pic [tiélexte (]ue ce soit; |)ailez-lui à cœur ouvert , toujours humblement, sans déguisement ou ménagement aucun, selon que votre conir vous y jioussera. Ne songez à rien pour les emjilois ; oubliez tout. Laissez-vous mettre haut el bas dans les charges de confiance ou dans les autres avec soumission. Ce que Dieu fera au dedans de vous par ces exercices extérieurs de lautorité sainte des supérieurs , rpii est la sienne même, sera grand. A la fin , vous apjirendrezà être véritablemeiil petite , el c'est là que vous trouverez Jésus- Christ!

Tâche/ de goûter les petitesses d(! la religion, ri titiil <■(■ (pii \,i à honorer la sainte pauvreté :

LETTRES DE BOSSLET A MADAME DE LA MAISONFORT

vous en avez lu tantd'tMoges dans le bon saint François de Sales, lion Dieu 1 ce n'esl point pour le rabaisser que j'aime à l'appeler bon. Si vous aviex bien roncu que n'avoir rien de Icrnié est une sorte de désap|)roprialion excellente , vous ne vous y seriez pas o|)posée. 11 m'est arrivé une ibis , par des raisons qui seud)loient pressantes , d'accorder des écritoires fermées dans un couvent; je m'en dédis bientôt , averti par les instances des autres couvens de même ordre , et Dieu a béni après cela ma sainte et doucement inexorable sévérité. Servez-vous des secrets permis dans les charges et les obédiences , et n'en désirez point de particuliers. Soyez toujours bien persuadée que l'exlérieur a je ne sais quoi qui met l'intérieur en paix aux yeux de Dieu , et règle et compose l'ame comme la demande le céleste et jaloux amant

La contrariété naturelle que vous é|)i'Ouvez avec M'"" de M. vous doit être un exercice continuel de mortiticalion. Contentez en elle , non j)as elle , mais Dieu ; et en tout et partout , avec elle et avec les autres , suivez cette règle de perfection de saint Paul : Que chacun de vous agisse par rapport aux autres , et iio)i pour se contenter soi-même ; car , comme dit le même apôtre , Jésus-Christ ne s'est pas plu à luimême : et cet exercice de faire et dire tout pour les autres , et non pas pour soi , et dans la véritable charité l'entier anéantissement de l'homme. Lisez deux ou trois fois , mais du cœur plutôt que des yeux , les quatre premiers versets de l'Epitre aux Philippiens , chap. n , avec le second et le troisième du chap. vi aux (jalales. F'ailes-vous-en une règle , et préférezen la pratique humble et foncière à toutes les sublimités de l'oraison. Ne changez rien dans la vôtre, et ne croyez pas que ce soit illusion , sous prétexte que votre vie n'y répond pas; mais croyez que , si la pratique ne suit, vous en rendrez un grand compte. Entendez-moi bien ; ne concluez pas qu'il la faut quitter, ou y changer quelque chose , ou l'imputer à illusion, quand les fruits ne suivent pas; mais que Dieu en demandera un compte sévère. Craignez et aimez sa sainte jalousie.

Selon cette règle de saint Paul , dites ou ne dites pas les prières vocales dont vous me parlez, avec vos demoiselles. Faites tout selon l'édification , et quand vous le pourrez sans la blesser, préférez l'oraison, à condition que vous la rendrez pratique par un actuel dépouillement de vous-même par rapport aux autres ; car ce dépouillement seulement par rapport à soi est une chose souvent bien creuse , et une dange-

FÉNELON. TOME X

reuse pâture de l'amour propre. La peine que vous aviez sur la lecture , suivant que M""* de Maintenon me l'exposa en me lisant une lettre que vous lui écriviez, n'avoit pas besoin, ce me senddc , de nouvelles instructions ; car je crois que nous avions dit en généi al qu'il faut user de la lecture comme de la prière vocale , avec une sainte liberté d'esprit. Puisque la pénitence que vous avez demandée à votre confesseur, pour modérer ces actes agités et inquiets, vous réussit , continuez ce remède , et offrez- vous à Dieu , afin qu'il vous calme; car il le peut seul, et il s'est réservé de dominer à la puissance de la mer, et d'en apaiser et adoucir les flots émus.

Après avoir repassé sur vos lettres précédentes , sur la demande s'il ne faut pas , dans un conseil , avoir plus d'égard au bien particulier de la personne que l'on conseille , qu'au général : cela dépend de la nature du conseil , et des divers rapports qu'ont les choses. Ordinairement , en ce qui regarde les dispositions intérieures, il ne faut regarder que la personne. Toutefois , par l'influence de l'intérieur sur l'extérieur, on peut avoir aussi quelque égard au bien commun , selon la règle de saint Paul que je viens de vous rapporter; et il ne faut pas oublier ce qu'il dit aux (jalafes, chap. vi, v. 2 : c'est la règle des directeurs comme des âmes dirigées ; et absolument parlant , il faut régler chaque ame par rapport à elle dans l'intérieur, sans les rendre trop assujéties aux autres , si ce n'est par la charité , et non par des égards humains.

Parlez à M. de Chartres et à vos supérieurs en toute simplicité ; ne craignez point de leur ouvrir votre cœur, afin qu'ils vous reprennent ou qu'ils vous approuvent, selon que Dieu leur inspirera.

(Considérez bien notre règle de saint Paul aux Philippiens (H , -4.) ; vous verrez comment et quand il faut ou ne faut passe faire aimer. Cette règle empêche de préférer ceux qui ont du goût pour nous , à cause de ce goût ; mais (elle enseigne) à s'en servir pour les détacher de tout, et de nous-mêmes, pour les unir à Dieu déplus t'.n plus.

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